Les États européens doivent donc réorienter leur politique de défense et ce, dans un effort coordonné à l'échelle de l'Union Européenne. De ce fait la spécificité française est certainement moins évidente qu'elle ne l'était naguère. Notre dispositif stratégique autonome se doit de se rapprocher plus encore d'un projet de sécurité européen. Double défi, dont les articles de cette nouvelle lettre donneront un aperçu national avec un regard global sur l'évolution de la politique de défense, et plus particulier concernant le domaine de l'industrie navale. Nous constaterons que l'exemple de l'Espagne participe d'une même réflexion. Le contexte de l'Alliance fera aussi l'objet d'une réflexion de circonstance, permettant ainsi de ne pas négliger l'ombre de la mondialisation .
Le ministre de la défense semble considérer d'un point
de vue favorable les alliances par métiers entre sociétés
européennes, propres à engendrer une vraie stratégie
industrielle et commerciale commune
(ex : Thomson-C. S. F, G. E. C.). Cette attitude nouvelle ne vient-elle
pas un peu trop tard? Dans le domaine des restructurations le vent du Blairisme
souffle aussi avec cette force tranquille qui pousse les industriels anglais
vers l'espace américain. La conséquence peut en être,
de voir les négociation entre Européens encalminées
et, comme dans les courses hauturières, de constater in fine que
tout retard ne se rattrape pas.
On peut espérer que les dés ne seront pas encore jetés, mais le refus, longtemps affiché, de reconnaître l'évidence du changement et ses effets sur les choix à accomplir ont poussé pour des raisons doctrinales et/ou tactiques à s'autoriser un débat aux antipodes de la rationalité économique, stratégique et humaine. Séduisant peut-être pour certains, de prime abord, il n'est pas sûr encore qu'en réalité le coût de ce refus ne soit pas élevé pour la collectivité. Nos responsables politiques se doivent d'admettre que le désenchantement du monde laisse subsister la nécessité, renforcée en ce qui les concerne, d'agir, leur légitimité institutionnelle est à ce prix.
La France gaullienne s'est toujours méfiée de la pensée libérale et idéaliste dans le domaine des relations internationales. Pour elle, la question du pouvoir politique est de tous temps restée centrale. De ce fait, sa perception d'un ordre mondial hétérogène se diluant progressivement dans un système international dont l'horizon rationnel impliquerait une coopération harmonieuse débarrassée d'arrière pensées hégémoniques est toujours apparue comme une contingence de l'imaginaire occidental .Sans être contre-producteurs, les «machins» ne peuvent engendrer que des novations limitées dont «l'exceptionnel» s'analyse plus en termes temporels qu'en évolution qualitative.
Ce modèle paradigmatique sans être imperméable aux considérations empiriques a petit à petit «fait sens» et le sanctuaire national valorisé comme symbole de la souveraineté reflétait de facto l'inopportunité d'un dépassement prévisible de l'Etat-nation. Ce référent existentiel était à même d'expliquer la trame parfois difficilement perceptible qui liait l'action gouvernementale au système inter-étatique. Le fait est que le grand principe ordonnateur s'est effondré, révolution stratégique selon les uns, rupture stratégique selon les autres. Au-delà des signifiants et de leur adéquation recherchée avec des possibles satisfaisants, il faut cependant ne pas oublier que cet horizon élargi ne modifie en rien la nature intrinsèque des relations internationales et leurs caractéristiques induites ,à savoir la lutte pour le pouvoir et l'exigence de sécurité. L'hégémonie peut être une, elle ne dépasse cependant pas la dynamique des rapports entre les Etats et l'irénisme (faussement perçu) de la «fin de l'histoire» peut rapidement s'effacer au profit de l'ombre inquiétante d'un «clash of civilisations». On songe à l'une des analyses de Lucien Poirier, dont la pertinence est rarement mise en défaut, selon laquelle toute «coupure épistémologique et praxéologique dans le champ de la pensée et de l'action stratégique doit éviter un rejet radical du savoir hérité, il faut de ce fait se méfier des «novations pseudo-théoriques» et au contraire relativiser et analyser un tel phénomène sans tenter de le nier, mais en lui conférant ses «vraies dimensions»(1).
Le moins que l'on puisse dire c'est que la fin du second mandat
du Président Mitterrand s'est caractérisée par un
statisme stratégique renforcé par l'inertie traditionnelle
propre aux appareils bureaucratiques, le tout conforté par le refus
des industriels de défense de modifier des programmes dont la cohérence
des moyens allait de plus en plus reposer sur des fins évanescentes.
Les dures lois de l'après-guerre froide jouaient d'une gamme plurifactorielle
où l'emploi des forces serait affaire de circonstances. La flexibilité,
la mobilité, la polyvalence de l'outil de défense allaient
devenir les pierres angulaires d'un changement nécessairement radical
dans lequel la récession économique, l'érosion des
crédits budgétaires conditionnent des sacrifices sclérosant
les marges de manœuvre des pouvoirs publics. Les contraintes économiques
s'imposent de plus en plus, dans le contexte ambiant, comme un facteur
essentiel d'une hiérarchisation stricte des priorités et
des intérêts stratégiques .
1 - De la primauté présidentielle à la gestion partagée
Le livre blanc sur la défense adopté le 23 février 1994 restera comme un texte de circonstance, où le politique pratiquait les atermoiements du principe de continuité. Pendant ce temps la totalité des pays occidentaux restructuraient leur industrie de défense, poussés par le syndrome (controversé) «des dividendes de la paix» et par une marche forcée à la restructuration entamée par les Américains. A titre d'exemple pour la seule Californie plus d'un million d'emplois ont été mis en cause à partir de 1987. Soit deux ans avant la chute du mur de Berlin.
L'arrivée de Jacques Chirac en mai 1995 allait provoquer un changement d'orientation qui constitue une vraie rupture stratégique et politique. Sans remettre en cause la sanctuarisation du territoire, considérée comme principe «existentiel», la France s'efforce d'inscrire sa doctrine dans le cadre du déclin du nucléaire, avec comme perspective une coopération renforcée avec ses alliés européens dans un cadre rénové de dissuasion européenne, lui même prévu pour une hypothèse d'engagement en coordination avec l'allié américain. Tel est en filigrane l'axe dégagé par la loi de programmation 1997-2002. Passé l'épisode mouvementé de la reprise des essais nucléaires, c'est à une réforme en profondeur de l'outil de défense que le chef de l'Etat va procéder.
