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CONFÉRENCES du D.U. “ Langues et Cultures
de la Bretagne ”
Brest : Vendredi 11 décembre 1998
(Faculté Victor Segalen – Salle des thèses C219, 2e étage)
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9 h 00 Gaël MILIN “ Fées le firent en une ysle de mer ” : l’imaginaire technologique dans la littérature narrative des XIIe-XIIIe siècles 9 h 30 Jean-François SIMON Les maçons, des démiurges qui s’ignorent ? 10 h 00 Pierrick MELLOUËT Le faucheur traditionnel en Léon : pratiques, croyances et dits relatifs à la fenaison réalisée au moyen de la faux 10 h 30 Discussion 14 h 00 Louis ELEGOËT L’apiculture en Basse-Bretagne au XVIIIe siècle 14 h 30 Daniel GIRAUDON Le forgeron au village 15 h 00 Dominique DERRIEN Tanneurs et tanneries de Bretagne, de la fin du Moyen Age à l’époque contemporaine 15 h 30 Discussion
Gaël MILIN “ Fées le firent en une ysle de mer ” : l’imaginaire technologique dans la littérature narrative des XIIe-XIIIe siècles
“ Ne parlerai de peletiers ne de vilains ne de bouchiers, ”Jean-François SIMON Les maçons, des démiurges qui s’ignorent ?
déclare, dans son prologue, l’auteur anonyme du Roman de Thèbes (ca. 1150) ; de fait les lais, les romans (“ antiques ” ou bretons) des XIIe-XIIIe s., qui s’adressent “ aux clercs et aux chevaliers ” (v. 14 de Thèbes), ne font que de rarissimes et brévissimes allusions aux gens de métier. Ces références n’en sont que plus intéressantes : elles montrent, par exemple, la lente émergence dans les représentations, et sous des formes de plus en plus diversifiées, de la ville (à côté de la forêt, du gué, du verger, du château, et bien après eux…) ; elles renseignent surtout sur l’imaginaire technologique médiéval : on dira un mot des sources auxquelles il puise et qui apparaissent dans les référents culturels (Salomon, Virgile, Galant, les fées…) ; on notera la valorisation (non sans ambiguïté) du fevre (le “ forgeron ”), le glissement constant du technique vers le magique, savoirs et savoir-faire étant mis au compte de l’Autre (Salomon, Galant…), de l’Ailleurs (Constantinople, Bagdad ou Avalon), ou de l’Autrefois (Virgile, ou les géants autochtones et originels)…Un constat est à l’origine de cette interrogation : il y a en effet une étonnante contradiction entre, d’un côté, la réputation peu flatteuse dont jouissent dans l’opinion générale les maçons et notamment les plus anciens d’entre eux et, d’un autre côté, les attentions particulières qui leur sont réservées sur les chantiers où leur métier les mène.
L’explication vient sans doute pour partie de l’importance de la tâche qui leur est confiée et qui exige la mise en œuvre optimale de leur savoir-faire technique pour construire efficacement l’habitation des hommes, mais alors on ne voit pas pourquoi les autres corps de métier qui se succèdent sur le chantier ne bénéficieraient pas de semblables égards et, de l’aveu même des intéressés, c’est loin d’être le cas !
Dans de telles conditions, ne faut-il pas envisager que les maçons puissent être considérés comme seuls capables d’apporter quelque chose de plus, de disposer par exemple de quelque “ pouvoir ” particulier leur donnant la possibilité d’introduire dans les meilleures conditions une nouvelle maison dans l’espace ? Ne serait-ce pas la raison qui fait que l’on cherche à chaque instant à se les concilier ?
Telle est du moins l’hypothèse que je m’efforcerai d’examiner en me demandant si les maçons ne sont pas en définitive de véritables démiurges qui, par la pratique des rites de fondation, peuvent être jugés les plus à même de rendre habitable la portion d’espace retenue pour habiter. C’est plus exactement à ce titre qu’ils feraient l’objet de tant de sollicitudes.
Pierrick MELLOUËT Le faucheur traditionnel en Léon : pratiques, croyances et dits relatifs à la fenaison réalisée au moyen de la fauxConnue dès l’âge du bronze, la faux fut dans le Léon l’outil privilégié pour la coupe du foin – et parfois des céréales – jusqu’aux années 1950. La fenaison était l’œuvre d’équipes de faucheurs allant d’exploitation en exploitation au gré des sollicitations dont le “ chef ar stroadenn ” (chef d’équipe) faisait l’objet de la part des paysans employeurs. Activité de bon rapport, le fauchage exige de ses pratiquants un savoir-faire spécifique illustré de façon imagée par la langue bretonne. La difficulté de l’exercice confère aux faucheurs un certain statut dans la société paysanne. A Bourg-Blanc, leur activité est même sacralisée lors de la cérémonie du Sacré Cœur (gouel ar galon zakr) au mois de juin.
