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Le
10 Février
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Voilà, la mission
se termine nous allons prendre la mer pour rentrer vers la Bretagne. Nous
y serons vers le 20 février. Nous rentrons avec de nombreuses mesures
à dépouiller et de nombreux échantillons à traiter.
Le travail d'exploitation est loin d'être terminé. Cette mission
antarctique était une première pour nous. Nous avons beaucoup
appris. D'abord sur les aspects techniques du travail dans ce milieu extrême.
Notre évaluation générale n'était pas trop mauvaise
et notre matériel bien adapté. Nous avions sous estimé
l'impact des icebergs. Nous avons cassé un peu de matériel,
il va falloir que nous réfléchissions à des améliorations
pour la prochaine campagne. Nous avons découvert un monde sous-marin
étonnant. Une très grande biodiversité sous marine
où les échinodermes (étoiles, oursins, holothuries
et ophiures) dominent très largement. Sur le pétoncle nous
avons pu mener les mesures et prélèvement prévus ;
nous sommes très optimistes sur le fait d'en faire un indicateur
climatique. Des développements et des questions scientifiques nouvelles
ont émergées. D'abord nous avons trouvé autour de la
base de Terre Adélie, un espèce de mollusque bivalve, Thracia,
qui pourrait au côté du pétoncle nous informer sur l'environnement.
Ces deux espèces aux modes de vie très différents pourraient
être assez complémentaires. Au niveau du fonctionnement écologique
des espaces côtiers antarctiques, les biomasses d'organismes marins
observées nous amènent à nous interroger sur l'origine
de la matière qui intègre le réseau trophique. En effet,
ici pas de bassin versant fertilisant, pas de remontées d'eau de
fond,...La question du rôle des manchots sur l'apport de nutriments
extérieurs nous est par exemple venu à l'esprit. Nous aurons
le temps de rediscuter de tout ça au collège durant ce printemps
!
Toute l'équipe MACARBI tient à vous remercier élèves
et enseignants, vos questions ont été extrêmement stimulantes,
vous avez ce regard vif sur le monde qui nous entoure qui est celui de la
recherche, bravo. Nous espérons vous avoir montré comment
la recherche se faisait, au moins pour sa partie "terrain", comment
les questions émergeaient les unes après les autres sans qu'il
soit possible de vraiment les programmer d'avance !
Kenavo
Yves-Marie PAULET
Laurent CHAUVAUD
Erwan AMICE
Joelle RICHARD
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Le
1er Février
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Oui, totalement. Ici
à l'opposé de ce qui se passe dans l'hémisphère
Nord, le soleil est au plus haut vers le 21 décembre. En fait il
ne se couche pas du tout durant cette période.
Après le 21 décembre il commence à faire des rotations
dans le ciel chaque jour un peu plus basse (comme après le 21 juin
en Bretagne).
Actuellement il se cache derrière l'horizon environ pendant une heure
chaque nuit. Ca n'est pas vraiment la nuit mais la baisse de luminosité
est sensible. Chaque jour c'est un peu plus long. D'ici que nous partions
(le 10 février) une véritable et courte nuit se sera installée.
Nous entrons progressivement dans l'hiver austral !
Est-ce que tout se passe comme prévu ?
Non, en fait beaucoup
d'inattendus !
Je ne vais pas en faire la liste, vous en trouverez pas mal de détails
sur le site Internet.
Le plus important
peut-être : par manque d'expérience nous avions sous estimé
les problèmes que nous causeraient les icebergs lors de nos expériences
sous l'eau. Notre matériel a été fortement soumis à
l'effet de la glace qui vient râper le fond de la mer. Il y a eu pas
mal de casse. Nous avons cependant réparé sur place grâce
aux compétences et aux équipements de la base.
Avez-vous observé quelque chose d'inattendu ?
D'un point de vue de la biologie, le plus étonnant c'est l'existence de grands vers (plus de 50 cm) qui se déplacent dans l'eau et qui sont de sérieux prédateurs du pétoncle austral
Est-ce que les phoques sont gentils ?
Aucun problème
avec les phoques. Ils sont plutôt lascifs. Ils restent la majeure
partie du temps vautrés sur les banquettes de glace.
