Contrairement à toutes les prophéties, le monde est désormais
transnational et les révélations sacrées ont fait
leur temps. Ne pourrait-on pas dire qu'il en est de même pour ce
qui est des industries de l'armement? La fin de la course aux armements
a marqué une rupture dans le cours des activités de défense.
Peut-on dès lors continuer à penser les questions de défense,
d'activité et d'emploi, de façon linéaire? Comprendre
cette rupture, le passage à des formes nouvelles de défense,
c'est chercher ce qui vient d'émerger de nouveau et qui sera forcément
différent de ce qui fut. De fait, on se trouve dans une dynamique
de questionnement nouveau stimulant pour les chercheurs. Dans le même
temps, il y a apparition de nouvelles opportunités économiques
et politiques qui obligent les décideurs à s'interroger sur
d'autres formes de développement. L'objectif de notre groupe n'est
pas de proposer "la solution" mais de préconiser des pistes
de réflexion sur la manière de convertir des cultures de
guerre en cultures de paix. Partant de cette préoccupation, le groupe
E3D vient d'organiser à l'intention des élus de notre région,
et notamment de ceux du bassin d'emploi de Brest, une session d'information
sur la crise des industries de l'armement et ses répercussions sur
le développement économique local. Cette session qui s'est
tenue dans les locaux de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques
de Brest s'est déroulée sur deux demi-journées: La
première demi-journée était consacrée à
la présentation de la crise des industries de l'armement appréhendée
aux différents niveaux (du niveau mondial au niveau local). La seconde
demi-journée était réservée à l'examen
de propositions de reconversion et de diversification ainsi qu'à
celui de stratégies de développement durable du bassin d'emploi
brestois. Trente élus environ du département (maires, conseillers
municipaux, généraux, régionaux, et députés)
ont suivi cette session ou s'y sont fait représentés. Le
texte de M.N.Chalaye et de T.Sauvin reprend l'exposé introductif
au débat sur la stratégie de développement durable
du bassin d'emploi qui clôturait la session. Par ailleurs le lecteur
trouvera dans cette lettre les rubriques habituelles et le projet d'activité
pour l'année universitaire 96/97.
Cyrille MEGDICHE
Reconversion et système productif local
Le processus de conversion des activités militaires ne peut être
mené au seul niveau de l'entreprise ou de la branche industrielle.
L'introduction du territoire, en tant que forme d'organisation, dans une
politique de conversion industrielle est un moyen de "minimiser"
le processus de destruction de compétences et de conserver une cohérence
d'ensemble propice au développement régional. Le territoire
ne peut être assimilé à un simple espace géographique
ou à un ensemble ne comprenant qu'une collection d'acteurs. Il s'agit
d'un système c'est-à-dire d'un ensemble d'éléments
(agents économiques) en interaction dynamique organisé en
fonction d'un ou plusieurs buts. Géographes et économistes
[Courlet,1994;Pecqueur,1989] se sont penchés sur cette question
et ont précisé cette notion de système et notamment
de Système Productif Local (SPL).
- Le SPL peut se définir comme une configuration d'entreprises
(grandes entreprises et PME) regroupées dans un espace de proximité
autour d'un ou plusieurs métiers (activités ou compétences).
- Les entreprises entretiennent des relations entre elles et avec le milieu
socio-culturel d'insertion (partage de valeurs et culture commune). - Les
relations ne sont pas seulement marchandes, il existe des relations hors-marchés
(coopération).
