Recherche contre le cancer : focus sur cinq forces brestoises

Le laboratoire CEMCA : à l’interface de la chimie et de la santé

Visualisation d’une tumeur sur petit animal grâce à un nouveau radiopharmaceutique
 

Que ce soit pour détecter le cancer, éviter sa propagation où améliorer son traitement, les chercheurs de l’équipe COSM du laboratoire de Chimie, Électrochimie Moléculaire et Chimie Analytique (CEMCA) (UMR CNRS 6521, UBO) travaillent à la synthèse de nouvelles molécules avec pour objectif le développement de stratégies innovantes anticancéreuses.

Prévenir la formation des métastases

Les métastases résultent d’un mécanisme de migration des cellules cancéreuses depuis une tumeur initiale jusqu’à un autre organe. Lorsqu‘une tumeur entre dans cette phase, elle devient plus complexe à soigner et altère considérablement la qualité de vie des patients. Les chimistes du CEMCA ont mis au point des molécules de synthèse permettant de réduire cette migration en modulant l’activité de certaines protéines de la famille des « canaux ioniques »1. L’un des composés nommé « Ohmline » s’est révélé particulièrement efficace. Il a d’ailleurs été testé in vivo sur des souris sur lesquelles il a permis d’éviter la formation de métastase osseuse. Le potentiel de développement industriel de cette molécule innovantes est tel qu’en 2015, elle a reçu la labellisation MATWIN (Maturation & accelerating translation with industry) qui favorise les collaborations entre laboratoires et industriels.

Participer à la vaccination anti-tumorale

Que notre propre corps se débarrasse lui-même de son cancer… Formulée ainsi, l’idée peut sembler irréalisable ! En effet, lors d’un cancer, le système immunitaire ne parvient pas à reconnaître les cellules cancéreuses. Pourtant, celles-ci possèdent à leur surface des protéines spécifiques : les antigènes tumoraux. Les chercheurs du CEMCA ont mis au point des composés permettant de vectoriser cette nouvelle signature protéique jusqu’aux cellules dendritiques qui déclenchent la réponse immunitaire afin de les « booster »2. Ces vecteurs transportent du matériel génétique de cellule cancéreuse, de l’ARN, qui contient le code de fabrication de plusieurs des antigènes présents à la surface des cellules cancéreuse. « L’objectif ici est de renforcer les défenses immunitaires des patients et de les cibler contre les cellules cancéreuses. Ainsi, le corps pourrait de lui-même rejeter la tumeur » expliquent les chercheurs de l’équipe COSM. Des tests sur des souris atteintes de mélanome ont déjà prouvés l’efficacité des composés brevetés. Histoire à suivre…

Détecter précocement les tumeurs

Lors d’une IRM ou d’une analyse diagnostique en médecine nucléaire, on injecte au patient un agent de contraste ou un agent d’imagerie comprenant des cations métalliques. Ceux-ci jouent le rôle de sondes et permettent de mieux visualiser certains organes du corps pour détecter les disfonctionnements tels que les tumeurs. Mais ces cations, s’ils se dispersent librement, sont dommageables pour l’organisme et empêchent l’analyse claire des résultats. Pour empêcher cette dispersion, les chimistes du CEMCA ont créés des chélateurs azotés, molécules capables de se lier spécifiquement à ces cations. Selon les chercheurs de l’équipe, « ils jouent le rôle d’un taxi qui remorque la sonde au bon endroit. Pour cela ils doivent posséder certaines propriétés comme celle de s’ancrer de façon stable sur des vecteurs spécifiques ciblant les tumeurs. Cela permet une détection précoce et précise de la maladie qui peut être ainsi traité plus tôt et plus facilement. Ils doivent également s’éliminer facilement et naturellement du corps humain ». Ces mêmes composés peuvent aussi, en véhiculant un cation « principe actif », détruire les tumeurs précédemment détectées avec la même précision. Au travers de ses nombreuses collaborations l’équipe COSM cible les cancers de la thyroïde, du myélome multiple, du sein et colorectal3.

1-Le développement de modulateurs sélectifs de certains « canaux ioniques » a été initié au sein de l’axe ‘valorisation des produits de la mer’ du Cancéropôle Grand Ouest, par un projet ANR commun entre les chimistes de Brest et biologistes de Tours et un projet financé par La Ligue contre le cancer.

2-Ce travail a été réalisé en collaboration avec l’Université d’Orléans.

3-Ces recherches ont été financées par l’obtention de trois ANR en cinq ans, de programmes Ligue vs Cancer ou Cancéropôle. La technologie développée est actuellement exploitée par une start-up (Easy Chelators) issue de l’équipe (soutient SATT Ouest Valorisation et Technopôle de Brest) et qui a vu le jour en mai 2016.