Par contre nous avons fait connaissance depuis 2 jours avec les Léopards
des Mers, des animaux nettement moins sympathiques. Nous avons du utiliser
des pétards de rappel pour faire remonter en urgence les plongeurs,
alors qu'un léopard s'était montré dans les parages.
Des accidents graves sont déjà arrivés avec ces animaux,
mieux vaut être prudents.
Quand la glace va-t-elle se reformer ?
Par endroit, nous voyons déjà des plaques de glace se former la nuit. Cela concerne les endroits les plus calmes. La banquise s'installera pour de bon à partir de la fin du mois de février.
Pourquoi êtes vous allé au pôle sud et pas aux Antilles ?
Bonne question
certains
jours en rentrant frigorifiés d'une journée sur l'eau il nous
prend de rêver de tropiques
En réalité, nos travaux nous ont déjà mené
sous les tropiques, dans le lagon de Nouméa plus précisément.
Là bas, nous avons travaillé sur un bivalve du lagon pour
voir s'il ne serait pas possible de détecter la pollution due aux
mines de nickel. C'était le travail d'un étudiant en thèse,
Julien, travail qu'il a présenté à Brest en décembre
2005.
Venir en antarctique était la suite logique de notre démarche
: être capable quelque soit la latitude, d'utiliser les invertébrés
marins comme témoins de l'évolution de l'environnement.
Nous avons aussi des projets en arctique
à suivre
.
Est-ce que vous avez vu des pieuvres ?
Non pas encore !
Mais nous savons qu'il en existe
on vous prévient dès
que l'on en voit !
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Le
23 Janvier
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Quelle est la composition
chimique de l'eau dans l'océan antarctique?
Je ne répondrai
pas pour l'ensemble des eaux antarctiques. En ce qui concerne les eaux côtières,
ici à Dumont d'Urville, la première caractéristique frappante
est une salinité assez faible, souvent inférieure à 30
. Cela provient des apports des glaciers et de la fonte des icebergs.
Seconde caractéristique une teneur élevée en oxygène
comparé à des eaux côtières tempérées.
Enfin, une grande quantité de silicates, bien plus élevée
que dans les eaux côtières de Bretagne par exemple.
Quelles sont les températures
les plus basses que vous avez rencontré?
Nous n'avons
pas pour l'instant de relevé régulier de la température
de l'air. Les températures sont légèrement négatives,
et parfois en milieu de journée on note le dégel de la glace
en surface (c'est le plein été ici !). En fait, il est très
délicat d'estimer la température ; le vent est dominant dans
la sensation de froid que nous pouvons ressentir. Aujourd'hui, par exemple,
c'est la tempête avec des vents de plus 60 nuds ! Eh bien le froid
est intense.
Pour l'eau, nous avons de nombreuses mesures. La température oscille
entre -2 et 0 °C.
Comment allez vous
exploiter vos mesures?
Pour la partie
qui concerne la physiologie de l'animal, les résultats peuvent être
rapidement interprétés. On peut extraire de nos mesure faites
dans les enceintes immergées le taux respiratoire de nos animaux. On
peut également assez facilement avoir une idée de la vitesse
à laquelle ils filtrent l'eau.
Pour toute la partie de nos travaux qui concerne l'étude de la coquille
elle-même (la partie calcifiée), il y aura de très nombreuses
analyses à faire en rentrant en France. Analyses de la structure des
coquilles et analyse de leur chimie (isotopes et éléments traces).
Je crois qu'une année sera le temps qu'il faudra pour exploiter ces
analyses.
Quelle est la température
il fait là-bas?
Je crois avoir
répondu à cette question un peu plus haut, non ?
En tout cas, équipé comme nous le sommes par L'IPEV, on ne peut
pas dire que nous souffrions réellement du froid.
Quels animaux trouve
t-on sur la banquise?
Sur la banquise
ce sont les manchots qui se font le plus remarquer. Actuellement c'est la
colonie de manchots adélie qui est particulièrement active.
Les éclosions ont eu lieu il y a maintenant un petit mois (fin décembre-janvier),
et les poussins ont déjà acquis une belle taille !
Pas mal d'autres oiseaux sont également présents, les damiers,
les pétrels, et un oiseau particulièrement agressif, même
envers les humains, le Skua.
