La Lettre du Groupe E3D no 4 - avril 1997
EDITORIAL
"Défense et développement durable: deux réponses
à un besoin humain de sécurité". si cette affirmation
exprimée dans le premier numéro de la Lettre du groupe E3D
demeure pertinente et fondamentale, il n'en demeure pas moins nécessaire
de confronter et d'approfondir ces concepts en les soumettant à
diverses approches: géopolitique, économique, juridique,
sociologique, territorial, écologique, éthique et culturelle.
Dans cette quatrième lettre, nous poursuivons cette démarche
initiée par un atelier thèmatique du groupe E3D. La rubrique
"A propos de..." lui est entièrement consacrée.
. Roland de Penanros établit le lien entre sécurité,
développement durable et reconversion des activités militaires
en s'appuyant sur une conception forte de la solidarité: agir dans
l'intérêt de tous en mettant un frein à un mode de
développement consumériste et en essayant de réduire
le fossé séparant le Nord du Sud; . Anne Choquet présente
un laboratoire privilégié du développement durable:
l'antarctique devenu depuis le traité de Madrid de 1991 "réserve
naturelle consacrée à la paix et à la science";
. Pour Véronique Labrot la précaution doit être envisagée
comme un concept écologique du Droit et une manière particulière
de gérer le risque : comme une carte qui ne reproduit pas le réel
mais qui le construit tout en se modifiant elle-même; .Thierry Sellin
associe le principe de précaution et la prévention des crises
en prenant comme exemple de potentialité conflictuelle celui de
la zone des îles Spratly en mer de Chine, là où sont
concentrées des réserves de pétrole et de gaz supérieures
à celles du Koweit; . Thierry Sauvin enfin, approche le développement
durable sous l'angle du territoire, concept à partir duquel il précise
la notion de système productif local et de relations économiques
de proximité et de confiance.
A propos de ... développement durable
Sécurité, développement durable et reconversion
des activités militaires
La Défense reste encore aujourd'hui la réponse privilégiée
des Etats au besoin de sécurité de leurs ressortissants.
Comme si la sécurité du territoire passait avant celle des
personnes, comme si la protection des personnes dépendait d'abord
de celle de leur territoire. Cette approche du problème repose sur
une conception allogène et compacte de l'insécurité.
Valable dans ce que l'on pourrait appeler le stade "patrimonial"
des sociétés étatiques, cette conception est de moins
en moins adaptée aux situations actuelles d'insécurité,
comme ne l'est non plus la force des armes à leur élimination.
L'insécurité ne s'arrête pas aux frontières,
nous la cotoyons dans la vie quotidienne. Avant d'être peur d'extermination
ou de soumission à une puissance étrangère, l'insécurité
c'est la crainte du lendemain, l'emploi précarisé, la maladie,
la drogue, le sida... D'après le rapport 1994 du Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD) "En dernière analyse
le sentiment de sécurité humaine, c'est un enfant qui ne
meurt pas, une maladie qui ne se propage pas, un emploi qui n'est pas supprimé,
une tension ethnique qui ne dégénère pas en violence,
un dissident qui n'est pas réduit au silence". Et comme il
est précisé en préambule à cet important rapport
: "Le monde ne vivra jamais en paix tant que les gens ne connaîtront
pas la sécurité dans leur vie quotidienne. A l'avenir les
conflits pourraient éclater plus souvent à l'intérieur
d'un pays et leurs origines pourraient être profondément enracinées
dans une misère et des disparités socio-économiques
de plus en plus criantes. Dans un tel environnement, c'est du développement
et non des armes que peut naitre la sécurité humaine".
Le développement comme première réponse au besoin
humain de sécurité ? Oui, mais de quel développement
s'agit-il ?
Pas de ce chemin uniforme et linéaire d'accroissement continu
de la production de biens matériels prôné depuis cinquante
ans par le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et
autres agences de "développement" pour sortir les pays
du Tiers-Monde du "sous-développement". Ce type de développement
qui conduit à la destruction des sociétés rurales
et à la dépendance de leur population, qui maltraite l'environnement,
qui développe les inégalités et creuse le fossé
entre le Nord et le Sud, multiplie déséquilibres et tensions.
Un tel développement n'a pas d'avenir, il conduit même inexorablement
au chaos (Perez.Victoria, 1994). Le seul développement concevable
est un développement qui ne se contente pas d'engendrer la croissance
économique mais qui en répartit équitablement les
fruits, qui régénère l'environnement au lieu de le
détruire. C'est pour reprendre la définition du rapport Brundtland
(1988) "un développement qui répond aux besoins du présent
sans compromettre les capacités des générations futures
à répondre à leurs propres besoins". Ce développement
porte un nom, c'est le développement durable. Il repose sur trois
principes fondamentaux : les principes d'universalité, d'équité
et d'efficacité sociale. Universalité : le développement
durable est un processus de libération qui contribue au plein accomplissement
des capacités, à l'épanouissement de la personnalité
de chacun et de tous, aujourd'hui et dans l'avenir. Equité : au
sein d'une même génération, chaque être humain
doit disposer au départ des mêmes chances de développer
ses capacités. Chaque génération s'efforçant
par ailleurs de transmettre à celles qui lui succéderont
au moins les mêmes chances de développement que celles dont
elle a elle-même hérité de ses devancières.
Efficacité sociale : l'efficacité du procès de développement
doit être appréciée au regard de l'intérêt
collectif et non à la seule aune du critère de rationalité
de l'entreprise et du profit micro-économique de court terme. Irréductible
à tout gaspillage social, cette efficacité se traduit par
une production de biens socialement utiles, réalisés dans
des conditions faisant obstacle à l'externalisation des coûts
sociaux et environnementaux de fonctionnement des entreprises et conduisant
à une valorisation optimale des ressources naturelles exploitées
ou exploitables. Quatre règles opérationnelles concourent
à la mise en oeuvre d'un tel développement. Elles ont pour
noms : autonomie, solidarité, consensus et prudence écologique.
Autonomie : pour reprendre la formule d'Ignacy Sachs, le développement
durable est "un acte de foi en la capacité des sociétés
humaines à identifier leurs problèmes et à leur apporter
des solutions originales tout en s'inspirant des expériences des
autres" (Sachs, 1980, p.50). Il implique l'autonomie des décisions
des communautés humaines, le développement des populations
par elles-mêmes sur la base de modèles endogènes propres
à chaque contexte historique, culturel et écologique. Solidarité
: les procès de développement menés au détriment
d'autrui sont sans avenir. Le développement durable repose sur une
double solidarité, une solidarité synchronique avec tous
les passagers du vaisseau-Terre, une solidarité diachronique avec
les générations futures (Sachs, 1995). Consensus : les voies
possibles du développement sont multiples et incertaines. On ne
peut imposer bien longtemps une voie, objet de l'incompréhension
ou de l'opposition du plus grand nombre. Sans consensus pas d'emprunt durable
de voie de développement, pas de développement durable (Graaf
et alii,1996). Prudence écologique : il ne faut engager d'actions
inconsidérées, susceptibles de porter des atteintes graves
voire irréversibles à l'environnement et qui pourraient remettre
en cause les capacités des générations futures à
se développer. Le développement durable implique la prudence
écologique, c'est-à-dire le risque mesuré des effets
sur l'environnement des actions que nous pouvons engager pour assurer notre
propre développement.
Comment inscrire aujourd'hui la nécessaire adaptation à
la crise des activités militaires dans une démarche résolue
de développement durable ?
D'abord en imposant l'idée que la reconversion, c'est-à-dire
la réaffectation à des fins civiles d'une part au moins des
moyens humains et matériels de production à l'oeuvre aujourd'hui
dans les activités militaires est la seule voie socialement efficace,
que dans le contexte actuel de réduction des besoins de défense
maintenir à niveau des activités industrielles et de services
militaires sous prétexte de préserver l'emploi est une source
inacceptable de gaspillage social. Ensuite en promouvant au niveau des
bassins d'emploi touchés par la crise, des programmes de reconversion
s'appuyant en priorité sur leur capacités endogènes
de développement. Des programmes qui prennent appui sur les savoir-faire
accumulés jusqu'à présent dans les activités
militaires et qui puissent offrir aux acteurs industriels locaux de réelles
perspectives de valorisation de ces compétences dans le domaine
des productions civiles. Respectueux des hommes, de leur histoire et de
leur culture, ces programmes devraient faire l'objet d'un large consensus,
consensus qui reste le meilleur garant de leur pleine application. Encore
faut-il, pour que ce consensus se manifeste, qu'autour de ces projets de
développement local se forge une identité communautaire,
la volonté d'un bassin de vie, de tout un pays1, de conduire lui-même
son destin. Il faut pour cela instituer à tous les niveaux des stuctures
démocratiques de débats, de propositions et de prise de décisions.
