PLONGEE
Ce que nous avions prévu :

Nous avons profité de la logistique de l'IPEV pour installer un an avant notre venue des thermomètres enregistreurs. Ils ont été immergé devant l'Abri Côtier. Les températures que nous avions alors mesurées oscillaient entre -0,5 et -1,5°C. L'eau de mer ne gèle pas à ces températures du fait de la présence de sel. Il nous fallait donc prévoir des équipements de plongée permettant de travailler en routine dans de l'eau " froide ".
Notre équipement est le même pour les trois plongeurs et il se compose des éléments suivants : des sous-vétements polaires (caleçons longs, chaussettes, maillot manches longues), une combinaison intégrale pour l'isolation thermique (aluminium, nylon), une combinaison de plongée (4mm d'épaisseur) étanche en néoprène permettant de s'isoler de l'eau et du froid. Cette combinaison est gonflable (premier tuyau) car elle est munie d'un inflateur et nous lui ajoutons des gants étanches (QuickGlove). Dans ces gants étanches nous ajoutons des gants en laine ou en néoprène. L'air pris dans la bouteille et ajoutée par le plongeur dans la combinaison lors de la plongée permet une isolation thermique efficace. Le problème est que tout cet air et tout ce néoprène flottent ! Il faut couler pour plonger. Alors, nous avons un baudrier de plomb (10kg). A chaque cheville nous rajoutons un plomb d'un kilogramme et 10 kg de plomb également au gilet stabilisateur. Ce dernier est l'élément que le plongeur a sur le dos et qui lui permet à la fois de modifier sa flottabilité, de tenir sa bouteille d'air comprimé sur son dos. Le plongeur peut introduire de l'air (deuxième inflateur) venant de la bouteille (deuxième tuyau) dans ce gilet et changer ainsi son poids apparent. Ce gilet est équipé de plusieurs purges que le plongeur actionne afin de laisser s'échapper l'air. Bref, il a plein de tuyaux et de " robinets ". C'est la partie technique de nos plongées car les gants étanches nous font perdre notre agilité et la manipulation de tous ces " robinets " est difficile. Pourtant la gestion du volume d'air au sein de la combinaison ou dans le gilet est primordiale tant pour notre travail au fond que pour notre sécurité lors de la remontée : en aucun cas il ne faut remonter trop vite ! Nous savions avant de venir que ces gants étaient un problème car nous avions fait deux essais de matériel dans les eaux de l'Aber Benoit et en rade de Brest.
Les palmes qu'Erwan a choisies sont pratiques car les sangles s'enlèvent d'un geste. La couleur des palmes est différente pour chaque plongeur : Joëlle a des palmes jaunes fluorescent, Erwan des palmes de couleur grise et Laurent a des palmes bleues.
A cette liste il faut ajouter un couteau, une montre, un profondimètre, des tables de plongée pour les paliers, un parachute de palier, un fumigène, une lampe à éclat et bien sur un masque.
Compte tenu du froid, Erwan avait prévu des sous cagoules en néoprène pour se protéger le visage

Erwann enfin prêt


Laurent avec sa cagoule

La réalité du terrain :

Dans l'air : c'est magnifique. Du bateau les plongeurs voient un décor en mouvement. La débâcle est en cours et des manchots dérivent sur la glace. Dans nos combinaisons nous avons chaud avant les plongées. Les combinaisons sont souples mais une fois entièrement équipés, les plongeurs sont totalement handicapés et dépendants d'Yves-Marie ou du troisième plongeur.