Le 22 février 1996, l'instance constitutionnelle que représente le conseil de défense fixe les grandes lignes de la réforme(2). Le chef de l'Etat y imprime sa marque suivant un champ de compétence dont la filiation gaullienne ne fait pas de doute et qui remonte à la fameuse conférence de presse du général De Gaulle du 31 janvier 1964, selon laquelle il n'y a pas de limite à l'intervention du Président. La prééminence du chef de l'Etat s'auto-définit selon l'importance du sujet, au nom d'une souveraineté «qui lui vient de son mandat national et qu'il est de son devoir de maintenir» (Pompidou: conférence de presse du 10 juillet 1969 ). La nouvelle cohabitation ouvre cependant une période d'incertitude, car elle autorise à se poser la question de la capacité du chef de l'État, ou d'un pouvoir exécutif cohabitant, à mener une réforme en profondeur. Pour autant il est difficile d'établir un parallèle entre par exemple la période 93-95 et celle que nous traversons actuellement. Beaucoup de tendances inertielles ont été surmontées et un consensus global existe au sein de la dyarchie sur les grand choix de la loi de programmation votée en 1996. Cependant, la réflexion constitutionnelle, comme les lois ci-devant mentionnées, pratique une lecture «glissando» et si les deux cohabitations précédentes démontraient que la défense nationale était un domaine où le Président avait continué à jouer un rôle éminent, ce domaine n'est en rien «réservé»et la majorité de la doctrine lui a substitué une qualification plus proche de la réalité, à savoir celui de «partagé».
Il est à ce stade difficile de dire si la situation constitutionnelle, qui nécessairement donnera lieu à des contestations juridico-politiques, entraînera des blocages institutionnels préjudiciables à la réforme. En attendant les armes sont affûtées , le 14 juillet 1997 le Président déclarait : «La constitution prévoit des choses et ces choses donnent, notamment, une prééminence, et je dirais, donnent un peu le dernier mot au chef de l'État». Afin de faire bon poids-bonne mesure, le Premier ministre dans son «mémoire en réplique» lui répondait deux jours plus tard, lors de l'instance solennelle qu'est le Conseil des ministres, que la lecture combinée des articles 5 et 20 de la Constitution n'autorise en rien une telle interprétation de primauté et qu'au contraire elle générerait une lecture parlementaire de notre texte suprême, lui permettant de déterminer et de conduire entièrement la politique de la nation. Pour l'instant le consensus est préservé et le chef de l'État constate que les réformes, par lui mises en place, s'accomplissent progressivement et se bornent à souhaiter que les réductions de crédits militaires maintiennent à un niveau suffisant le budget des armées (Conseil des ministres du 24 septembre 1997).
2- Le cadre de la réforme et la contrainte budgétaire
L'abandon du service national, une fois reconnues les considérations sociologiques qui y président, repose surtout sur des raisons financières liées à la professionnalisation des armées. La cure d'amaigrissement drastique qui en résulte nécessairement fera fondre les effectifs, un engagé coûtant bien plus qu'un appelé. Pour la seule Armée de terre l'effectif de 239.000 militaires en 1996 passera à 136.000 à l'horizon 2015. Sur ce point, l'ajustement décrit par certains doit passer dans les faits pour un véritable aggiornamento imposé par la rupture conjoncturelle de l'après-guerre froide et ne peut que nécessiter un effort d'adaptation radical de notre outil militaire remettant en cause la mythologie toujours active de la nation en armes. L'essence stratégique nationale, où l'impératif de solidarité facilitait la mise en œuvre d'accords négociés, laisse place à des modalités opérationnelles collectives où les facteurs politiques prédominent, relativisant fortement les spécificités du modèle stratégique national.
Autre volet, et peut être le plus sensible, de la révolution
copernicienne en cours, l'impératif économique impose des
mutations en profondeur dans la gestion même de la planification
militaire et de la gestion des engagements financiers. La précédente
loi de programmation 1995-2000 avait sombré dans une dérive
qui rendait caduque son essence prévisionnelle, puisque sur l'ensemble
de l'année 1995 on assistait à un écart de 19 milliards
de francs avec les objectifs fixés. Reports de crédits et
fonds de concours bloqués s'étaient en effet succédés
à un rythme soutenu.
La nouvelle loi adoptée en juin 1996 par le Parlement prévoit
une réduction forte des crédits d'équipement (titre
5) accordant assez rationnellement dans cette période de professionnalisation
la priorité aux dépenses de fonctionnement. Cette loi intègre
logiquement la rareté financière qui caractérise la
période actuelle. Le format des armées voit sa réduction
accompagnée d'une diminution simultanée des programmes d'armement
ainsi que de l'étalement du calendrier des réalisations en
cours. Deux exemples particulièrement démonstratifs, le nombre
de chars lourds passe de 880 en 1996 à 420 en 2002. Le nombre d'avions
mis en ligne par l'armée de l'air passe de 420 en 1997 à
300 aux mêmes dates. «L'air du catalogue» pourrait se
poursuivre avec les hélicoptères (Tigre, NH-90, le Rafale
et autre Charles De Gaulle).
Les joutes feutrées de la cohabitation accompagnent cette évolution, et quand le Premier ministre déclare le 28 juin 1997 la nécessité pour la défense de participer à la maîtrise des dépenses publiques dans un contexte budgétaire restrictif, le chef de l'État se trouve dans l'obligation de réitérer son engagement à se porter «personnellement garant» du respect des moyens financiers dégagés par la loi de programmation militaire. Le 14 juillet 1997, il déclare : «En tant que chef des Armées, je veillerai à ce que nos forces continuent de disposer des ressources nécessaires tant à leur rénovation qu'au maintien de leur capacité et de leur entraînement». Ce type de déclaration, logique et qu'on est en droit d'attendre dans la bouche du chef de l'État, chef des Armées, doit cependant être analysé sous l'angle de la relativité. Ce qui, par ailleurs, tend à démontrer que le concept de domaine réservé se trouve réduit à la portion congrue. En effet, force est de constater que le montant des crédits d'équipement militaire voté pour 1998 (81 milliards de francs) non seulement diminue par rapport à l'année précédente d'environ 8 milliards de francs, mais surtout est aussi en décalage avec la loi de programmation 1997-2002 de 8 milliards.