Le lien communautaire est à ce prix, la prise en compte des intérêts
locaux et régionaux dans les plans de reconversion aussi. Enfin
en élevant la solidarité au rang de premier critère
de sélection des projets de reconversion. Une compréhension
"faible" de la solidarité -ne rien faire qui puisse porter
préjudice à autrui- conduira à rejeter catégoriquement
les politiques de "l'habiller Pierre en deshabillant Paul" dont
sont porteurs bien souvent les programmes de reconversion par voie de défiscalisation
et à donner la préférence aux projets débouchant
sur des activités nouvelles plutôt qu'à ceux reproduisant
ce qui se fait déjà ailleurs. Une conception "forte"
de la solidarité -agir dans l'intérêt de tous- appréhendée
entre générations conduira notamment à chercher dans
le domaine de l'éco-industrie (les productions de défense
de l'environnement) des solutions préférentielles de reconversion.
Le souci de ne pas creuser le fossé séparant le Nord du Sud,
ou mieux, d'essayer de le réduire, devrait par ailleurs nous inciter
à prêter une attention toute particulière aux opérations
marchandes et non marchandes relevant de la solidarité internationale.
Le premier témoignage de solidarité étant peut-être
la décision de réduire effectivement (sans perte de pouvoir
d'achat et sans intensification du travail) et significativement notre
temps de travail, c'est-à-dire de mettre un frein à un mode
de développement consumériste qui se nourrit d'une dégradation
de l'environnement de la planète et prive d'un droit minimal au
développement une part croissante de l'humanité.
Roland de Penanros
Note : 1 appréhendé comme territoire de proximité,
espace pertinent pour le développement économique et social
au niveau infra régional (cf B. Leurquin, 1997).
Bibliographie
Graaf H.J. et alii (1996), "Sustainable development : looking
for new strategies" in Ecological Economics, vol 16. Leurquin
B. (1997), "Le pays : un espace pertinent pour l'aménagement
et le développement du territoire" Colloque OIPR-CRDT,
Sénat, Paris.
Perez-Victoria S. (1994), "Une société qui glisse
vers le chaos", Silence no 184. Sachs I. (1980), "Stratégies
de l'écodéveloppement" Ed. Ouvrières.
Sachs I. (1995), "Quelles régulations pour un développement
durable?" in Avancées, Bruxelles. Rapport 1994 du PNUD,
Economica, Paris
L'Antarctique : un laboratoire privilégié du développement
durable
Motivés par le désir de conserver l'Antarctique non-militarisé
et d'éviter l'escalade du problème de souveraineté,
les Etats ont voulu soustraire cette partie du monde à la course
aux armements. La controverse des revendications territoriales est esquivée
à travers une non-solution : le problème épineux de
souveraineté est gelé. Sans cette décision, le continent
austral ne serait certainement pas devenu une région réservée
à la recherche et à la coopération scientifique. Les
Parties au Traité sur l'Antarctique de 1959 (12 en 1959, 43 aujourd'hui)
ont poursuivi immanquablement une intention noble : réserver un
continent entier à un usage pacifique1. Le succès de cet
accord, entré en vigueur en 1961, a été rendu possible
par la très faible activité militaire qui avait jusqu'alors
régné dans ces eaux inhospitalières et éloignées.
L'éventualité d'une militarisation de l’Antarctique, paraît
peu vraisemblable, l'installation de bases militaires serait coûteuse
et peu utile compte tenu de l'existence de points d’appui plus accessibles
et l'effet néfaste sur l'opinion internationale [LUCCHINI, VOECKEL,
Droit de la mer, t.1, Pédone, 1990, p.473]. Les dispositions sur
le désarmement du Traité de 1959 ne sont plus au premier
plan des discussions sur l'Antarctique. Pourtant, depuis 1983, la "question
Antarctique " est examinée annuellement par l’Assemblée
générale des Nations Unies suite aux débats préparatoires
menés au sein de son Premier Comité (désarmement et
sécurité internationale). Très récemment, l'organe
plénier a reconnu, par une résolution du 9 janvier 1997,
que ce traité sert aux objectifs et principes de la Charte des Nations
Unies. Ce premier accord de non-militarisation et de non-nucléarisation
(interdiction des explosions nucléaires et du dépôt
des déchets nucléaires) représente donc un point de
repère dans la diplomatie politique. Outre son intérêt
stratégique, l'Antarctique, avec l'Océan austral, revêt
un rôle crucial au niveau planétaire pour l'environnement
des générations actuelles et futures. Même si les bénéfices
potentiels à tirer de l'exploitation des ressources minérales
sont attrayants, ils ne contrebalancent pas le dommage potentiel à
la nature. Le Protocole au Traité sur l'antarctique relatif à
la protection de l'environnement signé à Madrid en 1991 ne
s'est donc pas contenté d'affirmer l'interdiction de l'exploitation
des ressources minérales autres que celles menées à
des fins scientifiques mais établit un régime global de protection
dans l'intérêt de l'humanité tout entière. L'Antarctique
est désormais une "réserve naturelle consacrée
à la paix et à la science". La protection de l’environnement
en Antarctique et des écosystèmes dépendants et associés
constitue des éléments fondamentaux à prendre en considération
dans l’organisation et la conduite de toute activité dans la région
située au sud du 60ème degré de latitude sud. Les
Etats Parties ont cherché à prévenir la création
de pollutions ou de nuisances à leur source plutôt que d'essayer
de trouver par la suite des remèdes à leurs effets. Confortant
les règles écologiques adoptées précédemment,
le Protocole insiste sur un aménagement environnemental responsable
en exigeant des études d'impact pour l'ensemble des activités
menées sur le continent afin d'évaluer leurs risques. Si
les inspections avaient principalement pour but, en 1959, de garantir l'observation
des dispositions du Traité, de promouvoir ses objectifs, rapidement
elles deviennent aussi un instrument d'échange d’informations et
de vérification de l'impact minimum des activités sur le
milieu naturel, rôle qui sera consacré en 1991. La pratique
a, par ailleurs, démontré que les visites des observateurs
ne sont menées qu’à de rares occasions et surtout font toujours
l'objet d'une notification préalable qui permet à un éventuel
Etat coupable de dissimuler une violation. Il n’en demeure pas moins que,
dans le contexte du surarmement, la mise en place d’un tel système
a fortement contribué à faire du sixième continent
une zone de paix et que, ce système de vérification souple
et efficace complète la coopération internationale encouragée
dès 1959. Suivant une technique aujourd'hui largement employée
dans les conventions de droit international de l'environnement, le Protocole
de Madrid a été conçu comme un accord intertemporel
adaptable aux situations nouvelles à travers un système d'annexes
techniques qui sont adoptées dans les réunions des parties
consultatives et dont leur force obligatoire provient directement du Protocole.
Cinq annexes tracent actuellement le contour des règles spécifiques
pour préserver l'environnement antarctique (évaluation d'impact
sur l'environnement; conservation de la faune et de la flore; élimination
et gestion des déchets; prévention de la pollution marine;
zones protégées), elles seront complétées par
l'annexe sur la responsabilité dont les négociations sont
amplement entamées. Le Traité de 1959 devait s'assurer que
la région soit réservée aux seules activités
scientifiques et que le milieu naturel reste intact. Si d'une certaine
manière, ces objectifs sont atteints, il n'en demeure pas moins
que la pollution reste un problème environnemental majeur en Antarctique.
Les activités humaines ne cessent d'augmenter sur le continent mais
surtout une nouvelle source de pollution anthropique apparaît. Plus
de 60 000 touristes ont découvert le continent austral depuis 40
ans. Un nouveau défi s'impose aujourd'hui, des lignes directrices
et des règles sont indispensables pour minimiser les répercussions
écologiques de la présence de ces visiteurs sur l'environnement
singulier de l'Antarctique. La protection de zones hors du territoire des
Etats comme l'Antarctique intéresse particulièrement la communauté
internationale. L'Agenda 21 adopté à la Conférence
des Nations Unies sur l'environnement et le développement de 1992
reconnaît la valeur de l'Antarctique en tant que théâtre
d'activités de recherches scientifiques essentielles notamment pour
la compréhension de l'environnement mondial. Si le Protocole de
Madrid n'est pas à ce jour entré en vigueur, les Etats parties
au Traité de 1959 se sont entendus pour une application volontaire
de ses dispositions alors que de nombreux Etats ont édicté
une législation rendant cet accord obligatoire pour leurs nationaux.
