Centre de Recherche Bretonne et Celtique

Centre de recherche
bretonne et celtique

Collex Persée

Séminaire CRBC "La Bretagne et le grand public : récepteurs, passeurs, vulgarisateurs"

Séminaire organisé par Hélène Bouget et Magali Coumert


Mosaïque du cerf blanc à l'église de Tréhorenteuc,
inspirée d'une sène de La Queste del saint Graal (roman composé vers 1220). Emmanuel Berthier.

Les recherches menées au CRBC dans différentes disciplines n’ont pas toutes pour terrain d’étude direct et unique la Bretagne ; elles intègrent d’une part une dimension comparatiste avec les pays de langue et de culture celtiques et interrogent d’autre part les modalités de construction et de représentation du territoire « breton » à l’échelle régionale, nationale et internationale, en ouvrant notamment ces questionnements aux îles britanniques. Cette approche scientifique se confronte en de nombreuses occasions aux représentations du grand public, parfois érudit, mais non impliqué dans une démarche de recherche qui impose de réfléchir en amont sur les méthodes adoptées et les savoirs (pré)établis, c’est-à-dire un public qui laisse de côté l’aspect épistémologique des recherches sur la/les Bretagne(s).

Bien que le CRBC soit depuis longtemps impliqué dans la diffusion de la connaissance scientifique à destination de publics non-spécialistes par le biais de conférences ouvertes, d’expositions ou de publications, les chercheurs observent régulièrement un décalage entre le produit de leurs travaux et les représentations qui semblent émaner de ce public. En effet, malgré les efforts scientifiques visant à déconstruire une vision souvent romantique et particulariste de la Bretagne, à dénoncer les leurres de travaux fondés sur une approche idéologique, voire affective, de la Bretagne, de la matière de Bretagne et des pays de langue et culture celtiques, la vision du grand public semble être toujours davantage imprégnée de ceux-ci. La raison en est probablement l’image que renvoient continûment les ouvrages de vulgarisation, les magazines, les bandes dessinées, les productions musicales ou artistiques, des émissions télévisées, mais aussi des expositions et des discours politiques.

Ce sont les manifestations, les raisons et les conséquences de ces décalages que ce séminaire souhaite examiner, en convoquant des chercheurs confirmés et des jeunes chercheurs travaillant dans l’ensemble des disciplines et des périodes représentées au CRBC. À travers cette thématique commune, il permettra de nourrir le dialogue entre les différentes spécialités, mais aussi les différentes productions émanant du laboratoire : écrits spécialisés ou grand public, manifestations culturelles, entretiens, expositions, podcasts, conférences, festivals…
Dans les domaines de l’histoire et de la littérature médiévale, moderne ou contemporaine, de la langue bretonne, de la sociolinguistique, des arts et de l’histoire de l’art, des études celtiques et anglo-celtiques, de l’ethnologie etc., les interventions des chercheurs auront pour but d’approfondir la réflexion sur les représentations de la Bretagne des temps les plus anciens à nos jours, et sur la construction d’un imaginaire de la Bretagne dans le domaine de la vulgarisation scientifique et des ouvrages destinés à un public large. Ces productions répondent en effet à l’horizon d’attente des représentations populaires, façonnées depuis plusieurs siècles par la diffusion des premières interprétations scientifiques (sur l’histoire de la Bretagne et la question des migrations, sur le sens des toponymes, les voyages des saints bretons, l’origine de la littérature arthurienne, les contes populaires, sur les usages et les formes de la langue bretonne etc.). Celles-ci imprègnent encore les représentations communes, au point que les attentes du grand public en regard de la production scientifique actuelle sont souvent décalées. Les éléments composant ce public seront aussi l’objet de nos réflexions : en quoi la production savante a-t-elle fait naître, ou entretient-elle l’existence d’un public spécifique pour l’histoire et la culture bretonnes ? Les centres d’intérêt sont-ils divers, cloisonnés ou communs ? Quels liens les unissent-ils aux partis politiques, aux collectivités territoriales ou aux diverses institutions, locales et nationales ?

Outre un questionnement inter-, voire transdisciplinaire sur la notion de « vulgarisation scientifique », les chercheurs pourront évaluer la portée et la composition de ces travaux, ainsi que les méthodes employées et le type de contrat que leurs producteurs, leurs auteurs et leurs éditeurs passent implicitement avec le lectorat ou le public d’une manière plus générale. Pour ce faire, le fonds documentaire de la bibliothèque Yves-Le Gallo – qui répertorie l’ensemble des publications consacrées à la Bretagne –, sera d’une grande utilité et pourra faire l’objet d’un questionnement épistémologique quant à sa constitution. Le séminaire pourrait d’ailleurs profiter à ce titre des contributions du personnel et des responsables de la bibliothèque.