La spirale déflationniste continue, car ce même budget d'équipement 1998 est actuellement menacé d'une amputation de 2 milliards. A ce stade, la loi de programmation s'avère être en baisse de 20 milliards par rapport aux engagements antérieurs. En valeur 1998, il s'agit d'un différentiel de 37 milliards par rapport aux crédits de 1990. A l'évidence les blocages de crédits en cours d'exercice, les annulations en fin d'exercice auxquels s'ajoutent les reports, dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils s'effectuent in fine dans la douleur, indiquent un contexte de gestion budgétaire sous étroite surveillance. Cette volonté d'économie ne doit pas cacher, comme le souligne Jean-Paul HEBERT, que les crédits votés restent une «référence mythique»(3). Ce caractère juridiquement indicatif dont on perçoit mal comment il pourrait revêtir un aspect purement normatif, donc coercitif, n'empêche cependant en rien de rétablir, selon les critères définis par la cour des comptes, une précision qui rapproche, autant que faire se peut, les décisions budgétaires. On sait pertinemment que les dépenses effectives sont sensiblement inférieures, les armées ne consommant pas la totalité des crédits d'équipement alloués par les parlementaires.
Cette évolution, qu'on n'ose qualifier de programmée, place la France dans une position délicate vis à vis de l'impérieuse nécessité de restructurer une industrie de défense. Il convient d'éviter une position d'affaiblissement qui serait des plus préjudiciable au moment où les négociations entre les Européens s'intensifient afin de constituer de vrais groupes industriels à l'échelle du continent. Dans cette optique, l'adaptation de la loi de programmation, présentée aux commission de la défense des deux Assemblées dans la semaine du 6 avril 1998 et approuvée par le chef de l'État en conseil de défense au mois de mars, reflète une pratique désormais emprunte d'un certain classicisme, à savoir l'accent mis sur des ajustements financiers, fruits d'arbitrages ultimes. En revanche le voile n'est toujours pas véritablement levé sur le rôle des missions que les armées françaises devront accomplir dans un environnement international où le développement d'une identité européenne de sécurité et de défense apparaît cantonné dans un rôle subalterne, dont le traité d'Amsterdam s'avère être le miroir peu déformé d'une indigence décisionnelle.
La baisse du plan de charge de la Direction des Constructions Navales (DCN) pour 1998, (moins deux millions d'heures par rapport à 1997), laisse augurer une année difficile pour la zone d'emploi de Brest, encore trop dépendante d'un seul donneur d'ordre, l'Etat. Après la première expérience réussie de transformation de la plate-forme de forage «Sedco 707» au printemps dernier, la DCN devrait construire au total trois plates-formes semi-submersibles, une pour Forasol-Foramer, deux pour Sedco-Forex [Le Marin, 1998].
En fait, cette nouvelle activité, sans négliger l'apport substantiel en nombre d'heures de travail qu'elle engendre, ne doit pas être appréhendée comme étant seulement une fin en soi; elle est, selon nous, davantage un moyen permettant la définition et la réalisation de nouveaux projets de diversification des activités. Cette activité civile est susceptible de créer des relations de confiance entre les acteurs locaux, relations qui font si cruellement défaut à l'heure actuelle. En effet, une étude de terrain nous a permis de constater qu'il régnait un fort sentiment de méfiance voire de défiance (cette notion ajoute à celle de méfiance, le défi) [Servet,1994] vis-à-vis de certains acteurs et notamment à l'égard de la DCN, entité qui est censée jouer, le plus souvent, un rôle de coordinateur. En fait, la DCN et les autres acteurs de la zone d'emploi de Brest ont effectivement intérêt à réaliser ensemble de tels projets mais l'intérêt mutuel n'est pas une condition suffisante; encore faut-il qu'il y ait des liens de confiance. Or, ceux-ci ne se décrètent pas, la confiance est une construction sociale qui doit être menée par tous les acteurs du Système Productif Brestois (SPB).
Le déficit local de l'esprit d'entreprise, conséquence d'un passé de relations trop étroites et trop exclusives entretenues avec le principal donneur d'ordre, à savoir l'arsenal, explique que, faute d'autres solutions, ce soit la DCN et non un opérateur (ou un groupement d'opérateurs) privés qui tienne ici le rôle de maître d'oeuvre [de Penanros, Sauvin, 1997]. Cette solution n'est pas satisfaisante parce qu'elle pose des problèmes de cohabitation et n'apporte aucune garantie pour l'avenir. En effet, les organisations de la production et du travail sur un chantier civil sont totalement différentes de celles s'appliquant sur un chantier militaire. De plus, il n'entre pas dans la vocation de la DCN de fabriquer et de vendre des navires et autres bâtiments navals civils. L'emploi de ses équipements à d'autres usages que ceux pour lesquels ils ont été conçus est source de surcoûts. Enfin, et c'est l'une des grandes questions que se posent les fournisseurs et les sous-traitants impliqués dans cette activité, que devient l'activité offshore si demain la DCN retrouve dans le militaire le complément de charge qu'elle doit rechercher aujourd'hui dans des opérations de diversification vers les marchés civils? Avec comme maître d'oeuvre une entité militaire, qui plus est, très proche de l'Etat, ne court-on pas le risque d'être accusé par un concurrent malheureux sur le marché de l'offshore de concurrence déloyale et d'être sommé par l'Europe d'arrêter cette activité?
Ainsi, les entreprises, par delà leur intérêt
à coopérer afin de définir en commun des projets industriels
visant la diversification ou la conversion des activités militaires,
se trouvent confrontées à des contraintes de sentier qui
résultent de leur histoire (investissements antérieurs en
actifs spécifiques, subordination professionnelle, manque d'incitation
à l'innovation). Leurs spécificités constituent d'importantes
barrières au changement, au processus de conversion des activités.
L'entreprise est donc soumise à des irréversibilités
qui limitent sa capacité de réaction et d'adaptation au nouvel
environnement économique. Conscientes de leurs spécificités
et de l'existence d'un environnement marqué par l'incertitude, les
entreprises manifestent une certaine méfiance vis-à-vis de
tout projet visant la diversification dans des activités civiles.
En fait, nous sommes confrontés à une «économie
de la qualité»[Karpik, 1989], c'est-à-dire à
une situation dans laquelle il existe une incertitude sur la qualité
des contractants (DCN, fournisseurs et sous-traitants). Ainsi, en dépit
d'un intérêt mutuel à la coopération, deux acteurs
peuvent ne pas entrer en relation compte tenu de l'absence de lien de confiance.
