Desiree Schyns

Desiree Schyns

Désirée Schyns a fait des études de lettres françaises à l'université d'Utrecht et travaillé comme journaliste et traductrice aux Pays-Bas. Aujourd'hui elle est maître de conférences en traduction français-néerlandais à l'université de Gand en Belgique. Ses recherches portent, d'une part, sur la mémoire culturelle relative à la guerre d'Algérie et, d'autre part, sur la traduction littéraire. Elle a publié des articles sur la traduction de texte multilingues et sur la façon dont les paratextes facilitent l'introduction d'une traduction dans la culture cible. cf.

Bibliographie : https://biblio.ugent.be/person/802000431280 et http://www.cliv.be/leden/desiree-schyns/

 

Communication Forum T&R 2014

Le rôle de la traduction dans les sciences humaines, étude de cas à l’aide de la réception française des journaux d’Etty Hillesum
The role of translation in Human Sciences, a case study based on the French reception of Etty Hillesum's diaries (Middleburg 1914-Auschwitz-Birkenau 1943)

Les journaux et lettres d’Etty Hillsesum (1914-1943), une jeune femme néerlandaise d’origine juive qui trouva la mort à Auschwitz-Birkenau, ont connu un retentissement mondial grâce à leur traduction en différentes langues (français, allemand, italien, anglais…). Dans ma présentation, je m’intéresse à la réception - très enthousiaste - en France, où les lecteurs ont cependant dû se contenter de l’anthologie. Une vie bouleversée 1985 jusqu’en 2008, date de la publication de l’édition scientifique des journaux : Les écrits d’Etty Hillesum, Journaux et lettres 1941-1943. Le décalage entre la publication de l’anthologie et l’édition intégrale en France, mais aussi dans d’autres pays où, parfois, l’édition scientifique n’a pas encore vu le jour, a engendré une réception très diverse en Europe. La nécessité d’étudier celle-ci est, entre autres, à l’origine de la fondation des Etty Hillesum Studies, dont le centre se trouve à L’Université de Gand en Belgique et auxquelles collaborent des chercheurs du monde entier. Parmi les lecteurs français de l’anthologie se trouve la romancière et philosophe Sylvie Germain, qui publie en 1999 un essai intitulé Etty Hillesum, traduit dès 2000 en néerlandais. Avec cette traduction, l’essai de Sylvie Germain est en quelque sorte réimporté dans la langue et la culture d’origine du sujet. Un des cahiers des Etty Hillesum Studies (2011) contient un article consacré à la traduction néerlandaise de cet ouvrage. En prenant appui sur cet article, ma contribution se concentrera sur le rôle de la traduction dans les différentes couches de la réception de Hillesum. Le fait que Sylvie Germain se soit basée sur l’anthologie de 1986 et non sur l’édition intégrale confère un certain ton à son discours, critiqué dans les notes en bas de page par un des grands spécialistes des Etty Hillesum Studies. Les discussions menées dans les notes en bas de page nous suggèrent que dans les sciences humaines, la traduction joue un tout autre rôle que dans un texte fictif où l’interprétation n’est pas négociée publiquement. Quel est l’enjeu de cette négociation ?

The diaries and letters of Etty Hillsesum, a young Dutch woman of Jewish origin who died in Auschwitz-Birkenau, became famous thanks to their translation into several languages (French, German, Italian, English, etc.). In this presentation, I am interested in the reception, of her work in France which was very enthusiastic, even though the readers had to settle for the anthology Une vie bouleversée (1985) until 2008. This was when the scientific version of the diaries, Les écrits d’Etty Hillesum, Journaux et lettres 1941-1943, were published. There was a considerable gap between the publication of the anthology and the publication of the integrated edition in France. This was the case in other countries as well where, at times, the scientific edition had not been published. Hence, the book was received very differently across Europe. The need to study the scientific version saw the foundation of the Etty Hillesum Studies series, based at Ghent University in Belgium. Many researchers from across the globe have collaborated on this project. One of the French readers of the anthology, Sylvie Germain, a novelist and philosopher, published an essay called “Etty Hillesum” in 1999, translated into Dutch from 2000 onwards. With this translation, Sylvie Germain’s essay has somehow been brought back into its subject’s native language and culture. One of the books in the Etty Hillesum Studies series from 2011 contains an article dedicated to the Dutch translation of this work. Based on this article, my contribution will focus on the role of translation in the different kinds of reception of Hillesum. The fact that Sylvie Germain used the 1986 anthology instead of the original version gives a specific angle to her analysis. This was criticized in the footnotes of the Etty Hillesum Studies by one of its leading specialists. Discussions appearing in the footnotes suggest that translation plays a very different role in the human sciences when compared to fictional texts for which the interpretation is not publicly negotiated. The question is: what is at stake in this negotiation?

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