Le SPL propose, aux acteurs qui y participent, des avantages en termes
de proximité, avantages propices à l'émergence et
au développement des innovations technologiques. On distingue généralement
3 grands types de proximité : . une proximité géographique
(proximité physique entre les agents), . une proximité industrielle
qui peut être définie en termes de similitude industrielle
(recours à des capacités technologiques semblables) et/ou
de complémentarité industrielle et technologique, . une proximité
organisationnelle résultant des modes de coordination : - intra-firme
(organisation du travail...), - inter-firme (réseaux de coopération),
- par le marché. . une proximité socio-culturelle (partage
de valeurs communes...). Notons également que "ces proximités"
réduisent considérablement les coûts de transaction
(de transport, accès à l'information, meilleure connaissance
des fournisseurs et distributeurs ...). Ainsi, grâce à ses
réseaux de relations formelles et informelles engendrant des économies
externes positives technologiques (reposant sur les savoir-faire et le
capital humain) et pécunières ( réduction des coûts
de transaction, ...), le SPL apparaît comme un lieu de création
et de diffusion de l'innovation. Les effets de proximité présentés
ci-dessus (amélioration de la circulation de l'information, relations
de confiance, ...) réduisent considérablement l'incertitude
économique. Le SPL constitue ainsi un espace favorable aux échanges
et à l'investissement de capacité de production créateur
d'emplois. L'ensemble de ces avantages (diminution des coûts de transaction,
réduction de l'incertitude, dynamique innovatrice) confère
aux entreprises un degré de liberté propice à l'innovation
(technique et organisationnelle) mais aussi et surtout autorise la mise
en place d'une stratégie offensive impliquant de nouveaux engagements
notamment dans des secteurs d'activité civils. Mais existe-t-il
un SPL brestois ? En effet, pour que l'on puisse parler d'un territoire
en tant que forme d'organisation, encore faut-il qu'il y ait des complémentarités
locales (technologiques et industrielles) génératrices de
coopérations entre les acteurs ainsi que des règles, des
conventions qui canalisent les comportements de ces derniers vers une dynamique
productive collective [Dupuy,Gilly,p.140,1995]. Aussi, nous ne devons pas
sous-estimer le problème de la double appartenance de l'unité
industrielle, celle-ci étant insérée dans son groupe
d'appartenance et dans son territoire d'implantation. Cette dualité
organisationnelle affecte considérablement le degré d'enracinement
territorial de l'entreprise et ainsi sa capacité à mettre
en place de nouvelles stratégies d'entreprise. Le SPL est constitué
d'entreprises, de collectivités locales, d'organismes de conseil,
de recherche et de formation ... La densité et l'intensité
de leurs interrelations déterminent l'efficience socio-économique
de ce réseau. Peut-on parler d'un système productif local
dans la région brestoise ? Pour cela il faudrait constater tout
d'abord l'existence d'organisations autonomes à cohérence
locale puis mettre en évidence des relations de type coopératif
entre ces entités. Il existe actuellement moins de cent entreprises
de plus de 100 salariés sur le bassin d'emploi de Brest et les plus
importantes d'entre elles, à l'exception du Crédit Mutuel
de Bretagne sont des établissements de groupes nationaux ou internationaux
(Thomson CSF - Alcatel - DCN ...). Pourtant, même si les centres
décisionnels sont "hors régions", il ne faudrait
pas pour autant négliger le rôle de ces firmes au niveau local.
En effet l'entreprise n'est pas un acteur économique mû par
une simple rationalité économique, c'est aussi un système
politique. Ainsi l'entreprise (ou l'établissement) subit des pressions
de son environnement interne et externe mais possède elle même
un pouvoir sur son environnement. Il existe un décalage entre ce
qu'elle subit et son pouvoir d'influence. La capacité de gestion
de ce décalage mesure le niveau d'autonomie et de pouvoir que détient
l'entreprise sur ses partenaires externes et internes (actionnaires-dirigeants,
société mère, syndicats, personnel...). Les grands
établissements industriels brestois (DCN - Thomson CSF) bien que
tenus par leurs statuts d'appliquer les choix stratégiques des groupes
dont ils dépendent, possèdent une part plus ou moins grande
d'autonomie et d'influence par rapport à leur environnement. Ils
pourraient ainsi être des acteurs fondamentaux du SPL brestois. Il
existe en fait deux pôles, industriels, à Brest : celui de
la mécanique et réparation navale (DCN, groupe Bastide, groupe
Meunier) et celui de l'électronique (groupe Thomson)(1). Ces deux
pôles servent le même client : "l'armée".
Si une première distinction s'opère sur l'activité,
la seconde porte sur la structure organisationnelle. Ainsi les seules firmes
possèdant un siège social et donc un pouvoir de décision
dans la région brestoise sont des PME ou des groupes de PME (Bastide-Meunier).