L'estimation d'une utilité n'étant pas suffisante, il
est nécessaire d'apprécier la qualité intrinsèque
des acteurs, appréciation qui sera d'autant plus facile si nous
introduisons dans l'analyse le territoire. Celui-ci que nous pouvons appréhender
comme un Système Productif Local (SPL), c'est-à-dire un ensemble
d'acteurs de statut différent (PME, grandes entreprises privées
et publiques, institutions financières,...) en interaction dynamique
dans un espace de proximité autour d'un ou plusieurs métiers
(activités ou compétences) [Courlet,1994, p.17], apporte
aux entreprises des appuis essentiels à leur développement
et ce, grâce aux effets de proximités.
En intensifiant le lien social, les effets de proximité (géographique, industrielle, organisationnelle, et socioculturelle) [Bellet, Colletis, Lung, 1993] réduisent considérablement l'incertitude économique et permettent ainsi le développement de relations durables marchandes (achat/vente) et non marchandes (accords de coopération portant notamment sur la production et la recherche-développement) favorables à la création de ressources institutionnelles. Celles-ci, venant s'ajouter aux ressources physiques (qualité géographique de la localisation, infrastructures, moyens de production), prennent la forme de réseaux, de conventions et de règles d'interaction formelles et informelles entre les acteurs [Krätke, 1997, p.279-280] propices à la construction et à la consolidation des relations de confiance. Les règles informelles «prennent racines dans les traditions locales et sont le résultat d'habitudes, d'attitudes et de valeurs communes, de pratiques et de conventions»[Krätke, 1997, p.279]. Ces ressources institutionnelles sont essentielles à la réalisation de projets locaux et à l'émergence d'un développement régional fondé sur les forces endogènes.
C'est la raison pour laquelle le processus de diversification ou de conversion des activités militaires ne peut être engagé au seul niveau de l'entreprise. Il est nécessaire de penser la conversion dans le cadre d'une approche territoriale. Il est primordial de revitaliser le SPB afin de développer les effets de proximités et ainsi de créer des liens de confiance. Pour faciliter ce processus, il est essentiel de définir des projets mobilisateurs et fédérateurs prenant en considération les spécificités socio-économiques du territoire. Les acteurs se reconnaissant désormais dans un projet, pourraient amener leur pierre à l'édifice. Certes, la refonte et la construction de plates-formes offshores ne suffiront pas à elles seules à enrayer le déclin des activités militaires mais cette nouvelle activité, issue des conpétences détenues par les travailleurs de l'industrie de l'armement, pourrait être un projet mobilisateur renforçant les liens entre les acteurs et ainsi la confiance nécessaire à l'engagement de stratégies offensives visant la diversification voire la conversion des activités militaires.
L'Espagne partage avec la France la particularité d'être un des rares pays à posséder des chantiers navals relevant de l'autorité publique, les chantiers «Bazan», mais ceux-ci ont depuis longtemps exécuté des commandes civiles et plus récemment effectué une reconversion remarquable qui n'est pas sans intérêt pour qui se penche sur le sort de notre DCN.
Bazan n'est pas un nom quelconque mais bien celui, emblématique,
d'Alvaro do Bazan, le vainqueur de Lépante, donné à
la construction navale militaire d'Etat qui fait partie depuis 1947, date
de sa création sous ce nom, de l'I.N.I. (Instituto Nacional de Industria).
En 1976, cet institut sera remplacé par l'A.I.E. (Agencia industrial
de l'Estado), un holding dépendant du Ministère de l'industrie
qui reçoit du budget général annuellement 200 millions
de pesetas (8 milliards de Francs).
«Empressa Nacional Bazan» possède trois sites de
construction: Carthagène, surtout pour la réparation navale,
El Ferrol, le plus important où ont été construits
le porte-aéronefs Principe de Asturias et le seul porte-aéronefs
neuf exporté, le Chakrinaruebet pour la Thaïlande, et Cadix.
Si El Ferrol a un carnet de commandes bien rempli -surtout de frégates
pour l'instant, mais il espère d'autres commandes de porte-aéronefs,
voire même de porte-avions pour la Chine-, Cadix a connu des heures
extrêmement sombres il y a plusieurs années mais a surmonté
la crise de la manière que nous allons voir.
Le chantier de San Fernando à La Carraca, une île isolée
au fond de la baie de Cadix, a une histoire ancienne et prestigieuse. Construit
au XVIIIème siècle, une «cité utopique»
pour loger ses ouvriers devait l'enchâsser; cette ville idéale
n'a pas été terminée sauf trois grands bâtiments
mais le chantier possède encore et utilise trois formes de cette
époque (deux ont été légèrement allongées)
plus quatre cales sèches modernes, les dimensions de l'ensemble
variant de 22 à 137m. On voit que par la taille de ses infrastructures,
il était dédié aux petits et moyens bateaux: corvettes,
patrouilleurs, garde-côtes, etc... Mais il possédait aussi
une activité civile pour divers navires allant jusqu'à 26
000 tonnes.
Au commencement des années 80, 3000 personnes y travaillaient
et la crise des commandes tant civiles que militaires, se fit sentir. Dans
un premier temps, l'exportation pallia le déficit mais celle-ci
aussi s'étiola. Les effectifs tombèrent à 1200 en
1990. Bien qu'entreprise d'Etat, les ouvriers n'avaient pas de statut particulier
pour les protéger (ils en avaient eu un jusqu'en 1930). Le site
risquait purement et simplement de disparaître. La diminution d'effectifs
n'étant pas en effet un remède en soi mais pouvant être
au contraire un argument pour que ces chantiers si anciens et si prestigieux,
ne soient plus qu'un souvenir.
Un créneau fut alors trouvé, porté par une demande
qui devenait de plus en plus impérative: les ferries rapides, et
une technologie choisie: l'aluminium et le monocoque. L'aluminium donne
en effet la légèreté qui permet d'accroître
la vitesse sans augmenter trop la consommation de carburant. C'est une
technique délicate car la moindre souillure empêche une bonne
soudure, et qui demande un nombre important d'heures de travail (si le
coût d'une coque en acier reste à 30% de la main d'œuvre,
ce chiffre se monte à 60% pour une coque en aluminium). Le premier
ferry rapide fut livré en 1994 pour une compagnie uruguayo-argentine
et les deux suivants en 1995 pour une compagnie espagnole faisant le trajet
des Baléares. La vitesse était de 38 noeuds pour des bateaux
d'environ 100m de long sur 15 de large (450 passagers et 84 voitures).
