UBO - Université de Bretagne Occidentale
 
Altérations des agrumes

Le terme d'agrumes désigne habituellement toutes les variétés comestibles du genre Citrus classées ensuite en sept grands groupes : oranges, pomelos, citrons, limes, pamplemousses, mandarines, cédrats.
Les agrumes constituent l'ensemble le plus important de fruitiers répandus dans la totalité des zones tropicales et subtropicales du globes. Mais la souplesse d'adaptation aux climats les plus divers de ces nombreuses variétés, fait qu'il est possible de les cultiver dans des régions aussi différentes que les zones équatoriales humides, les zones sahélo-soudaniennes sèches ou les zones subtropicales fraîches.

Les agrumes sont des fruits non climactériques. Au cours de leur croissance et de leur développement, ils acquièrent progressivement sur l'arbre leurs qualités physiologiques et gustatives optimales. Ils sont donc récoltés mûrs et immédiatement consommables. Récoltés en bonne période, les agrumes se conservent bien pendant plusieurs semaines, à condition de respecter certaines conditions. Chaque grand groupe a ses propres exigences.

 

Flore d'altération

La diversité des variétés d'agrumes et celle des climats des grandes zones de production et de consommation ont pour conséquence d'attirer une égale diversité de pathogènes. Certains sont plus spécifiques d'un groupe de fruits, d'autres sont plus liés à une zone climatique.

 

Penicillium digitatum (pourriture verte) et Penicillium italicum (pourriture bleue)

Penicillium

Ces deux Penicillium sont responsables de plus de 80 % des pourritures des agrumes ; toutes les espèces et variétés y sont sensibles.

Ces champignons existent dans le monde entier. Ils sont présents en permanence et tout au long de la chaîne, depuis le verger jusqu'aux réfrigérateurs domestiques, en passant par les stations d'emballage, les véhicules de transports, les entrepôts, les magasins de demi-gros et les détail.

Ces deux espèces sont systématiquement associées, mais leur biologie diffèrent par leur mode d'infection et par les symptômes qu'elles provoquent.

P. digitatum sur orange

 

 

Penicillium digitatum : moisissure verte très fréquente.

Altération de couleur gris vert avec une frange blanche large et diffuse. Odeur d'éther (production d'éthylène). Le péricarpe s'affaisse, le champignon sporule en surface. Tendance à adhérer au papier, le fruit se momifie.
Pourriture moins liquide et plus ferme que celle due au Penicillium italicum mais le fruit est plus ratatiné.
Le mycélium est veloutée asymétrique.

Penicillium italicum : moisissure bleue très fréquente.

Altération de couleur bleu-vert avec une frange blanche étroite, entourée par un halo de tissu déliquescent. Les tissus sous-jacents s'affaissent, l'altération est plus profonde que celle due au Penicillium digitatum.
Pourriture plus molle est plus liquide que celle due au P. digitatum le papier n'a pas tendance à adhérer.
Le mycélium est asymétrique fasciculé (Corémies) les conidies sont fortement elliptiques.

Les deux espèces peuvent cohabiter sur un même fruit, P. italicum venant parfois se surimposer à P. digitatum, mais jamais l'inverse.

 

Aspergillus sp.

Les pourritures à Aspergillus sp. peuvent toucher toutes les variétés d'agrumes ; elles se développent préférentiellement en entrepôt lorsque les températures sont supérieures à 15°C.
L'espèce Aspergillus niger, la plus fréquente, provoque une pourriture molle épidermique et est accompagnée d'une odeur caractéristique de fermentation. Initialement de couleur claire, elle se couvre ensuite d'amas de spores noires.

 

Alternaria citri

Pourriture noire, alternariose des agrumes.

Les spores d'Alternaria sp. sont présentes toute l'année dans les vergers ; on les retrouve fréquemment dans les entrepôts.
C'est un pathogène de blessures (grattages d'épiderme, plaie de coupe du pédoncule), mais il pénètre surtout dans les fruits par les ouvertures naturelles (ombilic, cicatrice stylaire, craquelures de base du pédoncule).

Peu visible extérieurement, car le champignon s'installe en profondeur et nécrose la pulpe, sauf dans le cas d'une attaque sur lésions accidentelles.
Selon le point de pénétration la pourriture noire sera sèche ou molle.
Sur l'épiderme il provoque une pourriture noire, molle, déprimée et entourée d'une bordure brunâtre, qui se développe en entrepôt même à des températures basses.
Dans le fruits, il colonise l'axe central et les quartiers ; les tissus noircissent. Cette pourriture interne se développe au verger et en entrepôt ; elle est indécelable à la cueillette. Les oranges Navel, les mandarines et les citrons sont les variétés les plus souvent atteintes.

Les fruits, même faiblement contaminés, sont impropres à la consommation et à la fabrication de jus.