Les contributions au séminaire pourront s’organiser autour de 3 axes de réflexion qui seront amenés à évoluer au fur et à mesure des séances :

  • 1. Du point de vue de la composition des ouvrages et représentations destinées au grand public, on se posera la question de la compétence scientifique de l’auteur (de l’ouvrage, de l’article, du film, de la bande-dessinée etc.) et de la qualité de l’information diffusée : un ouvrage de vulgarisation sur le roi Arthur ou le duché de Bretagne mené dans un esprit didactique par un chercheur reconnu par ses pairs n’a en effet pas la même portée qu’un ouvrage fondé sur des suppositions, des sources de seconde main, ou des falsifications. Pour autant, ce type d’ouvrage rencontre souvent la faveur du public – on pense par exemple à la bibliographie pléthorique de Jean Markale : pourquoi ?
    On pourra aussi, dans cette perspective, s’interroger sur les représentations et les modalités impliquées dans la constitution d’un fonds d’archives lié à la Bretagne : le CRBC est dépositaire d’un certain nombre de fonds (écrits, sonores…) et est régulièrement impliqué dans l’expertise, l’acquisition ou la réception de fonds appartenant à des particuliers. Qu’est-ce que ces personnes qui sont amenées à solliciter le CRBC se représentent comme étant des archives dignes d’intérêt scientifique ? De quoi sont constitués ces dons ou propositions de dons et que révèlent-ils quant à la perception de notre activité de recherche et d’espace documentaire ? Du point de vue des chercheurs et des bibliothécaires, comment transférer du domaine privé, voire intime, au domaine scientifique ouvert, des archives personnelles ? Quelles sont les enjeux, les modalités, mais aussi les difficultés de la valorisation ? Celle-ci est-elle toujours possible ?
  • 2. La réflexion sur la perception et la composition des sources nous amènera à nous interroger sur la posture de l’auteur : peut-on évaluer, dans un ouvrage scientifiquement médiocre et/ou erroné (l’axe 1 permettra d’établir des critères pour le définir), l’intention de son auteur, vrai falsificateur de données – pour des raisons à déterminer – ou adepte de bonne foi de théories largement diffusées – par exemple sur les origines de la matière de Bretagne, les sources médiévales bretonnes ou la conception de la langue bretonne – mais scientifiquement obsolètes ? Quelle réception et quelle attention accorder aux demandes ou propositions de publication dans le champ éditorial universitaire de productions émanant de ce type de posture ? Comment même de telles collusions sont-elles possibles ? Pourquoi ? Dans une perspective proche, comment expliquer par exemple le déni de fiction posé en préalable à de nombreuses bandes dessinées sur l’histoire de la Bretagne au Moyen Âge ?
  • 3. Ces questions posent par conséquent celle de la compétence des publics : quel est le lectorat visé ? Quelle est la réception attendue ? Et, surtout, quel contrat implicite l’auteur et l’éditeur passent-ils avec le lecteur ? Quel est le degré d’assentiment au pacte de vérité postulé entre un diffuseur de savoir et son récepteur ? On sera ici amené à considérer la diversité des productions (« sérieuses », sur le mode de l’essai, ou plus ludiques) selon les éditeurs qui les diffusent et qui peuvent être à l’origine d’une commande passée à un auteur, notamment des éditions régionales.
    La question de la compétence et des attentes du public pourra aussi être abordée à propos des traductions depuis ou vers la langue bretonne. Quelles œuvres littéraires, françaises ou étrangères, traduire en breton et pour quels destinataires ? Si l’on considère la production existante, on constate que les enjeux de la traduction concernent aussi bien des œuvres modernes ou contemporaines que médiévales : pourquoi, comment traduire par exemple les Lais anglo-normands de Marie de France (XIIe s.) en breton, voire tenter de reconstituer ceux-ci en moyen-breton au XXe siècle ? Ces traductions correspondent-elles à des attentes d’un public non scientifique, mais restreint (un « grand public spécifique », en quelque sorte), ou bien dénotent-elles davantage une posture ou un engagement auctorial ? De même, les traductions d’œuvres ou de textes composés en breton visent-elles à combler les attentes d’un lectorat non bretonnant ? Sont-elles initiées par leurs auteurs ? Quelles relations avec quel type de public présupposent-elles ?

Diffusion de la recherche : L’idée est avant tout d’encourager la discussion transversale entre les différents intervenants. Nous nous adressons aux membres du CRBC, mais aussi à tous ceux qui pensent pouvoir apporter des éléments sur cette thématique. Pour favoriser le dialogue, une présentation de l’intervention sera tout d’abord mise en ligne avant la rencontre et elle pourra être enrichie après celle-ci, suivant les éléments apportés par l’orateur ou les participants.
La possibilité d’une publication commune n’est pas écartée, mais elle n’aurait lieu que dans un deuxième temps, si certaines thématiques particulières s’y prêtent. Le séminaire souhaite être un lieu d’enrichissement de travaux en cours par le partage et la discussion.

Organisation du séminaire : une ½ journée par trimestre, de façon souple, en combinant des communications variées issues de différents champs disciplinaires ou en regroupant des communications sur un type d’ouvrage, un auteur, un support de vulgarisation particulier.

Responsables : Hélène Bouget (helene.bouget@univ-brest.fr) et Magali Coumert (magali.coumert@univ-brest.fr)

N’attendez-pas que nous vous sollicitions, écrivez-vous pour proposer une intervention !


Programme 2021 : Vendredi après-midi 14H30-17h

1re séance : 11 juin 2021
Hélène Bouget (CRBC, MCF langue et littérature médiévales françaises) et Magali Coumert (CRBC, MCF HDR histoire médiévale) : « Ouverture du séminaire : enjeux et perspectives »
Sébastien Carney : « Évocation de l’histoire de la Bretagne en chansons au temps du Revival »

2e séance : 8 octobre 2021
Patrick Kernevez (CRBC, MCF histoire médiévale) : La Bretagne, une terre de châteaux forts ? Un dictionnaire des châteaux médiévaux de Bretagne
Erwan Le Gall (membre associé du CRBC, association « Bretagne Culture Diversité », responsable de la vulgarisation de la matière culturelle de Bretagne) : Vulgariser la matière culturelle de Bretagne : un exercice à part ?