Un nouveau bateau plus puissant et plus rapide fut livré en 1996
pour la même compagnie d'Amérique du Sud.
Nous en sommes maintenant à un catamaran de 77m de long, pouvant transporter 450 passagers et 52 voitures à une vitesse de 58 noeuds, propulsé par des turbines à gaz. Il était en 1997, le plus rapide catamaran existant. Mais il est intéressant de noter que ces percées sur le marché civil ont permis un transfert de technologie dans le sens civil/militaire cette fois. L'Etat a commandé des bateaux de surveillance côtière (hauts en composite et coque en aluminium) pouvant aller jusqu'à 55 noeuds, l'Espagne ayant la charge -importante- de garder le flanc sud ouest de l'Europe.
Norbert Ansquer
«Approche et difficultés de la diversification dans
l'industrie électronique de défense à travers une
analyse organisationnelle» Mémoire de DESS Gestion du
personnel. Université de Paris I. Panthéon-Sorbonne, décembre
1997.
Partant du système d'organisation actuel d'une filiale de Thomson-Csf
engagée dans une tentative de diversification vers des activités
civiles, ce mémoire pointe un certain nombre de difficultés
que cette organisation aura, selon l'auteur, à résoudre pour
réussir le pari de la diversification. Une étude de cas fort
utile et remarquablement documentée sur la liaison entre la fonction
et l'organe au sein des industries de défense.
La crise des activités de défense n'a pas épargné
l'industrie navale. Différents indicateurs peuvent en témoigner.
1. Les budgets des principales marines occidentales
(sources: différents documents budgétaires produits par le DoD pour les Etats Unis, DASA pour le Royaume Uni et des rapports parlementaires -rapports Paecht et Boucheron sur les budgets de la défense- pour la France)
Ainsi, le budget d'ensemble de la Navy chute de 35% entre 1991 et 1998, passant de 122 à 79 milliards (dollars constants F.Y 1998). Sur sensiblement la même période (91-97), le budget d'équipement de la Royal Navy exprimé en monnaie courante est ramené de 3,1 milliards à 2 milliards de livres, ce qui correspond, corrigé de l'inflation, à une diminution d'environ 40%. Pour la France, exprimés en francs de 1996, les crédits de paiement inscrits au budget de la Défense pour l'équipement de la marine passent de 27,8 milliards en 1991 à moins de 19 milliards en 1998, soit une baisse de plus de 30%.
2. Le nombre et le tonnage total des navires de combat
Comme en témoigne le tableau ci-après, la tendance d'ensemble est à la baisse. Pour la France cette tendance s'accentuera encore dans les années à venir puisque dès 2005, d'après la planification à 20 ans établie en même temps que la dernière loi de programmation militaire, le format de la marine nationale devrait être ramené à 81 navires de combats.
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Cette crise qui dure depuis bientôt dix ans devrait se prolonger encore dans les années à venir. En effet les perspectives établies au plan mondial pour les dix prochaines années sont à la contraction sévère tant du marché des navires de surface que de celui des sous marins: selon les prévisions du bureau international DMS, tous types confondus, le nombre de navires construits annuellement passerait de 73 en 1996 à 16 en 2005; celui des sous marins de 28 à 12 respectivement. Cette évolution, si elle se confirme, rend peu crédible «l'échappatoire» des exportations souvent avancé comme solution à la baisse des plans de charge de nos arsenaux.
Dans un contexte de contraction budgétaire, de réduction
des marchés mondiaux d'armement, l'avenir de l'activité industrielle
de l'armement naval est d'autant moins assuré que les dérives
de devis (tab 2) et les dérives génétiques de prix
(tab 3) sont monnaie courante également dans le secteur militaire
naval.
| Année | Coût total annoncé* | nombre de sous-marins |
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Malgré tout ceci, il est une idée largement répandue en France dans les arsenaux de marine: celle que face au vieillissement de notre flotte de combat, un besoin important de renouvellement -du moins de notre flotte de surface- va progressivement se développer et que, sauf à admettre la casse de notre force navale, la nécessité de la maintenir au moins en l'état devrait normalement garantir à nos arsenaux, pour les dix prochaines années, des plans de charge à hauteur de ceux qu'ils ont connus dans les dernières années. Indépendamment des évolutions géopolitiques au plan mondial et en Europe, cette idée fait fi de l'incidence que les nouvelles contraintes économiques peuvent exercer par l'intermédiaire d'une prise en compte plus réaliste du coût (première partie) sur la conception des bateaux du futur et, partant, sur l'activité des chantiers navals (deuxième partie).
Une nécessaire prise en compte plus réaliste des coûts
Des besoins quantitatifs et qualitatifs de défense moins affirmés, la crise économique et sociale, la nécessité de satisfaire aux critères de convergence du marché unique européen, ont rendu la contrainte budgétaire plus pesante: les dépenses militaires, d'équipement principalement, devenant la variable d'ajustement par excellence de la politique de réduction des déficits budgétaires.
Cette exigence budgétaire nouvelle conduit à une prise en compte plus réaliste des coûts des matériels militaires. Fini le règne des marchés dits à «cost plus» qui consacraient le principe de réévaluation du prix d'un programme tout au long de son déroulement en fonction de l'évolution réelle des coûts et en reportait tout le poids sur l'acheteur. Désormais les contrats négociés seront de plus en plus à coût objectif et prix plafond1.Cette nécessité de mieux maîtriser les coûts conduit à les décomposer, en d'autres termes, pour nos arsenaux, à engager une comptabilité analytique des coûts des bâtiments de guerre. Bien que les règles de la comptabilité publique auxquelles ils sont soumis ne les y aient guère préparé, cette nouvelle approche des coûts s'affirme de plus en plus dans les arsenaux. Il en découle une vision nouvelle des coûts des navires militaires.
