Immersion dans l’univers sous-marin de MACARBI
Trois ans !
Cela fait trois ans que l’équipe MACARBI vient en Antarctique avec comme principal outil d’expérimentation la plongée sous-marine autonome. Fort de l’expérience des deux premières années, nous nous attendions à trouver une banquise en guise de nouveauté, certes, mais personne n’avait complètement imaginer au sein de notre petit groupe combien les plongées de la mission 2007-2008 allaient être nouvelles. La banquise comme source de jouvence…c’est MACARBI 3.
D’abord marcher sur la mer.
Dès la fin de la grande traversée en arrivant au contact de la glace flottante, les difficultés du navire L’Astrolabe à se frayer un chemin dans une banquise épaisse nous avaient laissé entrevoir à quel point il allait falloir réviser nos méthodes de plongée. En effet, si L’Astrolabe de tout son poids et fort de tout son acier n’arrivait pas à briser 1,5 m de glace, aucune embarcation légère n’était évidement utilisable sur la base.
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L’Astrolabe est bloqué par la glace devenue trop épaisse pour être brisée par son poids. |
Cette année, il était possible de glisser, de marcher ou de ramper sur la mer mais certainement pas de naviguer pour aller plonger. Et, la première difficulté a été d’acheminer notre matériel, soit 100 à 150 kg selon le nombre de plongeurs, jusqu’aux sites de plongée. La première méthode a consisté à utiliser un traîneau.
Nous avons utilisé des traîneaux pour déplacer notre matériel de plongée sur la banquise. |
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| Selon la température atmosphérique, nos plongeurs s’équipaient bien à l’abri puis tiraient leur matériel ou partaient pour s’équiper plus tard sur le site de leur plongée. |

Joëlle et Erwan s’équipent sur la banquise. Il fait beau !
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Il convient ici de noter que cette marche était à chaque fois assez éprouvante. Lorsque cela était possible et pour alléger les « souffrances » nous avons pu utiliser un quad équipé d’une remorque sur patins: bonheur, joie sans mélange, nous avons apprécié les facilités que procure la motorisation ingénieuse. Ce fut alors la découverte heureuse d’un confort nouveau mais aussi l’octroi de petites aventures grisantes ajoutées à celles des immersions quotidiennes. Puis est venu le temps de la fonte et de la débâcle. La fonte d’abord nous a interdit l’utilisation du traîneau car nous passions au travers de la glace assez régulièrement pour nous faire mal, voir très mal, puis celle du quad car il menaçait de couler malgré le grand soin que nous prenions à choisir un itinéraire « fiable » de glace encore robuste entre l’abri côtier et nos sites de plongée.
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Un quad permet d’aller plus vite lors des déplacements. |
Antony nous aide avec le quad à transporter tout notre matériel vers le mat ionosphérique. |
Puis est venu le temps de la fonte et de la débâcle. La fonte d’abord nous a interdit l’utilisation du traîneau car nous passions au travers de la glace assez régulièrement pour nous faire mal, voir très mal, puis celle du quad car il menaçait de couler malgré le grand soin que nous prenions à choisir un itinéraire « fiable » de glace encore robuste entre l’abri côtier et nos sites de plongée. Puis, l’absence de glace ou de neige sur les parties terrestres de nos « randonnées » endommageant les patins des remorques, nous a conduit à utiliser les services de Fred et de son hélicoptère. Le matin, nous entreposions l’ensemble de notre équipement au sein d’une cage-palette et l’hélicoptère déposait ce matériel à proximité de nos sites de plongées. Facile. D’abord sur la glace puis, lorsque celle-ci est devenue trop fragile, sur la roche non loin de là. Toujours plus facile !
Maintenant que la glace s’est disloquée et s’en va lentement vers le large nous attendons de pouvoir disposer de l’embarcation semi-rigide de la base pour pouvoir naviguer, comme les années précédentes.
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Fred est pilote d’hélicoptère. Sur la base c’est l’efficacité et la bonne humeur dans une machine volante. |
Transport de matériel de plongée par hélicoptère |
Un fil d’Ariane.
L’autre grande nouveauté de cette troisième mission induite par la banquise est la présence d’un plafond lors de la plongée. Pour un plongeur ce n’est pas rien que d’avoir une seule issue de secours, une seule sortie pour retrouver l’air libre. Nous avons en effet percé ce plafond en deux sites où nous savions que la faune benthique à la verticale de ce trou était intéressante pour nos expériences. Nous avons alors installé une gueuse au fond afin de disposer d’une ligne de vie tendue entre ce trou dans le plafond et le fond. Ce bout rectiligne entre le fond et la surface, comme un fil d’Ariane, est une vraie sécurité pour les plongeurs. Et ce plafond est une contrainte car durant la plongée il est impératif de rester à proximité de cette ligne. Notre champ d’action sous l’eau est donc limité.
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Laurent remonte vers la surface, guidé par une ligne de vie tendue entre
le fond et la surface de la glace.