La banquise est également bien fréquentée par le phoque
de Weddel.
Comment et en combien
de temps partez-vous?
Nous avons quitté
la Bretagne le 26 décembre 2005, nous serons de retour vers le 20 février
2006.
Quel matériel
avez-vous utilisé?
Nous avons apporté
avec nous environ 2 tonnes de matériel pour mener à bien nos
travaux. En fait ce matériel a été acheminé par
l'Institut Paul Emile Victor (IPEV) depuis Brest, dès le mois d'Octobre.
Nous avons retrouvé nos caisses sur l'Astrolabe, le navire de l'IPEV
qui nous a conduit de Hobart en Tasmanie, jusqu'à la base Dumont d'Urville
en Terre Adélie.
Notre équipement, c'est d'un côté tout ce qu'il faut pour
plonger dans une eau dont la température est négative. C'est
assez impressionnant quand il faut de quoi équiper parfaitement 3 plongeurs
(voir notre chronique sur la plongée polaire sur le site Internet).
C'est d'autre part tout ce qu'il faut pour équiper un petit labo, et
tout ce qu'il faut d'électronique de mesure (voir également
notre chronique sur le labo).
Une fois sur place
nous trouvons à notre disposition du matériel de l'IPEV. Un
zodiac et son équipement, la grue pour le mettre à l'eau tous
les jours. Un compresseur pour remplir les bouteilles de plongées et
les bouteilles elles-mêmes. Egalement un bateau un peu plus grand pour
réaliser des dragages profonds. Et toute la logistique pour q'une équipe
de scientifique comme la notre puisse travailler dans les meilleurs conditions.
Comment êtes-vous
allé jusqu'à l' Antarctique?
Toute la partie " voyage " de Brest à la Terre Adélie
est relatée sur le site, allez voir !
Allez-vous faire un
documentaire?
Nous avons travaillé
avec l'équipe de cinéastes de l'IPEV (Yvon Le Gars et Katell
Pierre). Un film va bientôt sortir sur les travaux scientifiques menés
par l'IPEV en milieu polaire. Les travaux notre mission MACARBI y seront présentés.
Nous réalisons de nombreuses photos, dans l'air ou dans l'eau, nous
serons heureux de pouvoir vous les présenter lors de notre retour
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Le
16 Janvier
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Est-ce qu'il y a des plantes qui poussent là- bas?
| La végétation
terrestre est quasiment inexistante. C'est probablement ce qu'il y a de
plus frappant dans le paysage austral. L'île des Pétrels sur
laquelle la base est installée, se présente comme une colline
rocailleuse, dont la moitié de la surface est recouverte durant l'été.
En hiver, elle est totalement sous la neige et la glace. Entre les roches, notamment à proximité colonies de manchots se développe une mousse. Sur la neige on voit également se développer des algues microscopiques qui la colorent en vert ou en orangé par plaques. Une végétation terrestre vraiment pas très exubérante, dont l'existence est très fortement liée à la présence des oiseaux qui alimentent, par leurs fientes, le milieu en azote. Sous l'eau, c'est très différent, de nombreuses espèces d'algues sont rencontrées. Des vertes, des rouges et des brunes. Les plus imposantes sont des laminaires qui forment une véritable ceinture sous-marine. Le plus étonnant est que les algues sont rencontrées jusqu'à 30 mètres de fond, ce qui témoigne d'une pénétration très importante de la lumière. C'est vrai que depuis notre arrivée, l'eau est d'une clarté étonnante. |
![]() Mousse |
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Que comptez- vous trouver là- bas? Nous sommes venus
en Terre Adélie, pour travailler sur la coquille Saint-Jacques
de l'antarctique " Adamussium colbecki ". Notre objectif
est d'en étudier la biologie, la respiration, la croissance et
la nutrition afin qu'elle devienne pour nous un témoin du fonctionnement
de l'écosystème dans lequel elle vit. En Europe, nous avons
réussi en analysant la coquille des coquilles Saint-Jacques à
retracer la température de l'eau durant toute la vie de l'animal.