Louis ELEGOËT L’apiculture en Basse-Bretagne au XVIIIe siècleAu XVIIIe siècle, l’élevage des abeilles occupe une place importante en Basse-Bretagne : le miel et la cire exportés par le port de Morlaix, en 1788, représentent la valeur d’environ 2 000 chevaux. Il est pourtant pratiqué d’une manière primitive : les ruches destinées à être récoltées sont étouffées au soufre. L’apiculture apporte, quelquefois, de précieux compléments de revenus aux paysans qui s’y adonnent. Il est fréquent que les ruches soient possédées “ à mi-croît ” ou en copropriété.
Au début de l’automne, elles sont vendues au poids – contenant et contenu – à l’occasion de marchés et de foires. Elles sont essentiellement acquises par des marchands spécialisés qui se chargent d’en extraire le miel et d’épurer la cire. Ces deux produits sont ensuite vendus à des négociants qui les exportent vers l’étranger ou vers diverses villes françaises.
Daniel GIRAUDON Le forgeron au villageJusqu’à l’arrivée des tracteurs à la fin des années cinquante, début des années soixante, le forgeron, homme du fer et des chevaux, a occupé une place centrale dans l’activité des campagnes bretonnes. Produisant pour les agriculteurs de la communauté les indispensables outils agricoles, complétant l’équipement domestique, entretenant et réparant cet outillage et surtout ferrant les bêtes de somme et de labour, il a joué un rôle essentiel dans l’économie du village. A ses talents d’artisan, il a pendant longtemps ajouté ceux de vétérinaire, de dentiste ou de guérisseur avec parfois le seul souci de rendre service. Il a, pour ces raisons, bénéficié de la considération de tous ou presque, entretenant des rapports étroits avec sa clientèle. Comme a pu l’être le lavoir pour les femmes, la forge – et le café attenant – a été le lieu privilégié de rendez-vous des hommes où s’échangeaient blagues et nouvelles locales. Les enfants aussi s’y attardaient, fascinés par le feu, les chevaux, et par la force de celui qui martelait l’enclume. A la lumière d’une enquête de terrain auprès d’une dizaine d’anciens de la profession, nous essaierons de retracer le rayonnement du forgeron, au fer et à la monture comme d’autres en son temps étaient au four et au moulin, avant sa reconversion dans la ferronnerie, la réparation mécanique ou la vente de machines-outils.
Dominique DERRIEN Tanneurs et tanneries de Bretagne, de la fin du Moyen Age à l’époque contemporaineAttestée en Armorique depuis la plus lointaine Préhistoire, la tannerie présente plusieurs particularités dans l’histoire des métiers et des industries en Bretagne. Sa longévité fut exceptionnelle puisque la majeure partie des derniers ateliers mirent un terme à leur activité seulement au cours des années 1960. Cette histoire n’est du reste pas tout à fait close car une usine fonctionne toujours à Callac. Cette industrie joue aussi un rôle d’interface entre plusieurs mondes économiques et sociaux : entre celui des villes et celui des campagnes, entre celui de l’ager et du saltus ou encore entre les diverses catégories de marchands fabricants qui composaient le tissu industriel breton. Les tanneurs, à l’image de l’opposition existant entre le caractère abject des matières premières utilisées et la noblesse du produit fini, appartinrent à la fois au monde des exclus et, dans certains cas, à celui des marchands ayant pignon sur rue.
On ne peut cependant dépeindre les grands traits de cette histoire qu’à partir du XVe siècle, les sources faisant défaut. Au cours de ce siècle, cette proto-industrie se développe dans les villes du duché avant d’essaimer dans des zones périurbaines et dans certaines campagnes. Les modèles d’organisation qui émergent alors perdurent, dans leurs grandes lignes, jusqu’au milieu du XIXe siècle qui correspond à une phase de stagnation et de déclin. Cette dernière n’est toutefois que temporaire. L’essor de l’industrie de la chaussure à Fougères insuffle un nouvel essor qui connaît des prolongements jusqu’à une date avancée dans le XXe siècle.
Outre la définition des grands cycles économiques repérables, la présentation de cette proto-industrie sera aussi l’occasion d’aborder ses formes d’organisation successives, ses acteurs et les vestiges architecturaux qui en constituent les empreintes dans les anciens sites de production