Il apparaît ainsi qu'aujourd'hui la coque et le système de propulsion, c'est-à-dire ce qui dans un navire relève directement des métiers de la construction navale, n'occupe plus qu'une part marginale du coût de réalisation d'un navire de combat moderne. Pour les dernières frégates anglaises dites «type 23», cela représente moins de 10%. C'est sans doute un cas extrême, les chantiers navals anglais étant considérés aujourd'hui comme les plus performants du monde. Le temps est loin où le navire de guerre pouvait être considéré comme étant essentiellement un navire de commerce auquel on avait ajouté des canons et leurs servants. Coque, machine, électricité de bord, hôtellerie, c'est-à-dire à peu de chose près la partie commune avec les bateaux marchands, cela ne représente plus aujourd'hui qu'environ 20% du coût d'ensemble. Les 80% restants du coût de fabrication du navire proviennent désormais de ses armes, de ses systèmes de contrôle, de communication et de commandement.
Intéressante également la notion de coût tout au long de la vie. La règle qui voulait qu'en matière de matériel militaire ne soit pris en compte que le coût de production ou d'acquisition des matériels futurs est remise en cause dans le dernier rapport du comité des prix de revient des fabrications d'armement (19° rapport, janvier 1997). Pour la première fois est évalué le coût de possession d'un navire de guerre, celui du P.A.N. «Charles De Gaulle». Sur la base d'une durée de vie de 35 ans, ce coût de possession, somme des coûts de maintenance (IPER et PEI)2 augmenté des coûts de remplacement et de démantèlement du coeur nucléaire de la chaufferie et des coûts des moyens d'exploitation (munitions, missiles, moyens d'entraînement, infrastructures spécifiques), cela représenterait 15,6 Milliards de Francs, à comparer au coût d'acquisition estimé, lui, dans ce même rapport, à 16,8 Milliards3. En quelque sorte un porte avions pour le prix de deux!
Le coût de possession ne tient pas compte des coûts de fonctionnement courants constitués des frais d'équipage et des frais de carburant4 qu'il faudrait ajouter pour accéder au coût réel d'exploitation du bâtiment. La prise en compte des frais de l'équipage -les plus importants des frais de fonctionnement- amène à reconsidérer totalement la notion de coût des navires de combat. Avec la sophistication des systèmes de combat et de navigation, l'abandon par la plupart des puissances militaires de la conscription, le coût de l'équipage devient la première charge d'exploitation. Dans le cas d'une frégate classique de type CASSARD, elle représenterait prés des deux tiers du seul coût d'exploitation (possession plus fonctionnement courant), plus de 40% de son coût global (acquisition plus exploitation) sur la base, il est vrai, d'une revente de la frégate par son propriétaire initial au bout de dix ans (R.Loire,1996,p 704). Cette charge est à la fois de nature économique (la solde) et de nature tactique (les lieux de vie de l'équipage étant un espace perdu pour les fonctions de combat du navire). Dans le contexte actuel d'économie de moyens, le coût de l'équipage devient de ce fait un paramètre stratégique.
L'incidence d'une politique de compression des coûts sur la conception des bateaux du futur et sur l'activité des chantiers navals
* la réduction des équipages
Première composante du coût d'exploitation du navire,
ce poste peut être largement comprimé par un recours accru
à des modes automatiques de commandement notamment5. Ce processus
de réduction des équipages est déjà largement
entamé. La tableau ci-après en donne deux exemple.
| Type de bâtiment | Série | Equipage |
| S.N.L.E | REDOUTABLE (1973)
TRIOMPHANT(1996) |
270
222 |
| Frégates lance missiles | SUFFREN (1967)
HORIZON (2003) Type 23 (1998) |
355
235 180 |
| Corvettes anti sous marine | C.65(1973)
C.70(1979) |
232
206 |
Cette réduction des équipages, c'est, au moins relativement, plus de place pour les systèmes d'armes, de contrôle, de communication et de commandement. C'est dans la phase de fabrication des navires, une part plus faible laissée aux métiers traditionnels de la construction navale.
* La réduction des frais d'entretien, de réparation
Ces frais sont particulièrement élevés dans un bateau de guerre du fait notamment, qu'à la différence d'un bateau de commerce, l'espace intérieur du navire est plein, saturé d'ensembles entremêlés de systèmes complexes, ce qui rend toute intervention délicate et donc coûteuse. Pour limiter au maximum les interventions en cours de vie du navire, deux solutions diamétralement opposées peuvent être envisagées.
1. Soit une plus grande robustesse du navire ou/et une limitation encore accrue de ses signatures sonore, visuelle, magnétique et dépressionnaire, autrement dit de sa vulnérabilité. Cette option conduit à la réalisation de navires encore plus complexes, plus spécifiques dans leur configuration comme dans la nature des matériaux utilisés dans leur fabrication.
2. Soit le développement du concept de «bateau jetable» cher à l'ingénieur Loire. Il s'agirait alors de construire un bateau à l'architecture sommaire, au plus près de celle des tankers, l'essentiel n'étant pas le bateau, la plate-forme propulsée, mais les moyens matériels de combat qu'il contient. C'est la banalisation du bateau de guerre, le retour presque au navire marchand, cette fois-ci non plus garni de canons mais bourré de missiles.
* Le développement de la production en série et de la construction modulaire
Outre le fait qu'elles permettent de mieux amortir les charges de conception (Recherche et Développement) et qu'elles sont génératrices d'effets d'apprentissage, ces deux méthodes permettent de développer la réalisation sur plan, la construction par blocs prééquipés; ces activités pouvant être plus facilement réparties entre plusieurs chantiers militaires comme civils.
Finalement, ces voies nouvelles nées du souci de comprimer les coûts des navires de combat iront-elles vers plus de convergence ou de divergence entre la construction navale militaire et civile? Comme il se dégage du tableau de synthèse ci-après, autant d'arguments peuvent être aujourd'hui portés à l'appui de l'une comme de l'autre de ces thèses.
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notes:
1 : Sur les principaux types de contrats en matière
d'équipements militaires, leurs avantages et inconvénients
respectifs, cf (T.Sandler et K.Hartley, 1995, p133-140)
2 : L'Indisponibilité Périodique pour Entretien
et Réparation (IPER) est une opération lourde. Programmée
à l'avance, elle immobilise le bâtiment pendant plusieurs
mois. Des Périodes d'Entretien Intermédiaire (PEI) viennent
compléter entre deux IPER le dispositif de maintien en état
des bâtiments de la flotte.
3 : Dans ce rapport fort instructif, il est également
fait mention des coûts financiers liés à l'allongement
des délais de fabrication. Dans le cas du C.D.G, ils s'élèveraient
à 1 Milliard par semestre de retard. Soit, compte tenu des 42 mois
de décalages successifs enregistrés depuis le début
de sa construction, un surcoût financier de 7 Milliards: plus du
tiers de son coût final d'acquisition!
