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Naissance d'un projetProfondément inséré dans son environnement, à la fois dans sa réalité géographique et sa dimension historique, le CRBC s'est longtemps intéressé de façon prioritaire aux populations rurales d'une Bretagne qui fut plus tardivement concernée par la croissance urbaine que la moyenne nationale et qui reste aujourd'hui encore la première région agricole française.Cette forte ruralité de la région entraîne, du reste, un caractère plus marqué qu'ailleurs du contraste entre campagnes et villes et cette plus grande facilité à définir l'objet de recherche fournit une première explication de l'intérêt que le Centre montre, à travers le projet présenté ici, aux questions urbaines.
Relativement nouveau pour beaucoup de chercheurs, soucieux d'échapper à une éventuelle sclérose en diversifiant leurs terrains d'étude, cet intérêt est partagé non seulement par nombre de spécialistes des sciences humaines et sociales mais également par des collègues littéraires ou linguistes, et tous se sont mis d'accord pour travailler de concert non pas sur la ville en général, mais sur la ville maritime.
La position géographique de l'UBO, la présence d'autres équipes de recherche travaillant sur le domaine maritime à l'Université (c'est là, du reste, aujourd'hui le plus puissamment développé de ses axes forts de recherche), la proximité du Service historique de la Marine (à Brest) ou du Chasse-marée (à Douarnenez), la candidature de Brest (Ville, Marine, Université) au titre de Pôle associé de la mer à la Très Grande Bibliothèque, l'intérêt marqué pour la mer par les instances européennes, voilà quelques-unes des motivations de l'éclosion de ce projet, sans même parler d'évolutions récentes dans le rapport à la mer, comme l'engouement pour le patrimoine maritime ou, plus anecdotique, l'inscription à l'Université d'étudiants étrangers à la région attirés ici par les loisirs liés à la mer.
ProblématiqueCe projet de recherche vise à étudier la manière dont les activités maritimes modèlent la ville. On se demandera notamment si elles engendrent des types de ville et des pratiques urbaines spécifiques.Pour répondre à cette double interrogation, la démarche se fait dans une perspective comparative et elle est interdisciplinaire.
La démarche comparatiste est facilitée par les liens privilégiés que l'Université de Brest entretient avec les établissements comparables d'autres villes maritimes (par exemple Plymouth ou Cadix) et par la présence au CRBC de spécialistes des pays celtiques autres que la Bretagne qui autorise beaucoup d'espoirs pour ce qui est des parallèles entre la France et les Iles Britanniques. La comparaison paraît nécessaire en raison de la diversité des ensembles urbains qui se sont développés près des côtes. La marine de guerre, le commerce maritime, la pêche et les activités induites, le tourisme et la plaisance sont à l'origine de concentrations de populations aux caractéristiques particulières. On étudiera l'influence de leur présence et de leur importance respective sur le développement urbain et sur l'organisation même de la ville, en espérant qu'au-delà des spécificités propres à chacune des villes apparaîtront des traits communs.
L'interdisciplinarité – inscrite dans les ambitions du Centre – de cette approche est évidente. Le programme prévoit, bien sûr, la mise en œuvre de perspectives et de méthodes communes et la confrontation de résultats obtenus par les différentes disciplines.
On imagine par exemple aisément la contribution de différentes approches à la compréhension des phénomènes de distribution spatiale des populations maritimes. Elle suppose, bien sûr, l'étude géographique et urbanistique des espaces urbains différenciés de manière fonctionnelle (ports, entreprises, résidences ...), mais aussi en termes hiérarchiques en raison des diversités sociales existant au sein de chacune des populations maritimes. On s'interrogera sur l'impact de l'immigration – par exemple celle des îliens d'Ouessant à Brest ou, beaucoup plus massive, celle des Irlandais dans les ports de Grande-Bretagne –, sur les pratiques (que l'ethnologue a l'habitude de caractériser), y compris les particularités langagières qui exigent l'intervention d'autres spécialistes. L'archéologue et l'historien diront comment se sont répartis les habitants dans le temps, et le collègue littéraire évoquera avec le psychologue les images liées à chaque sous-ensemble urbain, qu'il faille aller les chercher dans l'inexprimé des citadins ou bien qu'elles soient analysables dans l'oeuvre du romancier ou celle du cinéaste.