Alternaria sur pomelo
 

Alternaria sp. sur pomelo

En fait sous le nom d'A. citri sont regroupés quatre espèces A. chartatum, A tenuis, A. consortiale à spores brunes et A. tenuissima à spores plutôt jaunes.
Ces quatres Alternaria se distinguent par la forme de leurs spores et des chaînes de spores.

 

Cladosporium herbarum

Ce pathogène est devenu fréquent sur de nombreuses variétés d'agrumes, en Espagne notamment. Il est présent sur différents débris végétaux en décomposition dans les vergers, et contamine les fruits pendant la cueillette.
Son action est similaire à celle d'Alternaria : il colonise les blessures d'épiderme, la zone stylaire, l'ombilic des variétés Navel et la base des pédoncules.
Sur la peau, il provoque une nécrose brunâtre souple qui se recouvre progressivement d'un mycélium gris-vert. Dans la zone stylaire, il reste superficiel mais les attaques pédonculaires précoces envahissent ensuite l'axe central.

 

Geotrichum candidum

Ce champignon induit l'une des plus importante et des plus nauséabondes pourritures des agrumes (pourriture amère). Elle s'observe sur toutes les variétés, mais plus fréquemment sur les groupes des citrons et des pomelos.
C'est un champignon du sol qui contamine les fruits tombés à terre ou en contact avec des particules de terre souillant les caisses de récolte, lors des périodes pluvieuses.
Pourriture un peu brune d'aspect gluant glaireux (laiteuse) ; les parties atteintes sont rapidement molles, aqueuses et de couleur claire.
L'épiderme, les cloisons et les vésicules à jus sont entièrement dégradés, et le fruit se transforme en une bouillie coulante, sale, d'odeur indésirable mais attractive pour les mouches du vinaigre (drosophiles). La contamination s'étend de fruit en fruit, au cours de stockage.

Geotrichum candidum
Le mycélium produit des arthrospores claires.

 

Trichoderma viride

C'est un agent fréquent et important des agrumes entreposés. Il colonise de préférences les blessures profondes d'épiderme. Il induit, autour du point de pénétration, une large zone brune, souple au toucher, qui se couvre progressivement d'un mycélium blanc, ponctué ensuite de petits amas de spores vert émeraude plus au moins foncé.
L'odeur des fruits atteints rappelle celle de la noix de coco.
Présent en permanence dans les sols de vergers, il contamine les fruits en contact avec des particules de terre au moment de la récolte.

 

Phytophthora sp.

N'importe quelle espèce du genre Phytophthora inféodée aux agrumes, peut occasionner ce qu'on appelle communément "la pourriture brune à Phytophthora".
En principe les fruits de toutes les variétés peuvent être infectés, mais il existe quelques légères différences de sensibilité. Ainsi les oranges se révèlent être plus souvent atteintes que les citrons ou les mandarines.
Toutes les espèces de Phytophthora provoquent les mêmes symptômes. Ils s'expriment au début par une décoloration ponctuelle de la peau, vert clair sur les citrons non mûrs, brun clair sur les oranges à maturité. Ensuite la zone nécrosée s'étend et se colore de différentes teintes, plus ou moins foncées de brun, selon les fruits.
Les tissus demeurent souples et ne cèdent pas sous la pression des doigts. Plus tardivement les fruits atteints se désagrègent totalement. Une odeur caractéristique est liée à cette pourriture ; elles provient de la décomposition des huiles essentielles libérées par la progression du parasite dans le flavedo.
En entrepôt, un fin feutrage mycélien blanc apparaît dans les zones brunes atteintes.
Au verger, les fruits, surtout ceux situés sur les branches basses, sont infectés par les éclaboussures de pluie ou par les irrigations sous frondaison entraînant les spores.
Au conditionnement les eaux de lavage sont souvent contaminées. En entrepôt la pourriture s'étend de fruit en fruit par contact.

Phytophthora parasitica
Pourriture brune pouvant affecter tout le fruit.
Odeur forte acre, pharmaceutique.
Le mycélium peut apparaître en surface : efflorescence blanche fragile, en particulier en chambre humide.
Sporocyste avec une papille apicale.

 

Phomopsis citri

Melanose.
Pourriture brun cannelle puis brun foncé, débutant dans la région pédoncule vert, puis s'étendant à tout le fruit, ponctuée de petites masses sclérotiques noires.
Les tissus sous-jacents ramollissent.

 

Colletotrichum gleosporioides

Antracnose
Altération brune à contours nets, légèrement déprimée, ramollissement des tissus. La peau semble déshydratée les glandes sécrétrices apparaissent en creux, comme des pores.
Pas de fructification en surface.
À l'intérieur mycélium peu abondant, blanchâtre avec des hyphes noirs.
Acervules avec des masses glaireuses de spores roses.
Pourriture sèche.

 

 

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