4 : Exception faite, pour ces derniers frais, des bâtiments
à propulsion nucléaire.
5 : Le gain marginal de cette substitution de la machine
à l'homme est cependant décroissant. Cette substitution implique
en effet l'emploi d'un équipage de plus en plus professionnalisé,
donc de plus en plus cher, voire aussi le recours à des systèmes
de commandement de plus en plus sophistiqués. Tout ceci laisse supposer
une limite à un tel échange.
Bibliographie:
Ouvrages et articles :
Lefaudeux.F.(1996) Construction navale civile, construction navale
militaire. L'Armement,n°54
Loire,R. (1996) The stricker, a warship for the 21st century. A.Gosh,
publisher
Sandler.T and K.Hartley (1995) The economics of defense. Cambridge
University Press.
Rapports et documents divers :
19° Rapport du Comité des Prix de revient des fabrications
d'armement (1997). J.O. édition des documents administratifs.
Rapport sur la loi de finance pour 1996. Annexe 40. Défense:Equipement.
A.Paecht (oct95) Assemblée Nationale.
Rapport sur la loi de finance pour 1998. Annexe 40. Défense.
J.M.Boucheron (oct97). Assemblée Nationale.
Flottes de combat. B.Prézelin. Editions maritime et d'outremer.
1997.
Worship Forecast Jan 1996. The Submarine market. et Forecast International/DMS
Worship Forecast Feb 1996. The naval surface combatants market.
A Propos de
«Defense conversion strategies» publié par l’Institut de Sciences Avancées de l’OTAN1 et reprenant les travaux présentés lors d’un colloque sur la conversion organisé par l’OTAN en Ecosse du 2 au 14 juillet 1995.L’ouvrage est dirigé par 4 universitaires américains: Robert F Dunervill Jr, Peter F Gerity, Antony K Hyder, Lawrence H. Luessen. Référence : NATO ASI Série 1. Désarmement Technologies. Vol. 9. Klewer Academic Publishers, 1997.
Partant du constat du changement de contexte de l’environnement de la défense (émergence d’une concurrence globale, déclin des marchés militaires, développement de technologies duales et accroissement des dépenses militaires en matériels civils standards), les auteurs posent l’hypothèse que l’organisation d’un transfert des capacités technologiques des industries d’armement vers des activités civiles est un objectif prioritaire à atteindre. Compte tenu du cloisonnement des domaines civils et militaires, le problème majeur tient en l’absence de modèles sur lesquels les gouvernements pourraient appuyer la conversion de leur industrie de Défense.
Le rapport est construit en une série de chapitres qu’il
est possible de regrouper en deux catégories de réflexion.
La première porte sur les thèmes généraux
de la conversion: impacts de la mondialisation des échanges, caractéristiques
des technologies de Défense, politiques et stratégies des
Etats...
La seconde illustre la première en rapportant des expériences
de conversion réalisées dans différents pays regroupés
en trois zones caractéristiques: Russie, Union Européenne,
Etats Unis.
Compte tenu de l’ampleur de l’ouvrage (600 pages, 29 chapitres et 19 «poster papers») il est impossible de résumer dans le cadre de cette Lettre l’ensemble des travaux. Aussi est-il plus judicieux de se concentrer sur deux articles traitant de problèmes financiers posés par les stratégies de conversion. Le comportement des acteurs financiers est en effet relativement peu abordé par les chercheurs mais n’en reste pas moins déterminant.
Le premier article intitulé «Banking and Defense
conversion», est écrit par Peter Willington, éminent
représentant d’une société financière du groupe
Lloyds2.
Du point de vue du banquier, le problème financier lié
à la conversion est double:
Il se situe tout d’abord dans le passage à un actionnariat
privé qui suppose d’autres règles de gestion. Le désengagement
de l’Etat serait ainsi un gage de rationalisation des firmes du secteur
de l’armement (même si ce mouvement se solde par quelques disparitions
d’entreprises...), celles ci devant faire disparaître leurs surcapacités
et établir leur compétitivité sur des marchés
ouverts. Les Etats n’étant plus garants de la solvabilité
des groupes, la privatisation s’accompagne pour les banquiers d’une diversification
du risque financier: plus l’actionnariat sera large plus il sera facile
à l’entreprise de trouver des fonds sur le marché financier;
pour les autres firmes, leur capacité de financement dépendra
entièrement de la crédibilité des nouveaux propriétaires
auprès des opérateurs financiers.
Le second aspect du problème se trouve dans le changement d’activité
des firmes choisissant la voie de la conversion. Cette stratégie
génère en effet d’important besoins de financement. Or les
marché de la Défense devenant plus mondialisés, plus
concurrentiels présentent pour les investisseurs plus de risques
financiers. Les projets de conversion devront donc réunir un certain
nombre de qualités pour permettre leur financement. Outre la compétence
des acteurs industriels, leur connaissance des marchés et des réseaux
financiers, l’intervention de l’Etat parait encore nécessaire afin
d’assurer la sécurité de projets technologiques coûteux
et à longue échéance, projets cependant nécessaires
à la pérennité et au développement des industries
d’armement mais échappant aux normes de solvabilité exigées
par le secteur bancaire. En effet, il faut sur le plan des technologies
de l’armement engager de fortes sommes en R&D avec une rentabilité
espérée difficile à évaluer.
Ainsi, le secteur bancaire traditionnel parait-il peu adapté
aux besoins de la conversion.
Le second article devant retenir l’attention est celui de Dag
M. SYRRIST du Technology Funding3 de San Mateo USA intitulé «Venture
Capital and Defence conversion», les sociétés de capital
risque paraissant être une solution de financement alternative pour
les projets liés aux nouvelles technologies.
Le risque, nous précise l’auteur, est devenu un véritable
secteur d’activité aux Etats Unis avec 637 firmes en 1994 et 35
milliards de $ de capitaux investis. Ces sociétés investissent
sous forme de participation au capital ou de prêts, dans des entreprises
développant des projets technologiques échappant justement
aux critères de financement des banques commerciales. La fonction
du capital risque est de générer d’importants retours sur
investissements ( le taux annuel de croissance de la productivité
est de 41% dans les entreprises «high-tech» contre un taux
moyen de 5% pour l’ensemble de l’économie américaine). L’intérêt
des investisseurs ne se porte pas sur les compétences technologiques
de l’entreprise mais plutôt sur leur capacité à commercialiser
une solution attractive pour un consommateur solvable. L’approche du risque
financier est donc différente de celle des banques traditionnelles
qui cherchent avant tout la sécurité des remboursements.