Ces firmes se caractérisent par un réel savoir-faire industriel
mais aussi par une faiblesse relative de l'ingénierie. C'est pourquoi
elles ont ou auront de sérieuses difficultés à intégrer
seules le système de sous-traitance globale que la DCN cherche à
mettre désormais en place pour gérer ses relations avec ses
partenaires. La DCN cherche aussi des sous traitants qui seront capables
de concevoir et réaliser des sous-systèmes entiers de bâtiments
navals. Les firmes brestoises devront donc rechercher des collaborations
pour pallier l'insuffisance de leurs bureaux d'étude. Ce soutien
pourrait venir des laboratoires et centres de recherche installés
localement. Mais malheureusement le monde de la recherche et celui de l'industrie
se méconnaissent presque totalement par manque d'information ou
parce que les logiques et les délais de réactions ne sont
pas compatibles. Une autre solution pourrait se trouver dans les collaborations
interentreprises. Ces coopérations sont difficilement envisageables
entre PME, le patronat familial et patrimonial, caractéristique
de ces firmes, jugeant avec méfiance toute expérience pouvant
réduire l'indépendance de l'entreprise. Ainsi seul un parrainage
technologique avec les grandes firmes locales est envisageable. A défaut,
les PME brestoises verront le marché de la DCN leur échapper
au bénéfice de groupes nationaux et internationaux. Le groupe
Thomson, avec une présence importante d'ingénieurs au niveau
local, est une grande chance pour le système productif. C'est d'ailleurs
au sein de ce groupe que les seules expériences de diversification
vers les marchés civils ont été réalisées
avec la mise au point de brevets pour des produits pour lesquels existe
un marché. La privatisation du groupe avec la phase de restructuration
qui en découlera laisse planer une inquiétude pour l'avenir
des établissements brestois. Le groupe MATRA va, en effet, probablement
chercher à rationaliser ses activités par des regroupements
géographiques. Enfin, pour terminer avec ce rapide panorama, il
faut souligner le fait que le problème de la reconversion des industries
d'armement vers les activités civiles n'est pas d'ordre technologique.
Au niveau local, il existe un réel potentiel de recherche et de
développement et de solides compétences industrielles. Les
difficultés se situent dans l'incapacité actuelle des firmes
à mettre en place des pratiques coopératives, les forces
de conception et de production se situant au sein d'organisations différentes.
Pourtant, à terme, la R & D ne saurait survivre à la
perte des compétences industrielles, et les activités de
production ne pourront se poursuivre localement qu'en intégrant
les phases de conception. Alors se pose la question de savoir comment mettre
en état de marche et donner une dynamique à ce SPL brestois
? La difficulté majeure est que cela ne se décrète
pas, c'est aux acteurs concernés de mettre en oeuvre des actions
dans ce sens. Pour cela ils doivent être informés, sensibilisés,
pour prendre conscience que leurs intérêts sont convergents,
que la logique locale est celle qui permettra de dégager une solution
satisfaisante à la fois sur le plan économique mais aussi
et surtout sur le plan social.
M.N. Chalaye - T. Sauvin
(1) Il faut traiter à part le cas ALCATEL : l'établissement
brestois de 800 salariés spécialisé dans la téléphonie
n'a pas de logique locale. Il fait en effet très peu appel à
des fournisseurs locaux et il n'appartient pas à la branche armement.
Références bibliographiques
Courlet C.(1994), Les systèmes productifs localisés,
de quoi parle-t-on? in Courlet.C,Soulage.B, Industrie, territoires
et politiques publiques, L'Harmattan.
Pecqueur B.(1989), Le développement local, Syros, Paris
Dupuy C., Gilly J.P (1995), Les stratégies territoriales
des grands groupes industriels in Rallet A,
Torre A, Economie industrielle et économie spatiale,
Economica.
Nous avons publié
(ne sont mentionnées ici que les publications des membres du
groupe traitant de la Défense sous ses aspects stratégiques
et industriels ainsi que du Développement Durable)
R.de Penanros, M.N.Le Nouail, T.Sauvin "The role of local plants
in conversion strategy in the arms industry: the case of Brest, France"
in Arms spending, development and security, op. cité infra.
- Ce texte étudie les possibilités d'émergence d'une
nouvelle stratégie industrielle pour les établissements de
l'armement présents dans la région brestoise. Dans une première
partie, les auteurs rappellent l'importance des activités de défense
pour la zone d'emploi de Brest. Ces activités étant appelées
à connaître de profondes mutations, il est important d'appréhender
les rôles que peuvent jouer les différents établissements
locaux. Le but de la seconde partie est d'étudier comment ces établissements
peuvent grace à leur pouvoir de proposition devenir des acteurs
stratégiques et ceci en dépit des réticences souvent
manifestées par leur société-mère à
l'encontre de ce type décentralisé de démarche. L'émergence
d'un district industriel, rendue possible par la mise en place d'une politique
économique et sociale de la part des collectivités territoriales,
devrait favoriser la valorisation des compétences technologiques
détenues par les établissements locaux.
