La quête du pétoncle (du 5 au 21 janvier) : Ah que la Terre Adélie est belle mais que l'Adamussium est rare !

Nous sommes arrivés à Dumont d'Urville et avons installé tout notre matériel. Celui de plongée est à l'Abri Côtier et celui des expérimentations est au mât-carbiono. L'ensemble des conditions nécessaires pour commencer notre travail scientifique sont réunies. Pas exactement car il nous manque le matériel biologique : les pétoncles. La première plongée n'a rien donné ! Et la déception liée à l'absence de pétoncle a été masquée chez les plongeurs par la joie de la découverte d'un écosystème sous-marin nouveau pour eux. L'appareil photographique que nous avons acheté permet à Yves-Marie et au personnel présent sur la base de participer à nos plongées.
Il nous fallait chercher un site où l'animal se développe. Pour cela, nous avons suivi les conseils d'Alain Potier (IPEV) et de Jean-Louis (Scaphandrier de la base) et à l'aide des résultats des études de P.M. Arnaud qui en 1974 avait réalisé, en utilisant un engin traîné sur le fond par un bateau (une drague), un inventaire de la faune marine, nous avons dressé la liste des sites potentiels dits à pétoncle. Résultat de nos cogitations : il nous fallait essayer au sud est de l'Ile Bernard, à l'est de l'Ile Rostand et à l'ouest de l'île des Pétrels (pointe Jacobssen) et de celle du Bélier mais également entre l'Ile des Pétrels et l'Ile de Mauguen (anciennement Ile Carrel). Partout quoi ! Nous sommes arrivés le 4 janvier et nous plongeons pour la première fois le 5 janvier, devant l'Abri Côtier. Par 15 mètres de fond nous trouvons des holothuries, des laminaires et…des pycnogonides magnifiques .

Le 6 janvier, nous plongeons en face du mât-iono. C'est le deuxième site que nous avons visité car Alain Potier nous avait signalé un haut fond susceptible de nous servir de protection vis-à-vis des icebergs. Ce jour là pour la première fois, nous nous équipons à l'Abri Côtier pour ensuite naviguer. Yves-Marie prépare la zodiac et le met à l'eau . Nous contournons l'Ile des Pétrels et atteignons l'anse du mât. Nous nous immergeons (Joëlle et Laurent) parmi les " glaçons " et les manchots curieux et joueurs. Une équipe de tournage nous filme pour le compte de l'IPEV (Yvon Le Gars et Katell Pierre).

Le bilan de cette plongée est simple : il n'y a pas de pétoncle là mais ce sera le site pour nos expérimentations sous-marines. Nous venons de faire un pas en avant. Il est parfait tant par sa proximité que par sa topographie. Puis, Erwan et Laurent ont plongé au cap des Eléphants non loin du mât-iono (20 minutes sous l'eau). L'eau était claire avec un peu de plancton tout de même. Le fond est là recouvert par un sédiment meuble sur lequel se développent des algues unicellulaires (microphytobenthos).

Yvon Le Gars

Katell Pierre

Lors de la descente vers le fond nous sommes dans un champ de laminaires. Un bonjour à un mollusque nous occupe cinq minutes. Nous ne le reconnaissons pas et pour finir nous découvrons une constellation d'étoiles de mer. Il y a plusieurs espèces d'asterides. Des oursins psammivores labourent la vase sableuse du fond. Des ophiures décorent le fond. Pas de pétoncle !

Le 7 janvier le vent est fort et il neige. Nous installons notre matériel au mât-iono. Il est venu par hélicoptère de la piste du Lion. Impressionnant d'être sous un hélicoptère pour décrocher sa charge. Le pilote Lian est très "fort " ! Il positionne son hélicoptère avec une grande dextérité. Nous installons tout notre matériel. C'est noël tout est intact.

Le 8 janvier. Nous nous reposons le matin et écrivons à nos familles.


Le 9 janvier Yves-Marie est de service (voir la chronique vie à la base) et Dominique Fleury (IPEV) le remplace. Le matin nous préparons notre matériel et gonflons les bouteilles de plongée. L'après midi il fait beau. Décision est prise de faire route vers l'anse du Lion. Joëlle et Laurent plongent. Ils découvrent un champ d'algues puis, plus profondément, des algues en décomposition. Pas de pétoncle. Mais l'après midi, Erwan trouve entre le Capricorne et Le Bélier un pétoncle lors d'une plongée envoûtante.

Dominique Fleury

Le 10 janvier, après une matinée au mat-iono à mettre en œuvre nos sondes et à monter les enceintes qui doivent nous permettre de mesurer la respiration des pétoncles, nous allons plonger. La mer est d'huile, le soleil brille et le bleu des icebergs est d'une esthétique rare. Gilles le pâtissier de la base vient avec nous. Erwan et Joelle s'immergent dans une eau couverte de glaçons dans le nord de l'Ile Rostand non loin de la Tortue. C'est un fond rocheux poli par les icebergs et recouvert d'éponges, le tout ressemblant à un jardin japonais. Pas de pétoncle !


iceberg bleu

Joelle et Erwan dans les glaçons

Le zodiac dans la glace

Jardin japonais


Le 11 janvier, Joelle est de service et Dominique Fleury la remplace. Le matin nous travaillons au mâtCarbi (ex-mât-iono ! voir la chronique du mât pour mieux comprendre !). Dominique nous aide à faire des épissures sur nos montages électriques. Tout fonctionne. L'après-midi nous plongeons au nord est de l'Ile Claude Bernard (le biologiste) puis à l'ouest du cap des éléphants. Rien ! Plus exactement, nous échantillonnons des invertébrés benthiques et Joëlle et Yves-Marie conditionnent ces animaux et ces végétaux.

