UBO - Université de Bretagne Occidentale
 
Altérations des bananes

Le bananier (Musa sp.) est une herbe géante de 3 à 10 m de haut, dont le tronc est constitué par l'engainement de la base des feuilles issues du bulbe.

Les fruits (les bananes) sont regroupés : le régime comporte de 5 à 20 " mains " de 2 à 20 fruits (doigts) chacune, issues de la partie femelle de l'inflorescence.

Les bananes sont toujours récoltées vertes, et mûries en mûrisserie.

 

Flore d'altération

Les spores de nombreuses espèces fongiques susceptibles d'altérer les bananes sont présentes en permanence dans les plantations (flore primitive) ; d'autres dominent dans les stations d'emballages et les entrepôts (flore atmosphérique).
Certaines espèces pénètrent les tissus intacts ; d'autres colonisent exclusivement les blessures.
Certaines agissent immédiatement après être entrées en contact avec les fruits ; d'autres présentent une phase d'attente ( phase latente) de durée variable, qui est levée lorsque les conditions deviennent plus favorables (température, humidité et état physiologique des bananes).
Les fruits sont plus ou moins vulnérables au cours des opérations de récolte (blessures de coupe), d'emballage et de transport, et de mûrissage (sénescence).
Outre les infections directes sur les épidermes (blessés ou intacts), les pourritures les plus grave prennent naissance sur les plaies de découpe des mains et aux extrémités des doigts.

Le terme de pourriture de la couronne (ou du coussinet) recouvre le résultat de l'activité de plus d'une vingtaine de microorganismes, souillant les plaies de découpe des mains. L'infection principale survient lors du lavage des mains, les diverses spores pénétrant facilement les tissus de la couronne. Celle-ci brunit, devient noirâtre, et la zone atteinte gagne rapidement les pédoncules. Un duvet mycélien se développe sur la plaie de découpe. La pourriture est d'autant plus importante et plus rapide que les tissus ont été arrachés que nettement tranchés, et que le volume du coussinet restant est plus faible. Au stade final les pédoncules sont envahis jusqu'aux fruits qui se détachent alors facilement lors de la manipulation (dégrain parasitaire).

 

Ceratocystis paradoxa (Forme sexuée de Thielaviopsis paradoxa)

Cette espèce fréquente en zone tropicale humide est très souvent associée à la pourriture de la couronne. C'est un parasite typique de blessures, très actif même à basse température. Il pénètre profondément les tissus qu'il désagrège. Les symptômes qu'il provoque se confondent avec ceux induits par le " cortège fongique " de la pourriture de la couronne. Autrefois, lorsque les bananes étaient transportées en régime, Ceratocystis était le principal agent de la pourriture des deux extrémités de la hampe.

 

Colletotrichum musae (Forme imparfaite de Glomerella cingulata)

En raison de l'ampleur et la fréquence des dégâts qu'il provoque, ce champignon est l'un des plus dommageable pour les bananes. On le trouve sur toutes les parties du fruit (épiderme, pédoncules, coussinets) ; il colonise aussi bien les tissus intacts que les blessures.
Il induit fréquemment une pourriture noire qui envahit tout le pédoncule puis gagne la base du fruit.

Il peut agir immédiatement après contact avec le fruit, ou passer par une phase latente si les conditions ne lui sont pas favorables. Les spores de Colletotrichum musae sont ainsi présentes en permanence dans les plantations, en plus ou moins grand nombre selon les saisons. Elles dont déposées sur les fruits par la pluie et les insectes, à tous les stades de leur développement.
Sur fruit vert non blessé, ces spores germent au contact de l'épiderme et forment à la surface, ou sous la première couche cellulaire, des appressoria, révélés par de micro-ponctuations noirâtres, entourées d'un halo plus clair, qui demeure latent tant que les conditions leurs sont défavorables. Cette latence est levée soit sur fruit vert à l'occasion d'une blessure survenant au point même de l'infection, soit après la récolte du fruit, dans les tissus intacts, lorsque pulpe et peau subissent leur évolution irréversible lors du transport et du mûrissage.
Présent sur les épidermes des fruits verts et blessés, ou intacts et mûrissants, C. musae génère de larges nécroses noires (anthracnose) circulaires ou ellipsoïdales, confluantes, qui gagnent la pulpe en fin d'évolution et se couvrent d'amas de spores rose saumon.