T.Sauvin "Modalités et fonctions des accords de compensation
internationaux. Le cas des relations Nord-Sud", Revue Tiers-monde,
t. XXXVI, n° 144, octobre-décembre 1995.
- Les échanges compensés représentent aujourd'hui
près d'un quart du commerce mondial. La compensation, plus communément
appelée "opération de troc", est un accord proposé
généralement par l'Etat du pays-client dans lequel l'exportateur
prend l'engagement de réaliser -ou de faire réaliser- dans
le pays de son client, des achats de biens et de services, des investissements
et/ou des transferts de technologie en contrepartie d'une vente. Cette
pratique commerciale est très utilisée dans le commerce des
armes. Cet article, plus particulièrement centré sur les
relations Nord-Sud, vise à souligner l'existence d'un lien causal
entre le régime d'accumulation du capital du pays demandeur de compensation
et la fonction de l'accord qui peut être financière, commerciale,
industrielle ou technologique. Par delà cet aspect théorique,
l'auteur présente une typologie des accords de compensation ainsi
que leurs fonctions. Aussi, il constate que selon le type de pays demandeur,
le recours à la compensation permet d'améliorer l'insertion
des économies dites en développement au système de
l'économie mondiale.
A propos de...
"Conversion survey 1996 - Global desarmament, demilitarization
and demobilization" Bonn International Center for Conversion,
Oxford University Press,1996.
- Dans le prolongement de plusieurs notes et rapports sur la reconversion
parus au cours des trois dernières années, le BICC vient
de publier une importante étude - sans doute la première
du genre - sur le désarmement et la reconversion envisagés
à l'échelle mondiale. Cette étude qui porte sur la
période 1985-1995 se décompose en six chapitres, traitant
chacun d'un des aspects de la question: trend des dépenses militaires
et dividendes de la paix, réorientation des dépenses militaires
de recherche-développement, reconversion industrielle, démobilisation
et réintégration des forces armées, fermeture et réaffectation
des bases militaires, démantèlement des surplus d'armement.
De ce tour d'horizon planétaire de la reconversion, deux pays particulièrement
ressortent sur lesquels l'ouvrage est remarquablement documenté.
Il s'agit des Etats Unis et de l'URSS/Russie, deux des trois principales
puissances (avec la Chine) engagées dans la voie de la reconversion.
Par contre, il est fait peu de cas de la France qui, il est vrai, n'entame
réellement sa reconversion qu'en toute fin de la période
considérée. Le lecteur déjà au fait du problème
sera peut être plus intéressé par les deux derniers
chapitres du livre qui abordent des aspects de la reconversion qui lui
sont sans doute moins familiers. La fermeture des bases militaires, leur
décontamination et leur restitution au domaine civil restent en
France des problèmes relativement mineurs. Il en va tout autremement
aux Etats Unis, en Russie et encore plus sans doute en Allemagne. Un seul
exemple suffit à nous faire comprendre l'importance que peut revêtir
dans certains pays cet aspect particulier de la reconversion: la fermeture
de Wünsdorf - le siège de l'état major russe à
Berlin - a entrainé la suppression de 70 000 emplois militaires
et la restitution au domaine foncier du land de l'équivalent de
quelques 28 500 terrains de football! Il n'est pas habituel de voir aborder
les problèmes des surplus militaires dans un ouvrage traitant de
la reconversion, et pourtant on est ici aussi en plein dans le sujet. D'abord,
il y a les armes conventionnelles: les effets pervers des traités
de désarmement qui poussent à la modernisation des armées
(cas de la Grèce et de la Turquie qui, à peu de frais, dans
le cadre du traité sur les Forces Conventionnelles en Europe, ont
renouvelé leur parc militaire); le développement anarchique
du marché d'occasion de matériel militaire (dont 231 navires
de guerre revendus entre 1989 et 1994 à des puissances émergentes).