Il contribue également à une application régionale
de traités universels sur l'environnement. Le Protocole de Madrid
serait-il ainsi un modèle pour le droit de l'environnement ? L'assise
territoriale du développement durable.
Anne Choquet
Note : 1 Seules les activités pacifiques sont autorisées
en Antarctique. Tout ce qui revêt un caractère militaire est
interdit et notamment l'établissement de bases militaires, la construction
de fortifications, les manoeuvres ainsi que les essais d'armes de toutes
sortes. Néanmoins, l'envoi de personnel et de matériels militaires
est autorisé si ceux-ci sont employés "pour la recherche
scientifique ou toute autre fin pacifique". Les essais nucléaires
sont également prohibés, ce qui fait de cet instrument le
premier accord international sur l'interdiction des essais nucléaires.
Les autres utilisations de l'énergie nucléaire restent toutefois
permises.
La précaution : un concept écologique du Droit
La décennie quatre-vingt dix fut celle des ruptures méthodologiques
voire épistémologiques, pour le droit de l'environnement,
notamment au niveau international. Passant de la problèmatique de
la protection de l'environnement à celle de son utilisation durable,
le droit est entré dans la logique dite de "soutenabilité",
officiellement à Rio en juin 1992, à l'issue de la Conférence
des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement. Conçu
à partir d'une réflexion portée sur la biosphère,
le paradigme du développement durable ou soutenable impose ce que
René Passet appelle un co-pilotage de l'économie et de l'environnement.
Les échelles se transforment: l'espace devient global; le temps
s'inscrit dans la durée. Dans cette perspective, siècle et
territoire, réferents quasi-exclusifs du droit sont à l'étroit.
Le temps est à la prospective et à l'anticipation. Dans cette
logique, la précaution apparaît, déclinée en
principe ou en approche de précaution selon que l'on veut en avoir
une conception plus ou moins drastique. Elle est alors un concept typique
de soutenabilité, marqué par son histoire, sa raison d'être
et les défis auxquels il s'agit de répondre. En effet, comme
de nombreux concepts juridiques du droit de l'environnement, la précaution
naît dans les législations allemande et britannique au début
des années quatre-vingts. Sa première adaptation internationale
ne quitte pas les bords de la mer du nord, puisuqe les déclarations
ministérielles relatives à la préservation de ce milieu
marin s'en emparent1. L'a.130R du Traité d'Union Européenne
l'intégre alors au droit communautaire et la loi Barnier du 3 février
1995 au droit français. D'application désormais universelle,
telle que consacrée par le principe 15 de la déclaration
de Rio du 14 juin 1992 sur l'environnement et le développement,
reprise dans les conventions les plus récentes, la précaution
fut d'abord limitée au phénomène précis de
pollution, avant de connaître une application matérielle plus
large2. Elle apparaît alors comme la réponse adéquate
à l'inefficacité relative reprochée aux instruments
juridiques de protection du milieu naturel. Emblème du besoin de
renouvellement conceptuel du droit, la précaution s'organise alors
comme l'un des premiers concepts juridiques écologiques.
1. La précaution, une réponse à un besoin de renouvellement
conceptuel...
Dans un premier temps, le droit recourt à la précaution
relativement à un phénomène de pollution précis,
la contamination. Cette pollution rampante -inconnue jusqu'alors- a éprouvé
les carences instrumentales du droit auxquelles la précaution entend
remédier.
* L'expérience de la contamination... Phénomène
mal connu, insidieux, inscrit dans le temps, issu de substances qui se
révèlent persistantes, toxiques et susceptibles de bio-accumulation,
la contamination est la conséquence d'une activité qui ne
comporte pas de risque a priori autrement que dans les hypothèses
d'accident. Elle résulte souvent d'activités qui ne sont
pas interdites ou réglementées par le droit ou d'activités
qui ont été menées en totale conformité avec
les règles prescrites. La dégradation du milieu qui en serait
la conséquence révèlerait alors un vice caché
de la substance ainsi que le risque qu'une activité licite peut
faire peser sur l'environnement. Ce risque est d'autant plus grand que
le dommage qu'il peut créer est alors souvent particulièrement
grave, irréversible, que les sources en sont diffuses et qu'il peut
être identifié soit plusieurs années après un
rejet soit à de trés grandes distances du lieu de rejet.
La détermination des responsabilités est alors des plus problèmatiques
pour le juriste qui recherchera la faute ou le lien de causalité...
La contamination symbolise alors les défis que la protection de
l'environnement pose au droit en termes de durabilité. Cette pollution
met en effet en avant la solidarité du vivant et la complexité
des réseaux écologiques. Elle suppose aussi la prise en compte
de l'invisible, du possible, c'est-à-dire du risque et donc du long
terme. Enfin, elle met l'accent sur l'incertitude des connaissances et
de la prospective scientifiques en la matière. Alors elle démontre
aussi qu'il faut, plus prévenir, anticiper les dommages. Le droit
est ainsi confronté à ses limites.
* La nécessité d'écologiser le droit...
Les années quatre-vingt dix ont montré l'inefficacité,
voire l'ineffectivité du droit de l'environnement. L'existence d'un
corpus juridique quantitativement impressionnant n'a pas su empêcher
des dégradations inédites de l'environnement. On dénonce
alors le manque d'innovation environnementale... La raison peut être
d'abord qu'oublieux des lois de la nature humaine, le droit de l'environnement,
pris aux pièges d'un discours biocentrique, souvent éloigné
des réalités de l'homme, n'est pas légitime. Mais
la raison en est aussi, qu'oublieux des lois de ce que Spinoza nomme la
"nature naturante", le droit a conçu son action de protection
de l'environnement avec ses propres concepts, comme si la nature était,
à l'image d'une société par actions ou d'une SARL,
création juridique, envisageable comme telle. Or, l'environnement
naturel, pour peu que l'on se mette d'accord sur la définition qu'il
faut retenir, est d'abord une réalité scientifique, exigeant
une méthode d'approche capable de l'appréhender comme tel.
Le droit doit se mettre à l'écoute de la science, c'est sans
doute là la première leçon qu'il faut tirer du phénomène
de contamination. S'il y a solidarité du vivant, il faut aborder
le milieu naturel comme un tout intégré3 et en finir avec
les seules approches sectorielles mises en place jusque là. S'il
y a diversité, il faut alors que le droit cesse de fondre systématiquement
le multiple dans l'unité et rendre sa place à chaque élément
pour mieux en tenir compte dans le fonctionnement de ce qui est non pas
un ensemble mais un système. Les scientifiques ont cet art de faire,
depuis quelques décennies déjà, à travers la
fabrication progressive par les botanistes d'abord, puis par les zoologistes,
les géophisiciens...de concepts "écologiques",
par lesquels il s'agit, toujours en resituant l'élément observé
dans son appartenance à l'univers, de comprendre comment il fonctionne,
mais aussi de mettre en avant les limites de la science dans l'explication
de certains phénomènes4. Alors, certains concepts écologiques
se font nomades et des réglmentations récentesinvoquent les
concepts du zoologiste Chales Elton de niche écologique ou de chaine
alimentaire5. Cette insertion extra-disciplinaire impose que le droit puisse
répondre à son tour aux caractéristiques de la démarche
écologique. S'il faut façonner des outils juridiques capables
d'empbrasser à la fois une approche holistique des problèmes,
leur complexité et leur durabilité, ce n'est que parce que
cette approche est imposée par les règles même de fonctionnement
de l'objet en question, l'environnement. Il faut alors, pour reprendre
l'expression d'Edgard Morin, "écologiser" le droit, c'est-à-dire
forger des concepts juridiques qui, adoptant la démarche scientifique
écologique et conformément aux concepts scientifiques écologiques,
soient capables non seulement de décrire un système et d'en
tirer les leçons, mais soient capables surtout de tenir compte de
la manière dont le système fonctionne. La précaution
tend à intégrer, par l'anticipation qu'elle suppose, ces
exigences.