Petit chancre sur banane Chancres sur bananes Chancre étendu Acervules

Evolution du chancre dû à C. musae

Chancre avec acervules

 

Fusarium sp.

Plusieurs espèces de ce genre sont présentes, parfois seules, mais souvent en association, dans différentes altérations des bananes.
Fusarium solani et Fusarium tricinctum sont associés à Cercospora hayi dans l'expression de nécroses épidermiques, initialement jaunâtres et en petites taches, puis fissurées et noires, en forme de losange ou " pointe de diamant ", plus fréquentes en Amérique centrale. Débutant sur fruits verts, ces nécroses se retrouvent en mûrisserie mais sans grand développement ultérieur.
Fusarium graminearum et Fusarium verticillioides sont fréquemment isolés des couronnes qu'ils contribuent à dégrader en association avec les autres micro-organismes.
Ces deux même espèces colonisent aussi, plus fréquemment en climat subtropical, l'extrémité des bananes, provoquant une pourriture noirâtre externe, accompagnée d'une nécrose brun rougeâtre, puis presque noire, de l'axe et de la pulpe sous-jacente du fruit.

 

Phoma musae

Cette espèce est fréquemment isolée en Asie et dans la zone Pacifique. Les spores sont disséminées en plantation par la pluie et colonisent seulement quelques cellules sous-épidermiques des fruits. Elles provoquent l'apparition de petites ponctuations rougeâtres ou brun foncé, en relief, perceptibles au toucher, d'environ 1 mm de diamètre et entourées d'un halo aqueux.
Aucune évolution notable n'intervient en mûrisserie.

 

Verticillium theobromae

Ce pathogène est présent dans de nombreuses zones de production bananière sur les vieilles feuilles et les pièces florales.
Il colonise l'extrémité des fruits, seul ou en association avec Deighthoniella ou Trachysphaera ; il contribue au développement d'une pourriture noirâtre apicale, peu active après récolte. Il est également associé aux micro-organismes impliqués dans les pourritures de couronnes.

 

Trachysphaerea fructigena

Ce champignon est surtout présent en Afrique de l'ouest et dans les plantations d'altitudes ; son activité dépend de variations très précises des conditions climatiques. Il contamine l'extrémité des jeunes fruits dès la chute des pièces florales.

Sur fruits verts, la partie apicale jaunit prématurément, et une nécrose grisâtre, ridée et sèche, apparaît à l'extrémité des fruits atteints, semblable à la cendre d'un cigare éteint, d'où le nom de " maladie du bout de cigare " donné à cette pourriture.

 

Pyricularia grisea

Pyricularia grisea est plus particulièrement présent dans les plantations d'Amérique centrale où il colonise les nouvelles feuilles de bananier. Les spores sont transportées par le vent sur les fruits (maladie de Johnston). Elles provoquent l'apparition sur fruit vert peu avant la récolte de nombreuses petites taches déprimées, circulaires, de 3 à 5 mm de diamètre, bordées de brun rouge et entourées d'un halo aqueux. Durant le transport et à maturation, ces nécroses s'élargissent notablement, sans toutefois gagner la pulpe.

Les fruits mûrs sont fortement dépréciés. L'importance de la maladie varie avec les conditions climatiques.

 

Flore atmosphérique.

De nombreuses espèces, surtout des Deutéromycètes, peuvent être responsables d'altérations de la banane. Ces champignons sont surtout des parasites de blessure, dont l'évolution est souvent accélérée par de mauvaises conditions de stockage.

 

Maladie physiologique

Noircissement des téguments dû au gel : stockage à des températures inférieures à 11°C (la banane gèle à 11,7°C selon les espèces.

 

 

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