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centre d'étude
des correspondances
et journaux intimes

Phares en littérature
Phares en littérature

 

 

Les phares exercent une fascination sur les écrivains, attirés par une vie coupée du monde qui, faisant écho à la leur, s’augmente de l’immensité de la mer. L’existence confinée dans un lieu clos est propice à la concentration ; dans sa tour élevée vers le ciel, le gardien (ou la gardienne) du phare fait vœu laïc de solitude et de silence. Dans les premiers temps du phare de Cordouan, c’est un ermite qui était chargé d’y porter le feu.

À l’écart, il veille, tourné vers les autres. Tel est le paradoxe du gardien de phare. Son expérience de vie est asociale, mais ce sont les autres qu’en guettant les dangers il protège et avertit. Son attente est faite d’attention. « Qui peut dire », se demandait Michelet, « combien d’hommes et de vaisseaux sauvent les phares ? La lumière, vue dans ces nuits horribles de confusion, où les plus vaillants se troublent, non seulement montre la route, mais elle soutient le courage, empêche l’esprit de s’égarer. »

De leur côté, les gardiens de phares ont inventé des métaphores pour traduire la façon dont ils ressentaient leur vie quotidienne, étant en enfer si leur tour était située en pleine mer, au purgatoire si elle se trouvait sur une île, au paradis si elle était sur la terre ferme. Et la nuit dans un phare ne s’apparente-t-elle pas à une expérience mystique ?

En retrait du monde, repliés dans l’intimité étrange d’une pièce en hauteur accessible par un escalier en colimaçon, ces êtres ont-ils puisé un surcroît d’existence ? L’intensité de l’expérience favorise l’introspection. Fait-elle courir le risque d’un basculement dans la folie ? « Chandelle du sépulcre » (Hugo) pour les navires en difficulté, le phare peut-il faire vaciller la raison de celui ou celle qui passerait trop de temps dérobé(e) aux regards, dans la seule proximité de la pierre, avec les flots pour seul horizon ?

Pour ceux qu’ils ont protégés, les phares représentent en revanche des lieux tutélaires auprès desquels on vient chercher refuge, où l’on se remémore des instants profonds : « On aime à s’asseoir près des phares, sous ces feux amis, vrai foyer de la vie marine. Tel d’entre eux, et des moins anciens, est vénérable déjà pour les hommes qu’il a sauvés. Plus d’un souvenir s’y rattache […]. Que de visites ils reçoivent de la femme inquiète qui épie le retour ! » (Michelet).

Les phares ont donné lieu à des récits relevant de la littérature de l’intime (correspondances, journaux) ; les fictions qui en découlent sont souvent écrites à la première personne. L’écriture de soi tiendra donc une place importante dans les études qui composeront ce livre collectif. On pourra aussi s’interroger sur la façon dont un lieu peut devenir le personnage principal du récit ; sur les raisons qui ont parfois placé le phare, lié au mystère et au secret, au cœur d’une intrigue policière. Et l’on se demandera si le phare crée ses propres mythes.

 Corpus :

Littérature française, bretonne, francophone et étrangère (la liste n’est pas plus exhaustive que les pistes de recherche qui viennent d’être suggérées) ; mais aussi quelques témoignages,  romans policiers et bandes dessinées :

- Rachilde, La Tour d’amour, Paris, Mercure de France, 1899. Rééd. Paris, Le Tout sur le tout, 1980, puis Paris, Mercure de France, 1994[1].

- Jules Verne, Le Phare du bout du monde, Paris, Hetzel, 1905. Rééd. Paris, Gallimard, Folio, 2004.

- Alphonse Daudet,  Le Phare des Sanguinaires, dans Lettres de mon moulin, Paris, Hetzel, 1869. Nombreuses rééditions.

- Louis Elder, Le Peuple de la mer, Paris, G. Oudin & Cie, 1913.

- Anatole Le Braz, Le Gardien du feu, Paris, Calmann-Lévy, 1900.

- Louis Le Cunff, Feux de mer, Paris, André Bonne, 1954. 

- Henri Queffélec, Un feu s’allume sur la mer, Paris, Amiot-Dumont, 1956. Rééd. Cressé, Des Régionalismes, 2016, puis Paris, Pocket, 2021 (préface d’Eric Auphan).

Le Phare, Presses de la Cité, 1975. Rééd. Cressé, Des Régionalismes, 2015, puis Paris, Pocket, 2020 (préface d’Eric Auphan).

La Lumière enchaînée, Presses de la Cité, 1976. Rééd. Cressé, Des Régionalismes, 2016 (préface d’Eric Auphan).

- Simonne Jacquemard, « Le Phare », dans Navigation vers les îles, Paris, Éditions du Seuil, 1967.

- Jean-Pierre Abraham, Armen, Paris, Seuil, 1967. Rééd. Paris, Le Tout sur le tout, 1988.

Velleda mon amour, dans Au plus près, Paris, Le Seuil, 2004.

Journal d'hiver : Armen-Sein, Bazas et Gouvernes, co-éd. Le Temps qu’il fait et Le Tout sur le tout.