2. La précaution, l'organisation d'un concept écologique
Le concept de précaution cherche avant tout à considérer
le risque. Il faut donc agir avec prudence, dans l'urgence, mais sans précipitation.
Il faut aussi tenir compte de la non pertinence de certaines approches
juridiques parmi les plus essentielles en la matière: l'unanimisme
du processus décisionnel, la conception libérale dans la
faculté même d'imposer des réglementations, les systèmes
de responsabilité fondés avant tout sur la faute ou la reconnaissance
quasi-exclusive des dommages de caractère patrimonial. Pour reprendre
l'expression du Club de Rome, il faut "saisir mille tiges d'orties
en même temps" tout en s'assurant que la précaution fonctionne
comme un concept durable.
* Des processus décisionnels modifiés ou le rôle
de la minorité... S'il s'agit par la précaution de prendre
en compte la complexité des phénomènes, leur diversité
et l'incertitude de leur devenir, il faut donner priorité à
la minorité, celle qui, selon Gilles Deleuze, a "la puissance
d'innovation et de création, de renversement des codes et des déterritorialisations".
Ainsi, la précaution apparaît d'abord dans le processus décisionnel,
ce à différent niveaux. D'une part, au niveau de la préparation
de la décision, il convient de considérer le doute scientifique
sur les effets d'une activité sur l'environnement, en donnant le
bénéfice de ce doute au milieu naturel. La décision
ne peut alors être prise que sur la base des connaissances scientifiques
les plus fiables. Ce préalable suppose d'autre part que soient également
précisées les conditions de vote: il conviendrait alors de
soumettre à l'unanimité la prise de décision pouvant
avoir une conséquence sur l'environnement, l'unanimité n'étant
requise que pour protéger moins... Le doute est ainsi intégré
au processus de décision. La précaution impose enfin que
soient associées à cette prise de décision toutes
les personnes intéressées à la décision, notamment
au niveau international, les ONG, représentantes de la société
civile mondiale. Cette co-décision pourrait déboucher sur
des phénomènes de co-gestion et de co-responsabilité,
assurant par là la prise en compte de la globalité des problèmes
abordés et donc de leur durabilité.
* Des obligations imposées au pollueur ou le doute au bénéfice
de l'environnement... Puisque la précaution donne le bénéfice
du doute à l'environnement, elle inverse la charge de la preuve
du caractère polluant (ou dégradant) de l'activité
envisagée. En effet, sous le règne libéral de la prévention,
la charge de la preuve du caractère polluant échoit à
l'administration qui veut imposer le respect de prescriptions particulières
au pollueur. Dans le cadre de la précaution, il y a présomption
de pollution en faveur de l'environnement, ce qui permet à l'administration
d'imposer, sauf preuve contraire, ces mesures de prévention spécifiques
ou mesures de précaution que sont les meilleurs techniques disponibles
(MTD). Ces MTD sont les technologies les plus propres parmi celles qui,
disponibles dans le monde, sont accessibles dans des conditions économiques
raisonnables. La "disponibilité" de ces techniques s'évalue
au regard du développement économique de l'Etat concerné:
la MTD en Allemagne ne sera pas la MTD au Ghâna. Cette pratique juridique
de différenciation dite du "double standard" est destinée
à permettre une meilleure effectivité du recours à
la précaution parce qu'elle serait équitable. S'il faut éviter
que ce traitement préférentiel n'aboutisse à des délocalisations
d'industries développées vers les pays en développement
destinées à échapper aux rigueurs d'une précaution
trop stricte, il convient de veiller à appliquer la MTD non pas
relativement à l'Etat d'installationmais à la capacité
de l'industrie qui s'installe. L'efficacité de la durabilité
l'impose. Ces MTD devront alors suivre l'évolution des technologies,
par le biais d'adaptations constantes, régulières, aux frais
du pollueur, en application du principe pollueur-payeur.
* Des principes de responsabilité revisités ou le coût
de la restauration en question... La précaution fonctionne avec
le développement du principe du pollueur payeur. En effet, les mesures
de précaution sont imposées parce qu'il y a risque de dommage
grave ou irréversible, sans qu'il y ait pour autant faute ou irrégularité.
Il convient donc de trouver une solution à un problème précis:
la prise en charge financière de la dépollution ou de la
décontamination. Le problème se pose parce qu'il n'y aura
pas toujours de coupable (hypothèse où le dommage apparaît
dans le cadre d'une activité licite) ou parce qu'on ne pourra pas
identifier le coupable (hypothèse où le coupable a disparu
à la suite de la fermeture de l'industrie polluante par exemple).
La précaution suppose alors que soit juridiquement clairement identifié
le responsable (c'est-à-dire celui qui répondra financièrement
du dommage), le "pollueur" qui paiera. Cette déterminationpermettra
alors la canalisation de la responsabilité sur une seule personne.
Elle impose aussi que l'on multiplie les procédés de contribution
à des fonds de garantie ou les obligations de versements de caution
destinés à indemniser les victimes des dommages ou à
couvrir les frais de dépollution/décontamination en cas de
besoin.
La précaution est directement issue de l'éthique du futur
que des philosophes comme Hans Jonas dans son ouvrage Principe Responsabilité
défendent. Si l'on fonde aujourd'hui beaucoup d'espoir sur l'efficacité
attendue de ce concept, beaucoup de craintes se font jour également,
notamment contre une application systématique de la notion6. Pourtant,
il est faut d'affirmer que la précaution appelle à l'inaction,
plutôt qu'à la prise de risque. Elle impose la gestion du
risque, mais d'une manière particulière: elle est, pour reprendre
les mots de la théorie des concepts transdisciplinaires de Gilles
Deleuze, comme une carte qui ne reproduit pas le réel, mais qui
le construit tout en se modifiant elle-même. Car elle "est toute
entière tournée vers une expérimentation en prise
avec le réel". Véronique Labrot
Notes : 1 notamment celle de Brême en 1984 avant que celles de
Londres et de La Haye à la fin des années quatre-vingt dix
ne la définissent plus nettement.
2 sa première application à un phénomène
de dégradation des ressources biologiques ou à leur utilisation
durable est assurée en août 1995 dans l'a.6 de la Convention
des Nations Unies sur les stocks chevauchants et les espèces hautement
migratrices.
3 pour reprendre l'expression du préambule de la Déclaration
de Rio.
4 voir par exemple la théorie du chaos de Gleick et l'effet
aile de papillon ou encore les éléments de la physique et
mécanique quantiques quand les scientifiques évoquent "la
nature fait des sauts" ou qu'il existe "un réel impliqué"
ou u "ordre voilé"...
5 voir par exemple la loi sur la pêche argentine de 1991 qui
recourt au concept de chaîne alimentaire pour justifier la compétence
de l'Argentine sur les stocks halieu-tiques qui ne se situent pas dans
les zones maritimes sous juridiction argentine.
6 ces craintes sont fondées : cf les exemples récents
de l'interdiction de la pêche aux filets maillants dérivants.
Principes de précaution et prévention des crises :
l'exemple des îles Spratly
L'accroissement rapide des moyens militaires dont disposent les pays
riverains de la mer de Chine du Sud focalise l'attention sur les conflits
possibles dont la source principale réside dans les revendications
maritimes engendrées par l'importance essentielle de la zone dans
une économie régionale en pleine évolution. Le fait
que les réserves en pétrole et en gaz soient actuellement
estimées à un niveau largement supérieur à
celles du Koweit pour la seule zone des îles Spratly, permet aisément
d'en mesurer l'enjeu et, par là même, les dangers. Les îles
Spratly demeurent l'exemple le plus sérieux de potentialité
conflictuelle. La convention des Nations-Unies sur le droit de la mer dont
l'entrée en effectivité en novembre 1994 implique une accélération
de la mise en place des zones économiques exclusives des Etats riverains,
sert de base controversée à des visées expansionnistes
tous azimuts. Cinq des pays de l'ASEAN1 ont des revendications sur cette
zone dont la totalité fait l'objet d'une volonté d'annexion
déterminée de la Chine populaire. L'éventualité
d'un conflit armé pèse directement sur la stabilité
régionale et les échanges commerciaux dans la région.
Le conflit prend sa source essentiellement dans la question des ressources,
halieutiques tout d'abord, le conflit y reste pour l'instant limité,
mais la découverte d'hydrocarbures change la dimension du problème.