Réalisations : premiers objectifs et horizons plus lointainsLa mise en œuvre du projet ville maritime se traduit par un effort dans trois directions : documentation, pédagogie, valorisation.L'Université, l'IFREMER et l'ORSTOM ont conçu le projet d'un CEDM, Centre d'Etudes et de Documentation sur la Mer, mettant en commun, dans un bâtiment dont les travaux de construction doivent débuter dans les mois qui viennent, leurs ressources documentaires. Celles-ci restent un peu réduites dans les domaines de recherche du CRBC, dont la bibliothèque va s'enrichir, en liaison étroite avec le Service Commun de Documentation Universitaire, pour fournir aux chercheurs impliqués dans le projet évoqué ici et à l'ensemble du monde scientifique un maximum d'instruments disponibles sur place.
Instruments indispensables également à ceux des étudiants avancés qui orienteront leur activité de recherche naissante dans la même direction. Le DEA de Civilisation et de Culture de la Bretagne, qui prend appui sur le CRBC, est évidemment le lieu idéal pour la mise en place d'enseignements de méthodologie et l'organisation de séminaires, mais la présence en même temps à l'Université de forts contingents d'étudiants de maîtrise dans les diverses disciplines concernées par le projet permettra d'entamer, avant même le 3 cycle, la formation de jeunes chercheurs.
Les meilleurs de leurs travaux pourront, concurremment à ceux des membres du Centre, être présentés devant un auditoire plus large. Une diffusion des premiers résultats a d'ailleurs été assurée en 1996, en liaison avec le gigantesque rassemblement de Brest-Douarnenez 96. Le CRBC a organisé, en prélude à cette grande manifestation, un colloque international, du 9 au 11 juillet 1996, avec l'appui des collectivités locales (Ville et Communauté Urbaine de Brest, Conseil Régional de Bretagne). Cette rencontre a constitué en même temps pour le Centre une nouvelle occasion de collaboration avec un autre laboratoire associé au CNRS, Géolittomer, dont l'équipe brestoise a été intégrée au comité d'organisation.
Le programme, présenté en annexe, témoigne de la variété géographique et de l'ouverture pluridisciplinaire de ce colloque consacré à La ville maritime : temps, espaces, représentations. Réunis dans une seule salle, pour aider à la naissance d'une synergie généralement féconde – et ici elle le fut –, une bonne centaine de participants ont écouté les deux douzaines d'interventions présentées par quelque trente auteurs et pris une part active à des discussions, qui ont apporté un tel complément de richesse aux communications qu'il devenait impensable de ne pas les intégrer dans la publication des actes.
Celle-ci a été réalisée par les seuls soins du CRBC avant la fin de l'année 1996, petite prouesse technique d'autant plus remarquable qu'elle a été accomplie dans des conditions matérielles difficiles, en l'absence de Presses Universitaires à Brest. Moins de six mois après la fin du colloque, un volume fort de 359 pages a pourtant pu être mis à la disposition de la communauté scientifique bien sûr, mais également d'un public plus large, et notamment des décideurs, confrontés aux difficultés actuelles de nombre de villes maritimes, à commencer par celle où s'est tenu le colloque.
Parallèlement à cette rencontre, le CRBC a été partie prenante dans une exposition de photographies, prises au hasard de ses voyages sur toutes les mers du monde, dans la première moitié du XXe siècle, par un officier mécanicien brestois, Alphonse François Desnost.
Le programme ville maritime se prolonge actuellement par la préparation d'une Histoire de Brest, qui remplacera une autre œuvre collective du CRBC sur le même sujet vieille déjà de deux décennies. La direction de cet ouvrage a été confiée à Marie-Thérèse Cloître, auteur notamment d'une thèse sur Brest sous le Second Empire et du Brest de l'Atlas historique des villes de France, publié par le CNRS. L'équipe de collaborateurs a été réunie, le plan mis au point, l'éditeur trouvé, et le livre devrait sortir avant la fin de 1998. Ce sera aussi une sorte de bouquet final rassemblant sous une forme condensée le résultat des recherches qui, pendant les deux premières années, ont porté essentiellement sur la ville d'implantation du Centre, au moment où se développera une réflexion sur l'état d'avancement du projet, sur la pertinence de le continuer avec exactement la même problématique ou la nécessité de s'orienter vers d'autres études, en privilégiant par exemple l'un des champs de recherche contenus dans le titre, la ville et la mer.