Pourtant l’auteur attire notre attention sur le fait que cette nouvelle race d’investisseurs reste prudente face à des activités totalement nouvelles pour lesquelles n’existe encore aucun marché et pour les activités associées à un risque politique dont l’évaluation est presque impossible. Il sera alors nécessaire pour l’entreprise de diversifier son «portefeuille» de financeurs afin de réduire le risque pour chacun. DAG M. SYRRIST souligne également que les structures commerciales du secteur de la Défense sont généralement déficientes, les groupes industriels se focalisant sur les objectifs technologiques. Sur les marchés civils, la technologie n’est qu’un moyen pour attirer les consommateurs et non une fin en soi. Les firmes de la Défense engagées dans la voie de la conversion devront donc faire la preuve de leurs capacités commerciales (il faut 15 installations industrielles pour devenir crédible sur le marché).
Ainsi à travers ces deux articles, les deux auteurs, hommes de terrain, nous montrent qu’une des conditions de réussite des actions de conversion réside dans l’instauration d’une réelle crédibilité financière des groupes de l’armement qui ne pourront pas toujours compter sur les avances versées par un client privilégié pour assurer leurs équilibres financiers.
Nous avons publié :
(ne sont mentionnées ici que les publications des membres du
groupe traitant de la Défense sous ses aspects stratégiques
et industriels ainsi que du Développement Durable).
R de Penanros, «Comment au plan local contribuer à une
avancée durable sur la voie de la reconversion des activités
militaires?» Conversion n°3. Bulletin international de la
reconversion des industries d'armement. Les Amis d'une Ecole de la Paix
à Grenoble, décembre 1997.
S'appuyant sur deux préalables:
1. le processus de désarmement mondial à l'œuvre maintenant
depuis plus de dix ans est l'un des événements les plus positifs
de cette fin de siècle, qu'il faut accompagner le plus loin possible;
2. il est chimérique de croire que le tout militaire peut encore
être demain une voie de développement possible.
Cet article propose un plan-programme pour la reconversion territoriale.
R. de Penanros, «Crisis and conversion in the French arms industry:
national and regional aspects». Defense Conversion Strategies.
Vol 9. Klewer Academic Publishers, 1997.
Cet article publié dans l'ouvrage dont il est fait état
par ailleurs dans cette lettre reprend une communication présentée
à Pitlochry dans le cadre d'une conférence de l'OTAN en 1995
(cf Lettre E3D n°1).
Les trois articles qui suivent sont issus de la Rubrique «A trois
Voix»de la revue «Natures Sciences Sociétés»,
Ed. ELSEVIER, Vol. 5 n°4, oct.-déc. 1997.
R. de Penanros, Sécurité, Développement
Durable et Reconversion des activités militaires. (p 39-41).
S'inscrivant dans le prolongement de la réflexion sur l'association
désarmement-développement-reconversion, cette étude
en renouvelle quelque peu le genre en y introduisant la notion de développement
durable.
A.Choquet, L'Antarctique : un laboratoire privilégié
du développement durable. (p 41-42).
L'environnement est devenu le troisième pilier du système
du traité sur l'Antarctique après la paix et la recherche
scientifique. Le Protocole de Madrid, premier traité général
sur l'environnement ouvre la voie à l'élaboration de nouvelles
réglementations pour d'autres régions du monde. Il contribue
ainsi à une meilleure compréhension de l'environnement à
l'échelle mondiale dans le cadre d'un développement durable.
T. Sellin, Principes de précaution et prévention
des crises : l'exemple des îles Spratly.(p 43-46).
Le principe de précaution définit une nouvelle catégorie
pour qualifier les risques engendrés par les incertitudes fortes.
Cette notion conduit à rechercher et à mettre en place des
procédures de gestion des risques et des crises qu'ils peuvent entraîner.
Ces effets cognitifs doivent orienter le normatif. Depuis 1990, des réunions
informelles tentent de mettre en place «un projet de gestion des
conflits potentiels en mer de Chine (MPC)». Derrière ces discussions
théorico-politiques s'esquisse l'avenir d'une région qui
se doit d'évoluer vers un système de prévention et
de coopération renforcée.
Informations diverses
A propos d'offshore...
Pour la première fois la DGA vient de rendre public son rapport
d'activité (rapport pour 1997). En préambule à ce
rapport fort instructif, il est rappelé les deux objectifs prioritaire
de la Délégation: la bataille des coûts -elle passera
notamment par un recours accru à des matériels civils- et
la construction de l'Europe de l'armement. Quant à la diversification,
industrielle, voici tout ce qu'il en est dit:»La DCN est devenue,
en un an d'efforts commerciaux, un acteur majeur de l'industrie de construction
de plates-formes pétrolières. La rénovation, dans
un délai de six mois, de la plate-forme SEDCO 707 a démontré
sa capacité à oeuvrer dans ce domaine. Lors du second semestre
1997, elle a obtenu une intention de commandes * d'environ 1 MdF pour la
construction de deux plates-formes neuves». Dix lignes dans un document
de 55 pages, c'est tout dire de l'intérêt que porte la DGA
à l'ouverture de ses établissements industriels à
des productions civiles. De quoi sérieusement inquiéter ceux
qui à Brest et ailleurs compte sur cette diversification interne
pour assurer les plans de charges!
*: souligné par la rédaction
Les ventes d'armes à l'exportation: la fin de «l'embellie»?
La reprise des exportations constatées depuis deux ans risque
de n'avoir été qu'un feu de paille. Selon un article paru
dans Warship Technology de janvier dernier, la crise que traversent les
économie d'Asie pousse en effet trois de nos principaux clients
dans la région - la Malaisie, l'Indonésie et la Thaïlande-
à réviser à la baisse leurs programmes d'équipement
militaire, notamment du domaine naval. Rappelons que d'après le
Registre des transferts d'armes conventionnelles de l'ONU, ces trois pays
représentaient à eux seuls en 1996, la moitié de la
clientèle de la France à l'exportation.
Responsable: R. de Penanros Comité de rédaction: Laurent Bourlès Marie Noëlle Chalaye Cyrille Megdiche Thierry Sauvin Thierry Sellin