LECOMTE-MENAHES Gabrielle

Ingénieure de recherche
Docteure en sociologie



Etablissement : Université Bretagne Occidentale
Affectation de recherche : LABERS (LAboratoire d'Etudes et de Recherches en Sociologie)

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Thèmes de recherche
santé au travail, médecine, protection sociale, prévention, groupes professionnels, action publique, relations professionnelles, parcours

Projet Arfi. Les arrêts de travail : enjeux d’interactions situées entre médecins et assurés, 2018

L’analyse des arrêts de travail dans la région Bretagne et plus particulièrement dans le Finistère a donné lieu à une recherche (Gabrielle Lecomte-Ménahès, Jorge Muñoz, Delphine Briens, Hervé Guyon, Marie-Audrey Sonzia Teutsong) financée par la CPAM du Finistère. Cette recherche appréhende l’arrêt de travail comme une construction sociale issue de l’interaction entre médecins prescripteurs et assurés, insérée dans un cadre plus large (celui juridicoadministratif de l’Assurance maladie mais aussi lié aux conditions d’exercice du médecin, de vie et de travail de l’assuré). Nous considérons que la prescription médicale de l’arrêt de travail est toujours issue de multiples interactions entre des acteurs positionnés socialement et insérés dans des configurations particulières.
Les résultats présentés sont issus d’une enquête sociologique menée en 2018 en région Bretagne, combinant méthodes quantitatives et qualitatives. À partir de l’exploitation des données de l’Assurance maladie sur les arrêts de travail terminés en 2017 (n=335 655) et leur prescription par les médecins libéraux (n=5 252), des analyses statistiques en composante principale et en correspondances multiples ont permis de dresser des typologies de médecins prescripteurs et d’assurés en arrêt de travail. Des entretiens semi-directifs ont ensuite été réalisés à partir de ces profils, tant avec les médecins (n=20) que les assurés (n=12) auxquels s’ajoutent des entretiens exploratoires avec des médecins conseils ou membres de « groupes qualité ». Afin d’aborder avec les médecins le détail de leurs pratiques de prescription, des cas cliniques anonymisés issus de dossiers de CRRMP (portant sur des TMS et TPS) leur ont été présentés au cours des entretiens.
Cette étude a permis de souligner la dimension territoriale des inégalités de prescription d’arrêts de travail. En Bretagne, un contraste Est/Ouest apparaît très nettement, le nombre d’indemnités journalières versées par assuré étant plus faible à l’Est qu’à l’Ouest. Ceci est notamment lié à la durée des arrêts de travail. En 2017 les arrêts de travail durent en moyenne 48 jours dans le Finistère et 43 jours dans l’ensemble de la région. Si les femmes sont davantage en arrêt maladie, les hommes quant à eux sont majoritaires à être en arrêt pour des pathologies dont l’origine professionnelle est reconnue. La majorité des arrêts de travail durent moins d’une semaine et seulement une minorité dure plus de trois mois, ce sont pourtant eux qui génèrent la majorité des dépenses.
Les médecins (généralistes libéraux) les plus âgés (souvent des hommes) exerçant davantage seuls en zone rurale défavorisée, à la fois éloignés des agglomérations et des réseaux de soins et proches des entreprises aux conditions de travail les plus délétères (secteur de l’agroalimentaire par exemple) prescrivent davantage. Ce sont les arrêts de travail les plus longs, souvent liés à une usure professionnelle qui leur posent le plus de difficultés, les confrontant à une incertitude qu’ils peinent à maîtriser. Car s’ils perçoivent l’origine professionnelle des pathologies, ils méconnaissent le plus souvent les dispositifs de prévention et de réparation de la santé au travail qui leur permettraient d’y répondre.
Pour leur part, les assurés doivent composer avec des ressources socialement distribuées pour faire face aux conséquences de l’arrêt de travail lorsque leur santé est atteinte. Certains arrêts sont entièrement « organisés » par des assurés qui ont la souplesse de cette organisation (conditions de travail, connaissances des dispositifs de prise en charge, accès direct aux spécialistes, etc.). En cherchant à réduire au maximum le temps de l’arrêt de travail et en favorisant les conditions de leur reprise, ces malades refusent leur état et sont considérés comme moins déviants. Mais la plupart des travailleurs, notamment ceux en arrêt de travail de longue durée du fait d’une usure professionnelle, n’ont pas les ressources pour se départir de cette étiquette. Les enjeux de continuité entre vie professionnelle, sociale et sanitaire se posent pour eux avec acuité.

Durée de l’étude : 12 mois
Pour télécharger le rapport cliquer ici

Coordination et réalisation : Gabrielle Lecomte-Ménahès, Ingénieure de Recherche LABERS et Jorge Munoz Maître de conférences en sociologie LABERS

 

Thèse de sociologie soutenue le 27 octobre 2017 au CENS


"Permanence et transformations d'une institution de prévention. La médecine du travail : de l'évaluation de l'aptitude à celle des risques professionnels" sous la direction d'Annie Collovald et de Sarah Ghaffari

Membres du jury :
Sylvie CÉLÉRIER, Professeure, Université de Lille 1 (rapportrice)
Cédric LOMBA, Directeur de recherche, CNRS, CRESPPA-CSU (rapporteur)
Patrice PINELL, Directeur de recherche émérite Inserm, CNRS, CESSP-CSE (président)
Annie COLLOVALD, Professeure, Université de Nantes (directrice)
Sarah GHAFFARI, Enseignante-chercheuse, IMT Atlantique, Campus Nantes (co-encadrante)

Résumé :
Depuis quinze ans, la médecine du travail est l’objet de multiples réformes du Code du travail qui révisent son fonctionnement centré sur l’évaluation individuelle de l’aptitude. En étudiant une profession en train de « disparaître », cette recherche appréhende, au prisme des sociologies de l’action publique, des professions et du travail, les permanences et les renouvellements d’un instrument de prévention de la santé au travail. Fondée sur une enquête ethnographique par observations et entretiens auprès de préventeurs de services interentreprises, la thèse combine trois échelles d’analyse. Au niveau macro-social, les médecins du travail qui constituent une nouvelle génération fortement féminisée depuis les années 1980 contribuent à faire apparaître des risques professionnels majeurs (amiante, TMS, souffrance au travail) sur la scène publique et à renouveler leurs pratiques, notamment via son courant le plus critique. Cette critique est désarmée dans les années 2000 par les dirigeants des services interentreprises qui se réapproprient le mandat de prévention par le biais de dispositifs de gestion encadrant le travail de préventeurs non médicaux. Au sein des services interentreprises, malgré leurs résistances et du fait de leur statut professionnel, les médecins du travail leur délèguent peu à peu l’action en milieu de travail et le suivi régulier des salariés. Surchargés de travail, ils se trouvent cantonnés dans leur rapport au public au suivi des salariés en souffrance ce qui les éloigne des pratiques de prévention légitimes. Celles-ci, centrées sur l’évaluation des risques professionnels et l’application du principe de précaution, sont transmises aux préventeurs non médicaux.