Le 12 janvier, le vent est fort. Le paysage a changé, la glace se déplace. Notre journée sera consacrée à la calibration de nos sondes mais également à l'interprétation des valeurs de température, d'oxygène et de salinité. Mesurée dans l'anse du mât-carbi.

Le 13 janvier, le vent souffle fort et Erwan n'est pas en forme. Erwan et Laurent rédigent la chronique plongée du site Macarbi.. Le lendemain, c'est la débâcle. Le peu de banquise qui restait est en train de partir et notre zodiac semble bien fragile face aux gros blocs de glace qui nous barrent le passage. Nous plongeons sans succès. Dès le 15 après midi la météo est à nouveau clémente mais il est trop tard pour plonger.

Nous commençons à avoir de sérieux doute sur notre aptitude à échantillonner des pétoncles ! La tension monte. A notre réveil, le 16 janvier, le soleil nous tend les bras. Joëlle plonge devant l'abri Côtier pour récupérer une sonde puis Erwan et Laurent descendent non loin de l'ile Lamark (le biologiste Lamark). We get nothing ! Nous allons plonger autours de la piste du lion. Le 17 Erwan remonte une étoile énorme de l'Ile Rostand (le biologiste Jean Rostand), le 18 il découvre ce magnifique buccin. Nada ! Un phoque s'est installé devant le mât-carbi.


Erwann remonte une énorme étoile


Buccin

Phoque


Le 19 nous décidons de mettre les enceintes en œuvre avec les deux pétoncles dont nous disposons. Nous installons en plongée tous nos câbles électriques, nos sondes, nos enceintes et leurs pompes puis les animaux à l'intérieur. Nous lançons pour 24 heures nos premières mesures sur le pétoncle antarctique. Notre instrumentation fonctionne mais la respiration des pétoncles est trop faible pour que nos mesures soient fiables. Il nous faut plus de pétoncles et nous devons diminuer le volume de nos enceintes ! Trouver des pétoncles. La clef.


Laurent installe les enceintes


Pétoncles dans l'enceinte



L'astrolabe, le bateau qui nous a amené ici, parti depuis 10 jours au large pour des études sur les poissons, revient. A son bord Alain Potier et la drague que l'IPEV a transportée depuis Brest auront un rôle crucial dans notre mission. Dès le lendemain, dans un décor de rêve nous faisons des essais de draguage le long du Glacier Astrolabe. Ca va marcher ! Nous nous couchons optimiste. Dès le lendemain après midi, Alain nous emmène draguer à nouveau et essayer un ROV. Après le premier trait de drague d'une cuvette sédimentaire visible au sonar nous remontons 12 pétoncles de toutes tailles…C'est la fête, la joie, le délire…le triomphe d'Alain et nous nommons immédiatement le site Toul Alan.




Paysages lors du dragage





Alain Potier et Dominique fleury au cours d'une opération de dragage

Dragage le long du glacier

Yves Marie récolte les premiers pétoncles par dragage


Dès le lendemain, nous ammenons ces pétoncle sur notre site atelier. Puis, en plongée, Erwan et Laurent installent ces pétoncles dans les enceintes et grâce à Joëlle restée en surface sur le zodiac et Yves-Marie devant les variateurs qui contrôlent les pompes nous ajustons les débits par gestes sous l'eau et par talkie-walkie entre le bateau et le mât-carbi en surface. Lors des 40 minutes nécessaires à ce montage les manchots viennent voir ce que nous faisons, curieux. Nos bulles les intéressent beaucoup. Erwan fait les photographies du montage puis lui et Laurent vont se promener autour d'un iceberg…avec des manchots. Un instant inoubliable ! Un rêve d'enfant.


Erwan, Joelle et Laurent ramènent les pétoncles

Les manchots (tâches blanches en haut à gauche)
observent Laurent au travail

Laurent près de l'iceberg

Nous finissons ce texte le 22 janvier pour vous dire que cette nuit le vent s'est levé. Il souffle en rafales à 120 km/h. Il fait froid. Le dortoir bouge et fait du bruit. On dirait un TGV rencontrant un autre TGV dans un tunnel. Laurent n'a pas dormi. La descente au mât-carbi a été impressionnante et il faut s'appliquer pour ne pas tomber. Il est difficile de marcher et le vent hurle. Nous sommes dans un film. La mer fume. Elle est noire. Elle fait un peu peur. Les icebergs dérivent à des vitesses folles et le blanc de l'écume se mêle au blanc de la glace. Les manchots se cachent. Nous restons au chaud avec le reste de la base.


Mauvais temps sur Dumont d'Urville