La prise de l'îlot de Mischief Reef par la Chine en 1995, démontre
que cette dernière cherche transformer sa force économique
récente au moyen d'établissement d'un pouvoir régional
sans rival. C'est ce facteur qui apparait comme essentiel dans l'explication
des inves-tissements militaires très importants effectués
par les pays de l'ASEAN dans le but unique de protéger leurs revendications
maritimes respec-tives. Pour les gouvernements des pays de l'ASEAN, les
accusations de dilapidations d'une part importante de leur croissance dans
l'achat de moyens militaires, plutôt que d'effectuer les investissements
nécessaires au confort de leur développement économique,
sont prises comme un mauvais procès. Au contraire, ils sont prompts
à se référer à l'état de nécessité,
afin de protéger leurs ressources économiques vitales. C'est
sur ce point particulier que le concept de développement durable
peut prouver sa pertinence en tant qu'objectif mis en place par la communauté
internationale afin de préserver un développement économique
durable. De même, de manière plus opératoire, le principe
de précaution dont la reconnaissance récente par le droit
international doit permettre d'élaborer des stratégies permettant
d'éviter des risques majeurs. A l'instar de son utilisation dans
la prévention de risques épidémiologiques ou dans
le renforcement de mesures de sécurité, il peut être
utilisé dans l'hypothèse de tensions concernant l'exploitation
de ressources convoitées par différents pouvoirs politiques
et/ou économiques. Le pétrole aujourd'hui, l'eau demain,
générent et généreront des scenarii du pire.
Le cas du Koweit démontre aisément qu'on ne peut ni l'établir
formellement, ni l'exclure totalement. Le principe de précaution
consiste alors à développer un certain nombre de connaissances
et de mécanismes destinés à adopter sur une base économique
et politique des mesures de protection capables de réduire ou d'échapper
totalement au principe d'incertitude. Depuis le début des années
1990 les pays impliqués dans des revendications de souveraineté
ont exprimé le désir de voir résoudre leurs disputes
territoriales par des moyens pacifiques. L'idée d'une coopération
institutionnelle concernant l'exploitation des ressources des îles
Spratly s'est progressivement insinuée dans le débat, le
principe de précaution vient précisément pour contrer
les incertitudes sur l'évolution politico-économique dans
l'espace maritime. Compte tenu de la situation extrêmement explosive
du moment, il convient de ne pas retarder l'adoption de mesures visant
à prévenir des risques de dommages graves qui pour une partie
d'entre eux peuvent s'avérer irréversibles. En cas de conflit,
il est en effet difficile d'imaginer que les conséquences sur les
ressources soient légères. Par ailleurs, qu'un conflit éclate
et c'est la confiance entière de la région dans son avenir
qui est alors remise en cause. Il est actuellement impossible de justifier
l'inaction par l'absence de certitude. Les gouvernements se doivent de
prendre un certain nombre de décisions et de mesures "dures"
en face de ces menaces qui restent pour l'instant "molles". L'idée
de coopération doit remplacer l'action unilatérale et la
confrontation militaire. La suspicion doit être réduite afin
de transformer cette zone des Spratly, et de la mer de Chine du sud plus
généralement, en un espace où la recherche et l'exploitation
des ressources doit être partagées sur des bases pacifiques
par les Etats. Les experts estiment par exemple que sans coopération
multilatérale et sans prévention mutuelle seule une part
limitée des hydrocarbures pourrait être exploitée.
En effet les caractéristiques propres des îles Spratly nécessitent
des structures d'extraction et d'exploitation lourdes. C'est pour ces raisons
que le modèle mis en place par le traité sur l'Antarctique
peut servir de base de réflexion juridique. Bien que les espaces
offrent des caractéristiques différentes, un certain nombre
de principes peuvent être mis en place permettant d'assurer ou tout
du moins de garantir un développement durable. - Refuser les actions
unilatérales de provocation et renoncer à l'usage de la force.
- Geler les revendications territoriales. - Mettre en place un organisme
international afin de gérer le développement des activités
mises en place. - Délimiter avec précision l'espace territorial
sur lequel l'organisme pourra imposer sa juridiction et développer
ses actions. - Prévoir le partage de la prise de décision
et le coût de fonctionnement de l'organisme international, ainsi
que le partage des bénéfices des ressources exploitées.
Depuis quelques années on constate qu'une coopération inter-nationale
s'est mise en place afin de réfléchir sur des actions conjointes
de développement dans l'espace concerné. Si le principal
protagoniste a fermement refusé toute discussion concernant ses
revendications territoriales, il n'en a pas moins fait état de sa
volonté de réfléchir à une exploitation conjointe
des ressources. Force est de constater que pour l'instant, aucune action
de ce type n'a été mise en place. En revanche, la Chine et
le Vietnam font plus que presser le mouvement d'exploration des ressources
pétrolières dans la zone contestée. Le risque de confrontation
militaire s'élève ainsi graduellement et ce d'autant que
la Chine a précisé qu'elle assure une protection navale aux
compagnies auxquelles elle accorde des permis d'exploration. L'épisode
de Mischief Reef ne peut que renforcer l'inquiétude. Le futur proche
est conditionné par deux choix évolutifs possibles : celui
de l'unilatéral ou du multilatéral ce qui apparait crédible
pour l'instant, c'est que l'institutionnalisation entamée en 1994
dans le cadre d'un projet de réduction des conflits (Managing potential
conflicts-MPC) favorise l'information et réduit les tensions. Les
engagements pris entravent une amorce de coordination et d'actions réciproques.
Le pas est important pour des sociétés autocratiques réticentes
par nature aux arguments d'autorité produits de sujétions
externes. La dispersion passée des responsabilités impose
un changement de paradigme qui instaure une organisation capable de produire
la confiance, clé de la sécurité. Ces avancées
n'effacent cependant par le "Power Vacuum" engendré par
l'effacement relatif mais progressif des Etats-Unis en tant que puissance
militaire dans la région. Cet état des choses fait que les
protagonistes vont devoir s'adapter aux contraintes imposées par
une évolution politico-économique caractérisée
par une viabilité floue. La zone est potentiellement dangereuse,
parce que située dans un ensemble flou elle peut difficilement s'autoréguler
par des frontières instables. Ce qui est particulièrement
le cas sur l'espace maritime. Les changements économiques et sociaux
profonds que traverse la région engendrent une instabilité
nouvelle dont l'aspect conflictuel sur le plan militaire monte graduellement
en puissance. L'absence de mécanismes de sécurité
commune se fait dès lors cruellement sentir. Cette faiblesse des
processus de confiance capables d'assurer un développement durable
est un enjeu essentiel de l'avenir des Etats riverains de cette mer de
Chine du Sud. Thierry Sellin. Note : 1.
L'assise territoriale du développement durable
L'internationalisation croissante des économies dites développées
et ce dans leurs multiples dimensions -commerciale, productive, financière
et technologique- remet en cause les régulations nationales qui
prévalaient durant les "Trente Glorieuses" (inefficience
des politiques économiques d'obédience keynésienne).
Quand les régulations nationales apparaissent dépassées,
toute régulation supranationale semble d'emblée pertinente.
Or, nous sommes bien loin d'une telle régulation. Certes, durant
les années 70, s'est mis en place un mode de régulation monopoliste
privé établi par les firmes et les banques multinationales
(FMN et BMN). Celles-ci, principaux vecteurs de l'internationalisation,
ont contribué, dans une certaine mesure, à la reproduction
des systèmes socio-économiques. Les BMN ont, dans les années
1970, octroyé de nombreux prêts à des agents économiques
privés et publics, de même les FMN grâce à leurs
implantations à l'étranger étaient censées
répondre aux préoccupations macro-économiques des
pays d'accueil (création d'emplois, transferts de technologie).
Mais cette régulation supra-nationale a rapidement atteint ses limites.