Bien plus préoccupant, il y a les armes nucléaires et en
premier lieu les 120 sous-marins et les milliers d'ogives russes qui, faute
d'argent et de personnel compétent, attendent toujours d'être
démantelés. Les armes chimiques ensuite qu'il faut éliminer
et notamment les 40 000 tonnes de sarin, saman et autres gaz moutarde qui
menacent d'un désastre écologique majeur le bassin de la
Volga et le tiers de la population russe qui s'y trouve concentré.
Enfin,"the last but not the least", les mines anti-personnel,
ces armes qui, sans discernement, tuent et estropient populations civiles
et militaires et qui, de longues années après la guerre,
maintiennent encore à l'état de friches des portions entiéres
de territoire : 7$ à l'achat, cent fois plus ensuite pour s'en débarasser,
85 milliards de dollars pour un déminage intégral. Riche
de données statistiques originales et variées, l'étude
s'achève sur un dernier tableau de chiffres édifiant: démantèlement
et décontamination, tous types d'armes confondus, cela coûterait
de 500 à 1200 milliards de dollars. Au total, de deux à quatre
fois le budget de la France pour en finir avec ces sous-produits de notre
folie meurtrière.
- R.de Penanros
"Arms spending, development and security" édité
par Manas Chatterji, Jacques Fontanel et Akira Hattori, APH Publishing
Corporation, New Delhi, 1996.
- La guerre froide est terminée, les ennemis d'hier sont devenus
nos alliés. Après de longues années d'affrontement,
une ère de paix paraît aujourd'hui possible. Ces nouvelles
perspectives ont donné ces dernières années un élan
nouveau à la réflexion économique en matière
de défense et de désarmement. Le présent ouvrage qui
réunit pas moins de vingt sept articles écrits récemment
sur ces thèmes par un panel international d'économistes témoigne
de ce regain d'intérêt. Pour moitié, il s'agit de contributions
inédites, l'autre moitié se composant de textes présentés
aux colloques organisés par l'association des économistes
contre la course aux armements (ECAAR ou ECCAR), l'un à Tokyo en
1993, l'autre à Brest en 1994. Le désarmement et la restructuration
de l'économie mondiale est naturellement l'un des principaux thèmes
abordés. L'accent est mis ici, plus particulièrement, sur
le danger d'une fuite en avant dans le commerce des armes afin de couper
court aux problèmes que pose le passage d'une économie de
guerre à une économie de paix. Cette idée est portée
par les deux prix Nobel d'Economie, J.Tobin et L.R.Klein, dont les articles
sont placés en tête d'ouvrage. Le commerce des armes, insiste
J.Tobin, est un problème qui appelle l'attention et l'action de
la communauté internationale. Ce devrait être une préoccupation
majeure des économistes de la paix. Pour L.R.Klein, il s'agit de
faire des propositions pour contenir le commerce des armes, éviter
leur prolifération. L'une des mesures à adopter étant
le rachat par les pays riches, afin de les détruire, des surplus
militaires des pays de l'ex-pacte de Varsovie. Rejoignant ses prestigieux
collègues sur ce terrain, M.Intriligator insiste, quant à
lui, sur la nécessité de développer au plan international
les accords de limitation de ventes d'armes. Reconversion, emploi et développement,
est l'autre grand thème étudié. L'idée-maîtresse
est ici que la reconversion doit être, dans la mesure du possible,
menée de façon décentralisée, laissée
à l'initiative des acteurs locaux, les plus aptes à trouver
en fonction de leurs compétences, de leur connaissance "du
terrain", les voies réalistes de reconversion. Il ne faut pas
cependant tout attendre des initiatives locales stimulées par les
mécanismes du marché; l'intervention de l'Etat est nécessaire
pour enclencher le processus, pour susciter la réflexion, pour faire
émerger les projets nouveaux. C'est la thèse développée
dans un article-clé de LLyod.J.Dumas, thèse reprise par W.Isard
qui rappelle cependant que cette approche territoriale de la reconversion
n'est pas à tout coup assurée de succès, les sites
choisis pour les installations militaires étant bien souvent ceux
qui n'offraient aucune autre alternative économique. Un essai d'application
de ses principes territoriaux à la reconversion d'un site particulier
- le site brestois - est entrepris dans un troisième article présenté
par les économistes locaux du groupe E3D (cf supra). Une des originalités
