Les manchots apprennent à voler avec un vent barbare


Le vent catabatique souffle sur l’archipel Pointe Géologie et c’est une leçon d’humilité. Jours après jours nous avions scruté, sans modestie aucune, le fond de la mer. Nous avions cessé de parler du ciel toujours bleu. Le vent était nul. La mer était belle.


Des manchots Adélie « profitent » de l’été austral.

La mer est calme sous un soleil d’or.

Le temps était à l’insouciance scientifique blotti dans un été en antarctique sans précédent par sa constante clémence et par sa douceur. Puis, hier, un torrent atmosphérique s’est imposé dans ce paysage trop calme. Ce vent vient du Sud, froid comme les vents du nord des côtes aux bateaux éventrés… en armorique. Comme une goutte trop épaisse et trop grosse, il s’est enfuit du pôle pour courir vers la mer. Il a dévalé la pente du continent antarctique. Il va vite. Arrivant sur notre île, cent puis cent cinquante kilomètres par heure, avec des rafales hargneuses, ce vent bouscule nos habitudes, nos lits, les manchots et leurs poussins encore duveteux. Les volutes du vent, trop promptes, buttent contre les icebergs


Tempête sur l’archipel Pointe Géologie. Les icebergs reculent !

Cap prud’homme dans la tempête.

contre la statue de bronze de Dumont D’Urville, contre la poste et contre notre témérité.


Dumont D’Urville (son bronze) attend.


La poste française la plus sud au monde attend la tempête.

L’eau et le souffle sont devenues écume salée. Pour dire vrai, selon ses caprices, ce vent fou du sud matte le dos plat de l’océan ou bien le cabre en clapot superbe lorsqu’il se réfugie entre deux colosses de glace. Les tables monumentalement givrées, encrées sur des granites sans âge et sur des éponges sans force, se brisent et c’est ainsi que les icebergs reprennent aujourd’hui leur course vers le large, vers quelques étraves à déchirer peut-être. La vérité de l’hiver est là. C’est le glas de nos prétentions d’hommes désireux d’explorer un peu plus cette nature froide. Les bateaux sont à quai, sanglés au sol. Notre matériel est sec. La mission s’efface. Mais le spectacle continu… avec un nouvel acteur impétueux qui s’est lancé dans un monologue tempétueux pour occuper toute la scène. Quasiment seul ! Nous lui pardonnons ses ambitions car le nouveau décore de cet acte est magnifiquement austère et blanc. Le choc des glaçons, les embruns gelés sur la roche, les rafales de givre, l’écume de la folie catabatique, tout est blanc sous notre ciel devenu noir. La vieille fanfare confortable s’en est allée avec les fleurs antarctiques qui ne doivent pas exister. De jeunes musiciens jouent trop fort des cuivres.


L’eau est arrachée de la mer par la force du vent. Elle devient blanche !

Le ciel s’est obscurci.