Phoque



Manchots Adélie


Laurent équipe Erwan

Nous avons été très agréablement surpris par la qualité des équipements qu'offre la base. Il est facile de travailler en plongée ici. Il est aisé de comprendre que le personnel de l'IPEV a effectué un travail titanesque pour arriver à ce niveau d'équipement. L'abri côtier est chauffé et nous avons de la place pour nous changer et pour stocker tout notre matériel. Un compresseur d'air pour remplir les bouteilles fonctionne parfaitement. Des bouteilles de plongée sont mises à notre disposition, ainsi que du matériel médical de premiers secours. Un quai (Quai Jean-Louis) nous permet d'accoster facilement et il est équipé d'une grue autorisant chaque soir, la mise au sec du zodiac. Alain Potier de l'IPEV, a préparé un semi rigide (Zodiac) qui est parfaitement adapté à nos besoins. C'est lui qui nous a fait découvrir la base et son fonctionnement. C'est lui également qui nous a montré les sites de plongée. Merci ! Dominique Fleury (IPEV) renforce notre équipe de plongeurs. Bref, l'accueil a été chaleureux et les conditions de travail excellentes grâce à l'enthousiasme des personnels de l'IPEV.

 

Sous l'eau : la première plongée nous a appris que la sous cagoule était indispensable. Seule Joelle préfère affronter le froid refusant l'inconfort de cette sous cagoule. Il faut dire que le détendeur est très difficile à mettre en bouche.
Nous plongeons parmi des glaçons de toutes tailles. Et, ils bougent ! C'est un paramètre supplémentaire dont il faut tenir compte lors de la remontée pour ne pas rester coincé sous un petit iceberg. Par ailleurs, Yves-Marie qui assure notre sécurité en surface doit tenir compte des mouvements de cette glace pour suivre et ne pas perdre nos bulles. Les accumulations de glace peuvent nous interdire l'accès à certains sites susceptibles d'accueillir notre pétoncle. Nous rebroussons chemin et attendons alors des jours meilleurs pour ce site.

L'ambiance au fond :Lorsqu'il n'y a pas de glace, on plonge : l'eau est claire. Froide mais claire ! La premier chose que l'on voit, ce sont des organismes zooplanctoniques macroscopiques. Ces sont des escargots qui nagent, des ptéropodes roses qui nagent, des méduses et des cténaires qui ressemblent au ballon dirigeable Zeppelin.


Erwann et son matériel photo

Joelle et le zeppelin

Laurent et poronia

Ces cténaires sont iridescents mais difficiles à photographier car ils sont translucides. Ce sont des prédateurs, consommateurs de zooplancton.
Puis, nous arrivons au fond. Par cinq mètres de profondeur se développe un champ d'algues rouges d'abord puis brunes ensuite. Comme en Bretagne !! La répartition des algues est toutefois différente car ici les champs de laminaires se développent par 20-25 m de fond. Au pied de cette forêt, se promènent des étoiles de mer superbes et une multitude d'oursins parfois repas des étoiles et des gastéropodes.


L'étoile à table

Gastéropode

Puis les grandes algues disparaissent et tout devient différent. Là, commence un monde que nous n'avions jamais vu. Les couleurs sont magnifiques et l'ambiance exotique. C'est le règne des échinodermes et des cnidaires.


Hydraires coloniaux

Opistobranche jaune

Nous cherchons Adamussium colbecki, le fameux pétoncle d'antarctique et Erwan le trouve par 25 m de fond. La luxuriance des invertébrés nous étonne ! Des éponges, des vers, des ascidies, des alcyons, des oursins, des concombres de mer,


Adamussium colbecki

Eponge

Polychete

Cucumaria (cocombre de mer)

des pycnogonides, des sabelles et de très rares poissons nous accueillent. Le fond est tapissé d'un duvet brun constitué d'algues microscopiques et bon nombre des invertébrés filtreurs ou fouisseurs s'en nourrissent. Nous étudierons ces algues plus tard !


Pycnogonide

Poisson

Etoile et microphytobenthos

M
icrophytobenthos


Nous commençons à effectuer des prélèvements pour l'analyse de la chaîne alimentaire.


Etoile

Ambiance lors de la remontée


Mais, il faut très vite songer à remonter. En prenant garde aux icebergs dérivant au dessus de nous. Ils créent une ambiance inquiétante mais fascinante. Lorsqu'ils touchent le fond ou la roche nous entendons des bruits de fracas.
Nous effectuons toujours un palier de 3 minutes à 3 mètres de profondeur et c'est l'heure pour Erwan et Laurent de l'autoportrait. La plongée s'arrête. Retour dans l'univers minéral de la surface en antarctique.


Erwan et Laurent