L'autisme en classe ordinaire

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Alors que la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme vient de se terminer, où en est l’intégration à l’école des élèves souffrant de ce trouble neurodéveloppemental ? Rencontre avec Pascale Planche, professeure à l'UBO.

Depuis la loi du 11 février 2005 pour « l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », l’Education Nationale est tenue d’accueillir tous les enfants dans les classes, qu’ils soient ou non en situation de handicap. Pascale Planche, professeure en psychologie du développement à l’UBO et chercheure au CREAD1 fait le point sur la scolarisation en classe "ordinaire" des personnes autistes.

"Il n'y pas qu'un autisme"

« La première chose à préciser, c’est qu’il n’y a pas un autisme mais des autismes. De la même manière que toutes les personnes « neurotypiques » - c’est à dire non autistes– ne sont pas similaires, les manifestations de ce trouble varient énormément d’un individu à l’autre » explique Pascale Planche. Le Professeur Planche conduit des recherches dans le but de mieux connaître le fonctionnement cognitif, affectif et social des jeunes atteints de ce qu’on appelle désormais ce « trouble du spectre de l’autisme » (TSA). L’objectif de ses travaux est de contribuer à l’amélioration de la démarche diagnostique, de la prise en charge et de l’intégration scolaire des enfants avec autisme.

Enseigner à un autiste, une mission difficile ?

Ces analyses permettent de développer de nouvelles pratiques pédagogiques et donnent aux enseignants des « clefs » pouvant être directement utilisées avec les élèves autistes. Car depuis 2013, on ne parle plus d’intégration, mais bien d’inclusion. C’est en effet à l’école de se préparer à l’accueil d’une personne souffrant d’un handicap et non à cette personne de se fondre dans le moule. « Les enseignants peuvent par exemple élaborer un emploi du temps en images. Cela permet à l’élève d’anticiper ce qu’il va se passer et réduit ses angoisses » explique la chercheuse. « Un autre grand moment de stress est la récréation. C’est un instant de détente pour la plupart des enfants mais pas forcément pour un jeune autiste car il est complétement livré à lui-même et bombardé de multiples stimulations qu’il ne saura pas traiter. Par contre, son instituteur peut rétablir un cadre en lui proposant de rester en classe accompagné de son AVS ou d’avoir accès à la bibliothèque. Ce sont des astuces faciles à mettre en place » continue-t-elle. « Encore faut-il les connaître… ».

Des enseignants en manque de formation…

Depuis la promulgation de la loi de 2005, le nombre d’élèves scolarisés en situation de handicap a plus que doublé. Toutefois, les enseignants se sentent encore démunis face à des enfants différents qu’il faut accompagner avec des dispositifs pédagogiques spécifiques. Les études de la chercheuse et de ses étudiants montrent d’ailleurs que même si les parents souhaitent sociabiliser leur enfant en l’inscrivant à l’école, leur préoccupation principale reste l’apprentissage. À la demande de l’Institut de Formation des Professeurs de Bretagne (IFP) et de l’Éducation Nationale, Pascale Planche est intervenue dans la formation continue des enseignants. « C’est déjà quelque chose mais c’est insuffisant » selon elle. « Les professeurs doivent recevoir, dès la formation initiale, tous les apports nécessaires à l’accueil des élèves en situation de handicap et notamment des élèves avec autisme. Il ne suffit pas de mettre des enfants ensemble dans un même espace pour qu’il y ait intégration… ! Il faut les intégrer, les faire participer, qu’ils soient « avec » et non « à côté ». Mais pour cela, il faut être formé… ». Car la scolarisation des enfants autistes n’est pas impossible. Pour preuve, l’UBO compte parmi ces effectifs plusieurs étudiants atteints de ce trouble neurodéveloppemental. Après une scolarisation classique, ils préparent notamment le CAPES d’histoire ou encore le métier de psychologue !

1 - Centre de Recherches sur l’Education, les Apprentissages et la Didactique - UBO