Découverte scientifique

Image

Empêcher des virus de se cacher : une nouvelle méthode de lutte contre le cancer

Une collaboration menée par l’équipe de Marc Blondel du laboratoire de Génétique Génomique Fonctionnelle et Biotechnologie de Brest (Unité INSERM - UMR1078)1 avec trois autres équipes françaises INSERM2 explore une nouvelle piste thérapeutique pour lutter contre le virus d’Epstein-Barr (EBV), responsable de 2 à 3% des cancers dans le monde.

La méthode : agir directement sur la capacité du virus à échapper au système immunitaire.

L’oncovirus EBV est à l’origine de certains cancers parmi lesquels les lymphomes d’Hodgkin et de Burkitt, 10% des cancers gastriques ou encore le carcinome nasopharyngé, un des cancers masculins les plus fréquents en Chine et en Tunisie. Infectant près de 95% de la population, EBV reste latent chez la plupart des malades et échappe ainsi au système immunitaire.

Toutefois, pour maintenir cette « furtivité », le virus est dans l’obligation de limiter le taux de sa « protéine de maintenance », EBNA1, dans les cellules infectées. En effet, bien qu’indispensable à la réplication du virus, EBNA1 est également très facilement détectable par les Lymphocytes T (LT) du système immunitaire ! Le virus va donc maintenir sa production en quantité minimale pour lui permettre de se répliquer mais suffisamment basse pour échapper au LT…

Les recherches des scientifiques, dont les résultats sont parus dans la revue Nature Communication en juillet dernier, ont permis d’identifier et de décrypter le rôle d’une protéine produite par les cellules hôtes des personnes infectées et indispensable à la furtivité d’EBNA1 : la nucléoline. En trouvant des composés agissant directement sur la nucléoline, les équipes souhaitent empêcher EBNA1 d’échapper au système immunitaire. C’est par exemple le cas pour la petite molécule PhenDC3. Celle-ci est capable d’interférer avec la furtivité d’EBNA1 et les chercheurs ont d’ores et déjà déposé un brevet quant à son utilisation dans la lutte contre les cancers provoqués par le virus d’Epstein-Barr.

1- UMR 1078 : Laboratoire de Génétique, Génomique Fonctionnelle & Biotechnologie (INSERM, UBO, EFS, CHRU) dirigé par Emmanuelle Génin.

2 –équipe Inserm UMR1162 « Cibles Thérapeutiques » de Robin Fåhraeus à l’hôpital Saint Louis à Paris, équipe Inserm U1196 « Chemistry, Modelling & Imaging for Biology » de Marie-Paule Teulade-Fichou à l’Institut Curie d’Orsay et unité UMR1227 « Lymphocytes B & Autoimmunité » de Christophe Jamin à Brest (directeur : Jacques-Olivier Pers). Deux doctorants de l'Ecole Doctorale "SICMA" sont également impliqués dans cette collaboration : MJ.Lista et O.Billant

3- Consulter la publication originale