L'incapacité des pays en développement (PED) à rembourser
le service de leur dette au début des années 1980 a contraint
les banques à freiner l'octroi de prêts, ceux-ci ne servant
plus qu'à rembourser le service de la dette (voire uniquement les
intérêts) précédente. Aussi, la polarisation
des flux d'investissements directs sur la triade USA - Union européenne
- Japon et quelques NPI1 révèle l'exclusion relative de nombre
de PED du système de l'économie mondiale et par conséquent
l'inefficience de ce mode de régulation. Devant l'échec de
cette régulation supra-nationale établie par les multinationales,
la quasi-absence de gouvernance mondiale et l'obsolescence croissante des
régulations nationales, des régulations infra-nationales
semblent se dessiner. L'intérêt que nous portons à
ces régulations "locales" est lié à leur
assise "territoriale". Cette référence au "territoire"
apparait, en quelque sorte, comme étant une réaction aux
contradictions et à la déliquescence des régulations
nationales et supra-nationales. Le territoire, appréhendé
comme une organisation, est susceptible de renforcer le lien social, de
rétablir la confiance, de sécuriser les agents économiques
et par là contribuer à l'émergence d'un développement
durable. Nous tenterons donc dans une première partie de définir
le concept de "territoire" à partir duquel nous préciserons
la notion de "Système Productif Local" (SPL). Une deuxième
partie sera consacrée aux effets de proximités induits par
le SPL, effets de proximité permettant de rétablir la confiance
entre agents économiques et ainsi d'enclencher un processus de développement
durable. La mondialisation des économies et les interdépendances
qui en découlent réduisent considérablement l'action
des Etats à influer sur les différentes variables macro-économiques.
Si la globalisation semble remettre en cause la pertinence actuelle de
l'Etat-nation ; les territoires demeurent et tendent même à
se réaffirmer dans ce nouveau contexte. En fait, cette relation
territoire-globalisation n'est pas antinomique. La globalisation, dans
son acception la plus immédiate apparaît comme une "économie
mondiale" caractérisée par une norme de production et
de consommation unique. Elle traduirait l'existence d'un modèle
unique, global mais circonscrit à l'espace triadique, le corollaire
étant bien sûr la disparition des Etats-nations. Au sein de
cet espace socio-économique, l'homogène l'emporterait sur
l'hétérogène grâce au processus de libéralisation-déréglementation
accélérant le redéploiement des activités de
firmes multinationales. Au contraire, la globalisation correspond, selon
nous, à la reconnaissance de la diversité et de la complexité
des économies en dépit d'une volonté de créer
l'homogène. En fait, la recherche de l'homogène (primat de
la coordination par le marché, libéralisation, programmes
d'ajustement structurel) engendre son contraire à savoir l'hétérogène
(accentuation de l'exclusion sociale, développement de secteur informel,
montée du régionalisme) [Léon, Sauvin, 1994, p. 13].
Mais aussi et surtout, la globalisation provoque une résurgence
du "territoire" et donc de l'hétérogène
qu'il contient. L'approche du développement sous l'angle du "territoire"
nécessite toutefois quelques remarques liminaires. La prise en considération
du territoire peut être dangereuse dans le sens où elle révèle
un certain repli face à la globalisation, repli qui conduirait à
un nationalisme exacerbé. Le territoire serait ici réduit
à une frontière et correspondrait à une pulsion portant
à la conquête et à la défense d'un domaine [Bonnemaison,
1996]. Il serait alors porteur de guerre, d'exclusion et d'insécurité
même si à l'origine cette pulsion territoriale a pour mission
de se protéger de l'incertitude ambiante. Si l'espace est une réalité
physique, le territoire est sa face cachée. Il peut prendre des
configurations spatiales très diverses mais sa définition
nous amène à adopter une démarche multidimensionnelle
à savoir cul-turelle, historique, politique et dans une moindre
mesure économique2. En fait, il y a du "territoire" dans
toutes les sociétés. Le territoire est un espace culturel
d'identification ou d'appartenance. C'est d'abord un lien avant d'être
une frontière ; il réunit ceux qui partagent le même
sen-timent. Le territoire porte en lui cette notion d'affirmation identitaire
qui peut être dangereuse mais c'est une réalité inscrite
dans l'espace et dans le temps dont nul ne peut s'affranchir [Bonnemaison,
1996]. Ainsi, le territoire est plus qu'un simple espace délimité
de ressources, c'est sa dimension cachée, dimension qui peut resurgir
en période de crise économique et sociale (notamment depuis
l'inefficience du mode de régulation qui prévalait durant
les "Trente Glorieuses"). L'enjeu est donc délicat car
le territoire - repli identitaire est une contradiction de la globalisation,
contradiction qui risque d'accentuer le processus de destruction (fragilisation
du lien social, exclusion, montée de l'intolérance et de
la peur). Toutefois, le territoire révèle des disparités
ou plutôt nos spécificités dont la valorisation en
vue d'un développement durable appelle une approche pluridisciplinaire.
Il est donc nécessaire d'appréhender la question du développement
sous l'angle du territoire. Ce qui signifie que l'Etat nation ne constitue
plus le principal cadre de référence des analyses en économie
du développement. Cette approche territoriale est d'ailleurs utilisée
par nombre d'économistes [Courlet, 1994 ; Pecqueur, 1989] reprenant
les travaux précurseurs de Marshall sur le "district industriel"
[1920]. Courlet [1994] définit la notion de système productif
local (SPL).
- Le SPL peut se définir comme une configuration d'entreprise
(grandes entreprises, PME) regroupées dans un espace de proximité
autour d'un ou plusieurs métiers (activités ou compétences)
[Courlet, 1994, p. 17]. - Les entreprises entretiennent des relations entre
elles et avec le milieu socio-culturel d'insertion (partage de valeurs
et culture commune). - Ces relations ne sont pas seulement marchandes.
Il existe des relations hors marché (coopération). La règle
tacite, le code de conduite implicite de la communauté facilitent
le fonctionnement économique et social et lui donne sa cohérence.
Les relations de connaissance et de confiance entre les partenaires pallient
dans une certaine mesure, aux insuffisances du marché [Pecqueur,1989,p.88].
- Ces relations produisent des externalités positives pour l'ensemble
des entreprises appartenant au SPL. Il s'agit d'un lieu de production d'externalités
c'est-à-dire de transferts de valeur sans compensation monétaire.
Le SPL propose aux acteurs qui y participent, des avantages économiques
et sociaux que l'on peut regrouper sous deux rubriques que nous allons
préciser.
* réduction des distances (effets de proximité). On distingue
notamment 4 grands types de proximité :
- proximité géographique (proximité physique entre
les agents). L'amélioration continue des moyens techniques de transport
et de communication (interconnexion informatique) réduit la base
physique de cette proximité. En revanche, on peut lui associer une
proximité fonctionnelle qui intègre une dimension temporelle
[Bellet, Colletion, Lung, 1993, p.358-359]. Celle-ci exprime la synchronisation
des projets des acteurs et une harmonisation de leur horizon temporel.
- proximité industrielle : proximité qui peut être
définie en termes de similitude industrielle (recours à des
capacités technologiques semblables) et/ou de complémentarités
industrielle et technologique. - proximité organisationnelle : proximité
qui a pour objectif d'accroître les interdépendances. Une
organisation commune (ou compatible) est nécessaire au développement
des relations économiques entre agents. Cette proximité organisationnelle
résulte des modes de coordination : . intra-firme (coordination
entre maison-mère et unités de production, organisation du
travail ...) . inter-firme (firme-réseau et/ou réseau d'entreprises
impliquant des stratégies de coopération) . par le marché
(relations marchandes) - proximité socio-culturelle : proximité
induite par des relations fondées à partir de considérations
d'ordre subjectif (partage de préoccupations et de valeurs communes,
relations personnalisées, ensemble de références communes
engendrant des solidarités et des garanties pour les agents économiques).
Non seulement ces proximités réduisent les coûts
de transaction (de transport, accès à l'information, meilleure
connaissance des fournisseurs et distributeurs, ...) mais aussi et surtout,
elles accroissent la réactivité de l'ensemble du SPL. En
d'autres termes, ces proximités réduisent le délai
de réaction des agents économiques, avantage extrêmement
important dans un contexte marqué à la fois par une forte
dynamique technologique (révélée par le racourcissement
du cycle de vie du produit) et une grande versatilité de la demande.
Grâce à ses réseaux de relations formelles et informelles,
le SPL apparaît comme un lieu de création et de diffusion
de l'innovation.