de l'ouvrage réside dans la place accordée aux questions
de défense du monde asiatique. Un article de N.Hayabusa nous rappelle
que si la tendance générale est au désarmement, il
n'en va pas de même en Asie du Sud-Est. Ici la course aux armements
s'impose, ne serait-ce que pour contrer les ambitions expansionnistes du
colosse chinois. La dislocation du bloc de l'Est marque la fin du monde
bi-polaire; T.Fukiharu y voit l'occasion pour le Japon d'accéder
au rang de leader asiatique d'un monde devenu tri-polaire. Encore faut-il
que le Japon adopte une stratégie de puissance pacifique, la seule
susceptible d'être acceptée dans une région où
ce pays souffre incontestablement d'un déficit d'image. D'autres
articles mériteraient d'être cités. Contentons-nous
d'en relever encore trois. Celui fort stimulant de D.Gold qui nous montre
combien, même pour une super-puissance comme les Etats Unis, l'indépendance
nationale en matière de défense est devenue illusoire. Les
équipement militaires sont en effet de plus en plus dépendants
de technologies civiles développées dans le cadre d'alliances
transnationales. Enfin pour les amateurs d'une économie trés
modélisée, citons l'analyse de l'incidence du désarmement
sur la croissance économique mondiale réalisée par
H.Kosaka à partir de modèle "richardsonniens" ou
déduits de la théorie des catastrophes et celle de M.Chatterji
qui propose un modèle socio-économétrique pour rendre
compte de la course aux armements engagée entre l'Inde et le Pakistan.
- R.de Penanros
* "Conversion", bulletin international n°1, édité
par Les Amis d'une Ecole de la Paix, Grenoble 1996.
- Ce bulletin trimestriel veut participer au débat sur la reconversion
des industries de l'armement en développant les thèmes suivants:
redéploiement des entreprises vers des activités nouvelles,
novatrices et de paix; redéploiement des chercheurs et des financements
vers de nouveaux thèmes; mobilisation des energies vers de nouveaux
chantiers utiles à l'Homme; éducation des citoyens et tout
spécialement des jeunes pour un monde de paix et d'échanges
mutuels; nouveaux modes de gestion des crises; activités militaires
et expériences régionales de iversification.
- M.Voisset
Thèses et Mémoires
Laurent Bourlès "Le développement local endogène
face à la crise des industries de défense: le cas de la zone
d'emploi de Brest", mémoire de DEA Economie et Politique
Maritime, promotion 95/96.
- Ce mémoire tente de montrer comment la zone d'emploi de Brest
peut faire face au ressérement de l'outil industriel de défense.
En effet, une forte diminution de l'activité industrielle dominante
sera sûrement destructurante pour le tissu économique brestois.
Une des premières solutions envisageables serait la délocalisation,
sur ce territoire, d'entreprises n'ayant pas de rapport avec les activités
existantes. Cette perspective de développement exogène, synonyme
de perte des savoir-faire actuels, ne peut être une solution qui
garantisse pleinement la réussite d'une reconversion territoriale.
La solution passe donc par la valorisation des compétences détenues
par les agents appartenant au tissu économique local. Or, cette
zone d'emploi possède des atouts incontestables dans de nombreux
domaines: - la réparation navale et de la mécanique du fait
des compétences détenues par les salariés et de la
présence d'un outil industriel performant, - l'électronique
en plein essor, riche d'entreprises de hautes technologie et de centres
de recherche et de formation - la DCN enfin qui, par son savoir-faire dans
la maîtrise des grands chantiers, peut se rapprocher des entreprises
locales, comme c'est actuellement le cas pour le reformatage des barges
off-shores. Néanmoins, il existe de nombreuses limites à
cette reconversion territoriale. La plus importante, à mes yeux,
réside dans le changement des mentalités qu'il faut entreprendre.
Ce bouleversement doit avoir lieu à la fois chez les dirigeants
d'entreprises mais aussi chez l'ensemble des salariés. Ce changement
profond des mentalités doit s'accompagner d'une plus grande autonomie
stratégique des établissements présents sur la zone
d'emploi brestoise. La dichotomie entre la logique territoriale et une
logique de groupe industriel est inéluctable, mais il est primordial
que les établissements s'insérent au mieux dans leur territoire.
