UNIVERSITÉ DE BRETAGNE OCCIDENTALE

 La Science Arabe (1) dans l'Histoire

(VIIe - XVIe siècles)

par Jean Rosmorduc

 

   

 

Sciences et vie Scientifique dans les pays d'Islam au Moyen-Âge.

 

* Les sciences avant le VIIe siècle.

 

Les grands pays scientifiques de l'Antiquité lointaine ont été Sumer, l'Égypte, la Chine, l'Inde et la Perse. De la plupart d'entre eux (la Chine exceptée, peut-être) a hérité la Grèce de l'époque dite " classique " (Ve - IVe siècles A. C.) qui a donné aux sciences " un idéal d'intelligibilité " (Jean-Pierre Vernant) et un contenu plus " rationnel " (à nos yeux) que l'ensemble antérieur, qui était à la fois largement empirique et souvent justifié par des explications religieuses.

 

Bien plus " moderne ", nous parait être la science de l'École d'Alexandrie (8) (de 305 A.C. aux IIe, IVe siècles de notre ère). Son niveau remarquable apparaît nettement quand on cite quelques-uns de ses auteurs: Euclide, Posidonius, Géminus, Diophante, Pappus, en math ; Archimède (9), Héron d'Alexandrie, Ctesibius, Claude Ptolémée en physique ; Aristarque de Samos, Eratosthène, Hipparque, Ptolémée, en astronomie ; Erasistrate, Hérophile, Dioscoride Galien, en sciences naturelles et médecine ; Théophraste, en minéralogie

 

Rome n'a jamais eu de sciences en tant que telle. L'activité d'Alexandrie ayant fortement diminué après le IIIe siècle de notre ère, l'Empire Byzantin étant peu productif dans ce domaine, des deux ou trois siècles qui ont précédé la prédication de Mahomet ont plutôt marqué une régression de la vie scientifique.

 

La science arabe médiévale.

 

Le financement de l'activité scientifique par le pourvoir politique - tel que nous le connaissons au XXe siècle n'a existé ni pendant le Moyen-Âge, ni durant l'Antiquité (10). Quand l'aide financière existe, sa forme la plus répandue est le mécénat. À cet égard, plusieurs des Khalifes de la période la plus faste, et particulièrement des Abassides ont été très somptueux. C'est le cas notamment, de Hârûn al Rashid (règne de 706 à 809), et peut-être plus encore de son fils al-Ma'mûn (de 813 à 833). Créée par Hârûn al Rashid, " la maison de la Sagesse " a été considérablement améliorée par al-Ma'mûn. &laqno;D'abord limitée au rôle de bibliothèque califale elle devient une bibliothèque où l'on conserve et copie les manuscrits, une sorte d'académie, et un centre de traduction et de recherche en philosophie et en sciences exactes» (11). C'est l'époque où vécurent et travaillèrent al -Farghâni (astronome), al-Kindî (philosophe et scientifique), al-Kwârizmî (mathématicien), etc (12). D'autres Khalifes - les Omeyyades de Cordoue et les Fatimides du Caire au Xe siècle - eurent une action semblable mais sans atteindre le niveau des sciences à Bagdad au IXe siècle.

 

" Les véritables successeurs des Alexandrins sont les Arabes, écrit B. Gille. Certes, mais ceux-ci recueillent bien plus que l'héritage d'Alexandrie. N'en déplaise à Eugène Pottier (14), les Arabes - pas plus aux autres, d'ailleurs - n'ont fait " table rase du passé ". Ils ont receuilli les productions antérieures des pays conquis : la Grèce et Alexandrie, bien sûr, mais aussi la Perse (dont la civilisation était ancienne et très brillante), la Syrie, l'Inde

La première phase de la construction de la Science Arabe sera donc essentiellement basée sur des traductions ; " du grec, du syriaque, du sanskrit, du pehlvi, qui reprennent en l'amplifiant l'activité des centres héllénistiques et persans. Ces oeuvres permettent l'élaboration d'un vocabulaire scientifique, inexistant dans une langue qui était celle des Bédouins de l'Arabie préislamique et dont le Coran a fait la langue de la Révélation " (15)

S'édifie ensuite une science originale dont les " points forts " sont les mathématiques, l'astronomie, la médecine, l'optique géométrique. Les créateurs les plus importants sont (un peu dans le désordre)

 

en mathématiques

al-kwârizmî, bien sûr ; Ibn al-Haytham ; Ibn Qurra ; al-Farisi ; Abu Kamil ; al Biruni ; al Khayyam ; al-Kindi ; Ibn Rushd (Averroès)

 

L'apport le plus connu est l'invention de l'algèbre par al-Kwârizmi (IXe siècle) ; l'introduction des chiffres arabes (d'origine indienne ; les 9 chiffres et le zéro) a débloqué une arithmétique, qui stagnait depuis Euclide et Archimède, faute d'un système de numérisation pertinent ; à citer aussi la géométrie, l'analyse combinatoire, la trigonométrie, etc.

 

en sciences physiques

Ibn al Haytham, mécanique et optique ; Jabir Ibn Hayyam (Gerber), chimiste et alchimiste ; al-Farabi ; Ibn Sina ; (Avicenne)

 

en astronomie

al-Kwarizmi ; Ibn-Qurra ; al-Farabi

Le système cosmologique est celui de Ptolémée (1e-2e siècle de notre ère) qui demeura d'ailleurs jusqu'à Copernic (1543). L'Almageste et la Géographie de Ptolémée seront parmi les traductions fréquentes des Arabes.

 

en anatomie, médecine

Ibn-Sina ; al-Biruni ; al-Razi ; Maïmonide ; Ibn-Rushd

 

Les savants étant en ce temps peu spécialisés, il est normal de recenser la plupart d'entre eux sous plusieurs rubriques. Si leur nombre est plus important à certains moments qu'à d'autres, on en trouve cependant à toutes les époques : Jabir Ibn Hayyam au VIIIe siècle ; al-Kwarizmi au IXe ; al-Razi ; al Battani, Ibn Qurra, al-Biruni, Ibn-Battuta au Xe siècle ; Ibn al-Haytham, Ibn Sina, Omar Khayyam au XIe siècle ; Ibn Rushd, Maïmonide, au XIIe siècle. Parmi eux figurent des Irakiens (al-Kwarizmi, Ibn al-Haytham), de très nombreux Perses (al-Biruni, Ibn-Sina, Omar Khayyam), des Égyptiens, des Maghrebins, des Andalous S'ils sont en majorité musulmans, les juifs sont nombreux et, à un moindre degré, les chrétiens.

Dans un monde à dominante musulmane qui était en général ouvert et tolérant, diverses communautés ont, pendant des siècles, vécu et travaillé ensemble.

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