- La Prairie (Yves) : Les cent un propos d'un gardien de phare, Paris, Le Cherche-Midi, 1988.

- Eric Faye, Je suis le gardien du phare, Paris, José Corti, 1997. Rééd. Paris, Seuil, Points, 2000.

- Daniel Rondeau, Alexandrie, Paris, NIL, 1997. Rééd. Paris, Gallimard, Folio, 2000.

- Jean-Jacques Antier, Tempête sur Armen, Paris, Presses de la Cité, 2007. 

- Louis Cozan, Un feu sur la mer.  Mémoires d’un gardien de phare, Paimpont, Les Oiseaux de papier, 2010. Nouvelle édition revue et augmentée, Ouessant, Les Iliennes, 2020.

- Alexis Gloaguen, La Chambre de veille, Paris, Maurice Nadeau, 2012.

- Antonine Maillet, Lettres de mon phare, Montréal, Leméac, 2016. 

- Michel Méténier et Jean-François Maurel, L’épopée du château d’If, Tours, Sutton, 2020.

- Henryk Sienkiewicz, Latarnik [1881] ; « Le gardien du phare », Œuvres choisies, trad. française Włodzimierz Bugiel, Paris, La Renaissance du livre, 1923.

- Virginia Woolf, To the Lighthouse, London, Hogarth Press, 1927 (1ère tr. fr. Maurice Lannois, La Promenade au phare, Stock, 1929).

- Hernán Neira, El naufragio de la luz, Barcelona, Ediciones B, 2004 (tr. fr. François Gaudry, Les Naufragés, Paris, Métailié 2005).

- P.D. James, The Lighthouse, London, Faber & Faber, 2005 (tr. fr. Odile Demange, Le Phare, Paris, Fayard, 2006).

 - Camilla Läckberg, Fyrvaktaren, Stockholm, Forum, 2009 (tr. fr. Lena Grumbach, Le Gardien de phare, Arles, Actes Sud, 2013. Rééd. Babel noir, 2016).

- Hugh Howey, Beacon 23, CreateSpace, 2015 (trad. fr. Estelle Roudet, Phare 23, Arles, Actes Sud, 2018).

- Paolo Rumiz, Il Ciclope, Milano, Feltrinelli, 2015 (tr. fr. Béatrice Vierne, Le Phare, voyage immobile, Paris, Hoëbecke, 2015. Rééd. Paris, Gallimard, Folio, 2019).

- Peter May, Coffin road Ardsley, Riverrun, 2016 (tr. fr. Jean-René Dastugue Les Disparus du phare, Rodez, Rouergue, 2016 ; rééd. Arles, Actes Sud,  "Babel Noir", 2019).

- Jean E. Pendziwol, The Lightkeeper’s daughters, New York, Harper and Collins, 2017 (tr. fr. Louise Sasseville, Les Filles du gardien de phare, Montréal, Éditions de l’Homme, 2018 ; rééd. Le Silence du phare, Paris, Charleston, 2019).

Anthologie : Le Roman des phares, textes réunis et présentés par Dominique le Brun, Paris, Omnibus, 2001. Contient :

Jean-Pierre Abraham : Armen; Alphonse Daudet : Le Phare des Sanguinaires; Anatole Le Braz : Le Gardien du Feu ; Rachilde : La Tour d'Amour ; Un épisode dans l'histoire du phare d'Eddystone; Jules Verne : Le Phare du bout du monde ; Marc Elder : La FemmeLouis Le Cunff : Feux de mer;  Henri Queffélec : Un feu s'allume sur la mer

Bandes dessinées :

- Bruno Le Floc’h, Trois éclats blancs, Paris, Delcourt, collection « Mirages », 2004.

- Briac, Armen, Brest, Le Télégramme, 2008 ; rééd. augmentée, Châteaulin, Locus Solus, 2020.

- Emmanuel Lepage, Ar-Men. L’Enfer des Enfers, Paris, Futuropolis, 2017.

- François Debois pour le scénario (d'après la nouvelle d'Anatole Le Braz), Sandro pour le dessin et Christophe Lacroix pour les couleurs : Le gardien du feu, Toulon, Soleil, collection "Celtic", tome I (Goulven), 2009 et tome II (Adèle), 2010.

 

Comité scientifique

Eric Auphan (CPGE/CECJI)

Jean Balcou (UBO-CECJI)

Dolores Bermudez Medina (Université de Cádiz)

Marina Geat (Université Roma Tre)

Sophie Guermès (UBO-CECJI)

Marie-Josette Le Han (UBO-CECJI)

Tomasz Swoboda (Université de Gdańsk)

Ewa Wierzbowska (Université de Gdańsk)

 

Calendrier

réception des titres et résumés (5-10 lignes): 15 décembre 2021

remise des textes: 31 mars 2022

parution du volume: novembre 2022

 


[1] Voir l’article de Marina Geat, « Naufrages au féminin, de Rachilde à Isabelle Autissier », Mélanges en l’honneur de Mariella Di Maio, a cura di Valentina Fortunato, Rubbettino Editore, 2019, pp. 169-182.

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