* réduction de l'incertitude
Par opposition au risque probabilisable (existence de plusieurs avenirs
possibles dont les agents connaissent les caractéristiques), l'incertitude
est une situation où les agents sont incapables de déterminer
avec précision les caractéristiques de l'avenir. Dans un
environnement incertain, ce qui est le cas aujourd'hui, les agents économiques
sont tentés de rester dans l'expectative. L'incertitude peut donc
réduire les échanges marchands et amener les agents à
privilégier des stratégies défensives c'est-à-dire
de repli. En revanche, les effets de proximités -géographique,
industrielle, organisationnelle et socio-culturelle- contribuent au renforcement
de la confiance entre les différents acteurs du SPL. "Le fonctionnement
des unités économiques fait appel à un ensemble complexe
de conventions domestiques, marchandes, industrielles et civiques"
[Hugon, 1996, p. 33]. En intensifiant le lien social, les effets de proximités
réduisent considérablement l'incertitude économique
et permettent ainsi le développement de relations durables marchandes
(achat/vente) et non-marchandes (accords de coopération portant
notamment sur la production et la recherche-développement). Ces
dernières sont d'ailleurs essentielles à l'émergence
et à la réalisation de projets locaux. L'ensemble de ces
avantages (diminution des coûts de transaction, réduction
de l'incertitude, dynamique innovatrice) confère aux entreprises
appartenant au SPL un degré de liberté propice à l'innovation
technique et organisationnelle mais aussi et surtout autorise la mise en
place de stratégies offensives (stratégie de diversification
ou de conversion industrielle). L'entreprise pourrait développer
ses connaissances en accédant plus facilement aux compétences
détenues par les autres acteurs du SPL. Les stratégies d'alliance
inter-entreprises répondent à cet objectif de complémentarité,
que ce soit au niveau de la technologie, de la production ou du marché.
En appartenant au SPL, les entreprises pourraient améliorer leur
compétitivité hors-coût (détention d'un avantage
technologique) et ainsi acquérir un degré de liberté
vis-à-vis de la contrainte de coût. Le territoire occupe donc
une place essentielle dans le processus de développement. Le développement
peut se définir comme une "croissance complexifiante multidimensionnelle"
[Passet, p. 524, 1994]. Il y aurait "croissance complexifiante"
dans le sens où celle-ci serait "accompagnée d'un double
mouvement de diversification et d'intégration permettant au système
de croître en se réorganisant sans perdre sa cohérence"
(p. 524). Cette croissance serait multidimensionnelle et qualitative car,
par delà l'économique, nous prenons en considération
les autres dimensions de la vie sociétale (domestique, ludique,
culturelle, juridique) et la qualité et variété des
relations qui s'instaurent entre les hommes et entre ces derniers et leur
"territoire" d'appartenance. Il est possible de dégager
trois concepts majeurs propres au dévelop-pement durable, à
savoir, équité, sécurité et temporalité.
Equité dans le sens où grâce aux effets de proximité
il y aurait création de res-sources, de connaissances et de compétences
et, d'autre part, diffusions de ces dernières non pas sur quelques
acteurs mais sur l'ensemble des agents appartenant au SPL (économies
externes positives). La satis-faction des besoins des uns ne se ferait
pas au détriment de la satisfaction des autres (jeu à somme
positive). Aussi l'existence d'un SPL permettrait de réduire les
gaspillages de ressources. Ce point est essentiel dans un contexte où
les entreprises ont tendance à recentrer leurs activités
sur leur "métier de base" c'est-à-dire sur une
ou un ensemble de compétences jugées stratégiques,
le corollaire étant l'évic-tion des compétences secondaires.
Celles-ci pourraient être "captées" par les autres
entités du SPL contribuant ainsi à limiter le processus d'exclusion
et de destruction de compétences. Grace aux effets de pro-ximité
induits par le SPL, il est possible de renforcer la confiance, de créer
un environnement sécuritaire propice à l'extension des échanges
marchands et non marchands et aussi à la réalisation de projets
locaux. La sécurité est une condition nécessaire à
l'épanouissement de la personnalité de chacun et de tous
[de Penanros, cf supra]. La dimension temporelle est très présente
dans le cadre de notre analyse, les relations établies entre les
acteurs du SPL s'inscrivant généralement dans la durée.
Non seulement, nous devons prendre en considération le présent
mais aussi l'avenir dans le sens où les stratégies des agents
économiques à l'instant t ne doivent pas compromettre la
reproduction du système socio-économique (remise en cause
des logiques industrielles de court terme sources de destructions). Nous
retrouvons dans une certaine mesure la notion d'"éco-développement"
développée par I. Sachs [1982]. L'éco-développement
est une stratégie de développement permettant d'assurer aux
hommes "un mode de vie et un niveau de consommation satisfaisants
sans pour autant exploiter jusqu'à complet épuisement la
nature et sans compromettre l'avenir des générations futures"
[p. 11]. Enfin, en tant que forme d'organisation socio-économique,
le territoire ou encore le SPL est susceptible de produire une marge d'autonomie
dans les stratégies des acteurs face à la globalisation.
Ce degré de liberté est propice à l'innovation (technique
et organisationnelle) mais aussi et surtout à la mise en place de
stratégie de diversification ou de reconversion industrielle.
Un développement durable ne peut s'enclencher que si et seulement
si s'établit un environnement certain et sécuritaire. Le
territoire, loin de s'effacer devant l'accentuation de l'internationalisation
des économies, semble au contraire trouver une raison de s'affirmer.
C'est à la fois une contradiction de la globalisation dans le sens
où la recherche de l'homogène engendre de l'hétérogène
(le territoire), mais aussi une chance à saisir pour nos sociétés.
En effet, le territoire peut constituer l'assise d'un développement
durable grâce aux effets de proximité qu'il engendre. Cependant,
sans cadre institutionnel, les destructions peuvent l'emporter sur les
créations. Le territoire-repli identitaire engendrerait la guerre.
L'Etat, les collectivités locales, en fait, l'ensemble des acteurs
du SPL ont un rôle majeur à jouer dans la définition
de règles et de conventions permettant d'une part, de répartir
équitablement les ressources créées au sein du SPL,
et d'autre part, de renforcer la confiance. Aussi, ces conventions pour
qu'elles soient reconnues et respectées par tous doivent être
issues du territoire. C'est à cette condition que pourra se mettre
en place un nouveau mode de régulation "conventionnelle"
mixte (privé public) territorialisé propice à un développement
durable.
Thierry Sauvin
Note : 1. principalement les Nouveaux Pays Industriels d'Asie du Sud
Est. 2.
Bibliographie
Bellet M., Colletis G., Lung Y. (1993), Introduction au numéro
spécial Economie de proximités, Revue d'Economie Régionale
et Urbaine", no 3. Bonnemaison J. (1996), "Le territoire,
nouveau paradigme de la géographie humaine ?", Chroniques du
Sud, ORSTOM. Courlet C. (1994), "Les systèmes productifs localisés,
de quoi parle-t-on ?", in Courlet C., Soulage B., Industrie, territoires
et politiques publiques, L'Harmattan. Hugon P. (1996), "La dialectique
du local et du global dans le développement" in Les nouvelles
logiques du développement sous la direction de L.Abdelnall et C.Courlet,
L'Harmattan. Leon A., Sauvin T. (1994), De l'économie mondiale à
l'économie globale, working paper CERETIM n 94-03. Pecqueur
B. (1989), Le développement local, Syros. Sachs I. (1982), L'écodéveloppement,
Syros.
A l'étranger
"Conversion of defense industries and regional economic interests
- An international exchange of experiences", Colloque organisé
par le Bonn In-ternational Center for Conversion (BICC), les 6 et 7 mars
1997 à Bonn. Ce colloque international avait pour but d'échanger
les expériences régionales de reconversion face à
la crise des industries de défense. Les conséquences de cette
drise peuvent paraître identiques à celles de certaines grandes
crises sectorielles mais ce secteur a forgé des cultures si fortes
et des habitudes de structures de marché si ancrées dans
les processus décisionnels des différents acteurs qu'elle
revêt un aspect spécifique. La diversité des régions
représentées conduit forcément à des conclusions
différentes. Néanmoins, il semble possible de tirer quelques
enseignements des différentes interventions. Tout d'abord, tout
processus de conversion territorial s'inscrit dans le long terme, ce qui
est en contradiction avec la vision à court terme des entreprises
confrontées à une crise sectorielle. Les lois du marché
ne permettant pas la mise en place d'un tel processus ne permettant pas
la mise en place d'un tel processus, l'intervention de l'Etat semble donc
ineluctable et devrait passer par la mise en place de structures inteministtérielles
dotées de moyens fiannciers relativement élevés afin
de permettre, par exemple, la concrétisation des projets innovants.
Ces tentatives de reconversions territoriales se heurtent aujuourd'hui
aux conséquences de la globalisation et de la mondialisation, mais
aussi à l'absence générale de vision globale au niveau
national et parfois même au niveau régional. Enfin, il est
évident qu'aucune solution globale ne peut-être avancée.