Par l'analyse de certains éléments chimiques de la coquille
nous obtenons également des informations sur le plankton. Pour
arriver à cela il faut une connaissance approfondie de l'animal,
c'est ce que nous voulons obtenir durant cette mission. |
![]() Adamussium colbecki |
Que comptez-vous ramener en France?
De nombreuses mesures certainement
!
Egalement des échantillons de coquilles et des représentants (congelés
ou fixés à l'alcool) de toutes les espèces marines que
nous rencontrons.
Pourriez- vous rester là bas plus longtemps que prévu?
Non, sauf gros problème
lié au transport ou à la météo.
Nous rembarquons sur l'Astrolabe vers le 10 février pour être de
retour en France le 18 février.
Est- ce que vous vous sentez bien là- bas?
Oui, très très
bien. Les premiers jours sont marqués par l'émerveillement devant
de tels paysages de glace et par cette nature vivante tellement différente
de celle de nos latitudes tempérées. Le temps passe très
vite.
Maintenant, c'est différent, le travail en plongée ou au labo
a pris le dessus. Une sorte de " routine " s'installe. Mais quel bonheur
de travailler dans des paysages aussi étonnant. De plus, les conditions
matérielles de travail offertes par ll'IPEV sont vraiment excellentes.
Aimez-vous beaucoup votre métier?
Oui, énormément.
Pratiquer la recherche, c'est un peu comme marcher dans des territoires où
personne n'est encore allé. Nous avons pour nous l'immensité des
connaissances acquises par les hommes au cours des siècles, et nous allons
un tout petit peu plus loin. Souvent, en allant un peu plus loin dans la connaissance,
nous contredisons certaines idées passées. Mais ceci peut-être
vrai pour énormément de métiers, à partir du moment
où il est possible d'observer, d'expérimenter et de prendre des
initiatives.
Quel est le but de votre recherche?
Nos recherches ont pour
objectif de comprendre comment fonctionnent les écosystèmes marins.
Comment les organismes vivant utilisent la matière minérale ?
Comment cette matière, devenue organique, est transférée
aux différents niveaux de l'écosystème ?
Une fois compris cette première grande question, notre recherche vise
à déterminer les conséquences des changements du climat
(le réchauffement) ou bien des apports de matière à partir
du continent (comme l'azote en Bretagne), sur la complexe machinerie des écosystèmes
marins.
Enfin, une troisième question est de chercher si les mécanismes
biologiques eux-mêmes ne contrôlent pas l'environnement (comme la
production de CO2 par la respiration)
Ici en Terre Adélie, nous voulons savoir si la coquille Saint-Jacques ne pourrait pas être une sorte d'outil pour connaître l'écosystème.
Est-ce que les coquilles St-Jacques sont différentes d'ici?
Oui. Sur la photo vous remarquerez qu'elle ressemble plus à un pétoncle qu'à la véritable coquille Saint-Jacques. Ses " oreilles " sont beaucoup plus étroites. De plus sa coquille est très fine, légère et fragile.
Comment allez- vous manger au pôle sud?
Nous sommes hébergés par l'Institut Paul Emile Victor (IPEV) qui possède ici une station. La base possède une sorte de cantine, où nous mangeons des repas de très bonne qualité, tout à fait comparable à ce que nous pourrions manger en France (L'essentiel des produits sont congelés).
Comment allez- vous vous réchauffer?
Chaque année la station reçoit du fuel transporté par l'Astrolabe, le navire de l'IPEV. Une chaudière permet de chauffer les locaux, alors que dehors la température est particulièrement basse.
Quelles espèces d'animaux avez-vous rencontré au pôle
sud?
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Ce qui frappe le plus,
c'est la présence de milliers de manchots, sur l'île, sur
les icebergs et sur la banquise. Les manchots empereurs sont maintenant
partis, et ce sont les manchots adélies qui dominent (autant par
le nombre que par le bruit !). Ils sont partout autour de nous.
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![]() phoque de Weddel ![]() ophiure et holothurie |
| Où dormez-
vous? Nous sommes installés dans le dortoir, appelé " dortoir d'été ". En effet ce dortoir n'est utilisé que durant les périodes d'été, en hiver seul celui situé près du batîment-restaurant est utilisé. |
![]() dortoir d'été |