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Toujours rester à coté de cette ligne pour pouvoir remonter à tout instant. |
Plus de givre
Cette année la température de l’eau est plus basse (-1.8°C) que les années précédentes. Cette petite différence a son importance car nos détendeurs givrent plus facilement. Nous sortons fréquemment avec une gangue de glace autours du premier étage du système qui permet de détendre l’air de nos bouteilles. Un détendeur qui givre c’est finalement un détendeur qui ne fonctionne plus correctement et qui délivre de l’air en permanence. Ces givrages intempestifs qui induisent une sortie de l’eau immédiate, « pimentent » nos plongées.
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Détendre un gaz c’est perdre de l’énergie en « générant du froid ». L’eau est à -1,8°C et la détente de
l’air induit le gel de l’eau de mer sur nos détendeurs et le gel de l’eau de l’air dans nos détendeurs.
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Moins de lumière mais plus de couleur pour plus de poésie
La banquise diminue la lumière incidente tout en la tamisant. Ainsi les plongeurs découvrent une eau limpide, plus sombre certes, mais un décors encore plus magnifique que les années précédentes. De plus des algues se développent sous la glace et introduisent à ce décor des teintes jaunes ou vertes. Personne n’est jamais complètement relax sous ce couvercle de glace mais l’esthétique et la poésie de ces plongées sont immenses. Nous échantillonnons, déployons des capteurs et collectons des pétoncles dans… un conte sorti de l’imaginaire fou d’un poète amoureux… dans les tons pastels…dans une bande dessinée…dans nos souvenirs d’enfances émerveillées.
Les animaux qui sont au fond avec parfois des formes étranges associées aux couleurs douces de la glace et de l’eau nous emmènent dans des dessins de monsieur Ponti. C’est un peu 20 mille lieus sous les mers et voyage au centre de la terre avec des décors en aquarelles. La lumière est celle de Jean Gaumy…
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Echantillonnage à la seringue de microalgues coloniales se développant à l’envers sous la banquise.
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Sous la banquise la glace teintée de jaune.
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Sous la banquise la glace teintée de vert. |
Contemplation des secrets antarctiques.
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Plus de poésie
Comme le navigateur Bougainville qui mit « l’espoir de sa renommée dans une fleur », c’est avec l’enthousiasme et la joie des spectateurs avant que le rideau ne se lève que nous avons l’espoir d’instants forts de bonheur avant chacune de nos plongées sous glace. René Char a dit : « ceux qui cherchent ne découvrent que s’ils sont fiévreux ou éconduits… ». Nous étions accompagnés de cette chaleur douce d’espoir et nous nous souviendrons de ces vingt premières plongées. Un iceberg qui a fait naufrage, creu pour notre peur, bleu pour la légende de la jeunesse, se transforme, figé par la banquise, en une église glacée debout qui chavirera encore demain. Les plongées se suivent et nous rencontrons à chaque fois une charmante bulle d’images insensées, belles, nouvelles, éclatantes et surréalistes. Tous ces voyages initiatiques au centre de la peinture nous laissent voir des murailles de couleurs sous des plafonds émeraudes ou jaunes d’automne. La beauté est saisissante. Infinie. Notre fièvre bat et nous palmons. Nous nous promenons au bord de la folie de cette petite partie de nature que nous avons cru connaître un peu. Du bout des dents nous tenons nos détendeurs. La vie accrochée à nos bouches. Nos lèvres éclatent un peu. Le froid apparaît, cassant la mélodie. Le charme. Retours vers cette lumière là-haut. Nous laissons là ces peuplements luxuriants et ces comportements exotiques pour rejoindre la plaie circulaire que nous avons ouverte dans la glace. Plus lumineuse qu’avant. Notre vue s’était habituée à la subtilité des pierreries lumineuses sous-marines. Notre trop lourde armure de plongeur nous laisse fatigués. Couchés sur la glace, mordus aux bouts des doigts trop simplement humain. Iris frappé par un soleil trop fort. Avec les doux bruits du réconfort de surface. « ça va ? » ; Allons manger nous parlerons. Commence alors le naufrage. Nos trop maigres mots ne parviennent jamais ensemble à dessiner fidèlement les contours de nos cœurs. A chaque plongée, à chaque voyage, ce que nous avons vu est trop immense pour n’être que photographié. Les images toujours magiques et pleines de partages, aux travers des lentilles, ne ramènent que rarement la magie complète de l’instant vécu sous l’eau. Il serait mieux de le peindre ! Mieux encore envoyons Char pour la description de ce nu ou Prévert pour nous faire un inventaire. Ce que nous ramenons est trop fragile pour ne pas éclater de division lorsque des scientifiques tentent une trop exacte description. Il y a dans cette nature marine mystérieuse toute les esthétiques et toutes les poésies qui, sœurs, font perdrent toute compétence aux hommes de peu de lettres. S’immerger sous la glace antarctique pour être submergé par sa face poétique… c’est le quotidien de chanceux biologistes en 2007 et 2008 à la Pointe Géologie, 67° sud.
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L’éclairage par les pierreries de la glace, de l’eau et du soleil ressemble à
un blues de Jean Gaumy l’âme submergée par une vague de glace.
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