En effet, la solution sera régionale car elle devra prendre en compte
les spécificités économiques, sociales et culturelles
du territoire. Cet interessant colloque a réuni une quarantaine
de participants : universitaires, membres de l'administration, représentants
d'organisations syndicales et de mouvements de la paix de différentes
régions des Etats Unis, de Russie et de douze autres pays d'Europe
(Allemagne, France, Grande Bretagne, Italie, Belgique, Espagne, Suéde,
Finlande, Norvège, Hongrie, Slovénie et Pologne). Les communications
qui ont été présentées feront l'objet d'une
publication du BICC dans le courant de l'année. Laurent Bourles
Nous avons publié
(ne sont mentionnées ici que les publications des membres du
groupe traitant de la Défense sous ses aspects stratégiques
et industriels ainsi que du Développement Durable)
* N.Ansquer, A.Cunard, J.Le Traon, C.Serfati, M.N.Chalaye, T.Sauvin
"La privatisation du groupe Thomson: enjeux industriels, incidences
territoriales" Damoclès no 72, 1° trimestre 1997.
Indépendamment du volet financier de l'opération, la privatisation
du premier groupe français de l'électronique pose un certain
nombre de questions. * D'abord parce que le groupe fabrique des produits
miltaires que l'on ne peut traiter comme de vulgaires marchandises, hors
d'un contrôle étroit de l'Etat. * Ensuite parce que l'abandon
par la collectivité d'un patrimoine technologique de pointe, à
la fois affaiblit son potentiel de défense et la prive du bénéfice
des avancées du groupe dans le domaine du multimedia. * Enfin parce
que pour de nombreux bassins d'emploi, c'est la crainte de voir s'en aller
un acteur décisif du dynamisme industriel local. Ces questions ont
fait l'objet, en décembre dernier, d'un débat organisé
à Brest -l'un des principaux sites "Thomson" en France-
par le groupe universitaire d'Etude sur la Défense et le Développement
Durable (E3D). Ce sont les principales communications présentées
en introduction à ce débat qui sont réunies dans ce
dossier publié dans la dernière livraison de Damoclès.
* R. de Penanros, "Reconvertir pour préserver l'emploi",
Rapport 1996 de l'observatoire des transferts d'armement.
La reconversion des industries d'armement n'est pas un problème
technique, ce qui fait obstacle est d'ordre culturel. Briser les résistances
sociales à la reconversion implique que cette question soit traitée
dans un cadre autre que celui de l'entreprise ou de la branche d'activité
où elle est généralement confinée. C'est par
une approche territoriale de la reconversion ne négligeant pas les
problèmes récurrents d'emploi qu'on lui offrira ses meilleurs
chances de succès et, partant, que l'on se donnera les meilleures
conditions d'installation durable d'une économie de paix. Tels sont
les principaux points qui sont développés dans cet article.
* P. Le Jeune, T. Sellin, "La difficile concrétisation des
politiques de sécurité européennes", Actuel Marx,
Notes de lecture
"La reconversion : une ardente obligation", publication de
la documentation Française, rédigée par François
Grosdidier, Paris, 1996.
- Ce livre, écrit par un député de la Moselle, tente
d'introduire la notion territoriale dans un processus de reconversion de
bassins d'emplois touchés par la crise de leur monoactivité.
Pour l'auteur, l'intervention de l'Etat doit se faire, non seulement à
partir de critères sectoriels (poids économique de l'activité
dans l'économie nationale, brutalité de la crise...), mais
aussi en fonction de critères territoriaux (impacts de la crise
sur l'économie des bassins d'emploi, niveau de chômage de
ces bassins, degré de sous-équipement en moyen de communication,
gravités des préjudices subis par l'environnement de la part
de cette activité ...). Le manque de cohérence et d'efficacité
des projets de reconversion pose le problème de la multiplicité
des acteurs : ils peuvent relever ou de l'administration centrale (DATAR,
DARPMI, DAR) ou bien des services de l'Union Européenne, ou bien
encore des administrations déconcentrées (Préfectures,
DRIRE, DDE, DDTE) ou bien enfin des collectivités territoriales.
L'Etat devrait alors proposer, grâce à un comité interministériel
chargé des reconversions des bassins d'emplois, un projet global
ayant reçu l'approbation de l'ensemble des acteurs. Cette notion
d'interministériallité revient dans les propositions de l'auteur
quant à la refonte des aides publiques, qui sont trop éloignées
des réalités des bassins d'emplois. L'auteur propose ensuite
de ne plus appréhender les processus de conversion uniquement en
termes industriels mais aussi en prenant en compte les nécessités
d'aménagement du territoire ou de développement du secteur
tertiaire. Il axe son raisonnement sur le développement endogène
qui, pour lui, est plus apte à répondre durablement aux attentes
des territoires mais qui entraîne un coût inférieur
à celui d'un développement exogène. Ce livre récapitule
donc les moyens mis en oeuvre pour faire face à des problèmes
de reconversions territoriales, mais aussi la nécessité de
réforme de ces processus.
- Laurent Bourlès
"Développement durable : La planète à l'échelle
locale "
Ce numéro 370, de 50 pages, de la revue Territoires1 traite cette
problématique à travers une douzaine d'articles :
. "Le pari du développement durable", une analyse de
Michel Mausel, président de 4D (Dossiers et Débats pour le
Développement Durable) : Que faire de l'entreprise la plus polluante
du quartier qui refuse de se plier aux normes de rejets réglementaux
si elle menace de fermer ? ou encore quand elle pratique des conditions
de travail inadmissibles, que faire quand c'est la dernière et qu'elle
est encore source d'emplois ?
. "Les villes françaises à la traîne"
un état des lieux de Michel Mausel et J. P. Péchand de 4D
: Développement économiques, respect de l'environnement et
prise en compte des questions sociales : le développement durable
est tout cela à la fois. Ce regard sur une notion complexe, qui
interpelle aujourd'hui les élus locaux, s'appuie sur des expériences
innovantes de quelques villes (dont Brest) pour mettre l'accent sur le
souci d'une approche globale et transversale et sur les difficultés
importantes que rencontrent des démarches nouvelles de planification.
.
"Des communes pour le 21ème siècle" par Serge
Antoine président du Comité 21 ou Comité français
pour l'environnement et le développement durable qui propose une
lecture d'un guide "Bien gérer votre commune aujourd'hui pour
le 21ème siècle", à l'attention de tous les Maires
de France pour pratiquer le développement durable et quelques extraits
de la Charte des Villes européennes pour la durabilité.
."Question de territoires" une analyse de Klaus Werner chargé
de mission au Ministère de l'Equipement : les élus locaux
ont un rôle central dans la mise en oeuvre des Actions Agenda 21,
mais la réussite de ces actions dépend largement de la capacité
à les concevoir à des échelles intercommunales variables
et suffisamment vastes, associant et impliquant les principaux acteurs
économiques, institutionnels ainsi que les habitants.
. "C'est pas moi, c'est l'autre" une analyse d'Annie Simon
du CRID (Centre de recherche et d'information pour le développement)
: Si le développement durable doit être solidaire, la coopération
décentralisée doit en être un vecteur privilégié.
Car se préoccuper du devenir des plus pauvres c'est un peu s'occuper
du sien.
. "On est en guerre" Point de vue d'Alberto Melo, professeur
à l'Université de Faro Portugal : Privé contre public,
économie financière contre social, et environnement, les
conquérants du monétarisme mondial ont déclaré
la guerre aux politiques et aux citoyens. La seule porte de sortie serait-elle
le développement local ?
. Les autres articles concernent : - deux expériences :"Je
me chaufferai de ton bois" par Philippe Leclerc consultant et LINZ
face à ses habitants par Dr Walter Medinger de la mairie de LINZ
(Autriche) - un témoignage, celui de Patrick Braouzec, député-maire
de Saint Denis : "La Plaine Saint Denis : recherche d'une harmonie"
- Deux rencontres : "Paysage de rêve pour le développement"
par Christian Mettelet, conseiller régional et maire de BOUCHEMAINE
(Maine et Loire) et "Cherche acteurs locaux du développement
durable" interview de Guy Hascoët membre du comité exécutif
d'ICLEI (Conseil International des initiatives locales pour l'environnement).
Roger ABIVEN
1 Territoires est la revue mensuelle publiée par l'ADELS (Association
pour la démocratie locale et sociale).
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