Projet d'activité pour l'année universitaire 96/97
Carrefour de réflexion
Reconduction des activités menées l'an passé:
* séminaires mensuels et conférences
* atelier thématique sur le développement durable
* cours d'économie de la défense
Thèmes retenus pour les séminaires ou conférences:
. La sous-traitance (deux séminaires)
1. les nouvelles formes de la sous-traitance
2. la sous-traitance locale dans le domaine naval
. Les bateaux militaires du futur
. La privatisation du groupe Thomson et ses répercussions au
plan local
. La solidarité internationale: un nouveau champ d'activité
pour les arsenaux? (avec la participation de Fatos Dega, expert albanais
des problèmes de reconversion)
. Le Sud-Est asiatique: menace de guerre pour le 21° siècle?
. La reconversion des industries de défense au Québec
(avec la participation de Y.Bélanger, professeur de Sciences Politiques
à l'université du Québec à Montréal)
.La logique des entreprises
. L'Europe et l'aide à la reconversion
. La réduction du temps de travail (avec la participation de
P.Bouvier, professeur de sociologie à Paris X)
. Nouvelles technologies, nouvelles formes d'organisation
. La place du nucléaire dans la défense de la France
de demain
. Le problème des statuts des établissements industriels
de défense et de leurs personnels (avec la participation de B.Warusfel,
docteur d'Etat en droit, rédacteur en chef de la revue Droit et
Défense)
Etudes
Thèmes d'étude privilégiés: . Défense
- Pouvoir - Territoire . La sous-traitance locale dans le secteur de la
construction et de la réparation navale . Reconversion et mobilisation
des moyens financiers locaux . Le développement durable
Diffusion de l'information
* La lettre du groupe E3D Publiée deux fois dans l'année
(en avril et octobre), cette lettre sera désormais tirée
à deux cent exemplaires. Ceci permettra d'étendre sa diffusion
- jusqu'à présent limitée au monde universitaire -
aux décideurs économiques régionaux.
* Serveur d'information E3D accessible via le réseau informatique
Un serveur Webb sera mis en place pour rendre accessible la lettre du groupe,
ses publications, les mémoires réalisés. Ce serveur
répondra à un besoin d'échange avec les partenaires
universitaires français et étrangers du groupe E3D. Il permettra
également un accès facilité à l'information
pour les acteurs régionaux intéressés par les réflexions,
les travaux d'E3D. Enfin ce réseau sera un outil de travail particulièrement
adapté au groupe E3D dont les participants appartiennent à
des structures diverses.
* Développement de la cellule de documentation Abonnement aux
publications du CEDOCAR, aux bulletins de l'Assemblée Nationale
et du Sénat et aux Cahiers de Chaillot de l'U.E.O.
* Participation à des réseaux européens d'information
. Fondation pour le Progrès de l'Homme (FPH) . Institut Européen
de Recherche et d'Information sur la Paix et la Sécurité
(GRIP)
* Rencontres, échanges, participations à colloques, conférences
(déjà programmé) . Grenoble, novembre 1996 "
Conversion et régions: des restructurations nécessaires
à la sauvegarde de l'emploi" rencontre organisée
par Les Amis d'une Ecole de la Paix à Grenoble. . Bonn, mars 1997
journées d'étude du B.I.C.C sur l'état de la reconversion
en Europe . Montréal, mai 1997 colloque organisé par l'UQAM
sur la reconversion des industries de défense
Activités exceptionnelles
* Organisation au printemps 1997 d'une journée d'étude
sur le thème " Le territoire comme entité du développement
endogène" avec la participation de spécialistes français
de l'économie spatiale et de l'aménagement du territoire.
* Organisation de cycles d'information sur la crise et la reconversion
des activités de défense pour les collectivités territoriales,
institutions et organisations socio-professionnelles de la région.
Divers
Mise en place d'une cellule "Formation -Information" qui
sera chargée plus particulièrement de concevoir et de promouvoir
les façons d'amener à participer aux carrefours de réflexion
le plus grand nombre d'acteurs économiques locaux.
Lieu de recherche mais également d'échanges, de confrontation
d'expériences, le groupe E3D est ouvert aux personnes extérieures
à l'Université interessées par sa problèmatique
et ses thèmes de recherche et de réflexion. Aussi, si vous
désirez participer régulièrement aux travaux du groupe
ou suivre certains des séminaires programmés pour l'année
à venir, contactez-nous à l'adresse ci-dessous.
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