Anna Boubnova

Anna Boubnova

 Communication Forum T&R 2014

« Le château dans le ciel » quand la traduction change la donne
When the translation changes the game

Ce n’est pas hier que le développement spectaculaire de la science commence à revêtir un caractère inquiétant: le réalisateur japonais Hayao Miyazaki avance déjà cette idée de la force destructrice du progrès dans «Nausicaä de la vallée du vent», sorti en 1984. Deux ans plus tard, « Le château dans le ciel » une fois de plus nous met en garde face au danger du pouvoir que confère la technologie, si on l'utilise sans se soucier de conséquences. Ce qui apparaît le plus frappant dans ce film, c’est le contraste saisissant entre l’inhumanité des êtres vivants aveuglés par le pouvoir absolu que leur offre la science, et l’humanité dont est doté le seul survivant de l’île de Laputa, le robot. C’est là la différence profonde entre la perception du progrès par les Japonais et les Européens. Dans un film occidental, un robot ne ferait que générer des problèmes, tandis que dans « Le château dans le ciel », tout comme dans beaucoup d’autres œuvres du septième art japonais, il arrive pour sauver. Ces deux idées, le danger émanant des humains et l’humanisme inattendu de l’intelligence artificielle, ressortent non seulement des images, mais aussi de la langue. Les seuls mots décrivant le monde vivant et les relations humaines apparaissent quand on parle du robot-gardien. Par contre, pour souligner les menaces du progrès mal administré, le réalisateur met dans la bouche de ses personnages, quand ils parlent de la science, des propos violents qui font peur. Pris séparément, ils ne sont pas tellement effrayants, une fois réunis dans un même fragment ils ajoutent au récit une note d’angoisse. Nous nous proposons dans cet article de nous attaquer justement à l’aspect linguistique pour voir comment les transformations (même les plus légères et au premier abord insignifiantes) nécessitées par la traduction influencent et modifient la perception du film. Globalement, tout est intact, mais le contraste disparaît pour ne laisser qu’une constatation. Ce qui enlève à l’ouvrage son côté moralisateur et doit être pris en compte pour traduire correctement la science aujourd’hui.

The disturbing side of science's spectacular development has been with us for some time. Japanese director Hayao Miyazaki already addressed the idea of the destructive force of progress in "Nausicaä of the Valley of the Wind", released in 1984. Two years later, "Castle in the Sky"once again warns us about the dangers of power conferred by techonology when it is used without thought for the consequences. What is most striking about this film is the startling contrast between the inhumanity of living beings, blinded by the absolute power offered to them by science, and the humanity of the robot, the sole survivor of the island of Laputa. Here is the profound difference between Japanese and European perceptions of progress. A robot in a Western film would only cause problems, whereas in "Castle in the Sky", as in many other works of Japanese cinema, its purpose is to save. These two ideas, the dangers of Man and the unexpected humanity of Artificial Intelligence, emerge not only from the images, but also from the language. The only words used to describe the living world and human relationships appear when talking about the guardian robot. On the other hand, in order to highlight the threats of mismanaged progress, the director imposes the use of violent and fear-evoking words whenever the characters talk about science. Taken individually, the words are not so frightening; taken as a whole in an entire segment, they add a touch of anxiety to the story. In this paper, we tackle precisely this linguistic aspect in order to see how changes called for by a translation (even the slightest and at first seemingly insignificant ones) influence and modify the viewer's perception of the film. Overall, everything is left intact, but the contrast disappears, leaving only the facts, which thus removes the moralistic element of the work. This must be taken into account to properly translate science today.

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