Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

(De 1940 à nos jours) : dissonances, fissures, marges

Colloque international
17-18 novembre 2022 UniCaen /
24 et 25 novembre 2022 Université de Bretagne Occidentale

Ce colloque international trouve sa source dans un projet d’exposition mettant à l’honneur la gravure cubaine et les artistes-graveuses et graveurs formés à l’Instituto Superior de Arte (ISA) et plus exactement au sein du Taller Experimental de Grabado de la Habana. C’est pourquoi, il a semblé intéressant pour le comité scientifique de prendre comme point de départ des « marqueurs » de l’histoire culturelle et politique de Cuba, afin de construire la thématique générale et les axes de ce colloque.

Le premier des marqueurs choisis concerne le caractère hybride de la société cubaine. Le fait de la penser comme telle a été développé à travers le concept de transculturation par l’anthropologue cubain Fernando Ortiz à la fin des années 1930. Dans une certaine mesure, son approche a ouvert la voie à la pensée post-coloniale inspirant une redéfinition de l’ « identité » dans les Amériques. Par ce terme, Fernando Ortiz cherchait à souligner le phénomène de « transmutations constantes » de la culture cubaine et à plus large échelle de celle des Amériques (J Lamore, 1992, p. 6). En effet, l’« identité américaine » est sans cesse questionnée et questionnable au regard de l’hétérogénéité du continent et de l’accaparement du concept pour désigner les habitants des États-Unis (Z Bernd, 2005, p.13). Pourtant, c’est bien le phénomène de la « transformation de fragments d’autres imaginaires » qui caractérise le continent comme les Caraïbes puisque, sur ses territoires, dans ses histoires et au sein de ses sociétés, se déroule une perpétuelle prolifération et une voracité, dans le sens d’ouverture à la réception d’influences, et une capacité à récupérer des restes, des vestiges, des marques de cultures dévalorisées pour les remettre en scène dans un nouveau contexte (J Lezama Lima, 1993). Ce phénomène, conceptualisé par d’autres théoriciens au cours du XXe siècle est le résultat des migrations — immigration et émigration — qu’ont connues ces territoires au cours de leur histoire jusqu’à aujourd’hui. En même temps que les individus étaient déplacés, ils portaient avec eux un patrimoine matériel et immatériel. Cette première réflexion a ouvert la voie à une approche plus large : il s’agit d’aborder les territoires des Amériques par le biais des migrations, tant des individus que des idées, objets et techniques.
Le second « marqueur » sélectionné est le rôle que tiennent l’éducation, la culture et l’art dans la société cubaine. Dès la guerre d’indépendance, l’éducation du peuple cubain a fait partie du projet révolutionnaire du pays. L’importance de l’art et de la culture dans la formation des citoyens et citoyennes s’est poursuivie à la révolution cubaine, avec l’élaboration d’une politique culturelle et la mise en place de structures, fonds et programmes de formation, d’éducation et de soutien à l’art. « On ne peut pas parler de l’art et des artistes cubains sans comprendre l’importance que tient la culture à Cuba, et cela même avant la Révolution » explique Gilbert Browsnstone, historien de l’art et commissaire, dans l’ouvrage L’art à Cuba (2019, p.12). En effet, l’art fut considéré comme un outil de réflexion critique susceptible de faire face à l’idéologie mercantile de l’Occident. Par conséquent, l’art et ses œuvres étaient et continuent d’être perçus comme un outil au service de l’idéologie nationale et un support par lequel la nation et sa population peuvent développer un imaginaire esthétique et critique. A cet égard, il est possible de faire un parallèle entre la réflexion menée par Anne-Marie Thiesse dans l’ouvrage La création des identités nationales (2001) où elle met en évidence les mécanismes par lesquels les nations modernes de la fin du XIXe siècles ont élaboré et mis sur pied un ensemble de discours, symboles, événements et images afin de créer un imaginaire national dans le but d’aviver un sentiment identitaire.
Partant de l’articulation entre art et américanité – comme formulation d’une identité américaine présumée qui réunirait l’hétérogénéité du continent américain et les îles caribéennes – le colloque se propose d’aborder l’art comme un lieu d’élaboration d’une identité collective et/ou individuelle, et plus exactement, comme un lieu d’énonciation, et même de narration, dans lequel la dimension de l’altérité est centrale de par la prégnance du fait migratoire. Dans cette perspective, de la même manière que l’art peut être au service d’un projet national, il peut aussi révéler les dissonances, les fissures, les fragments ou les marges d’une société.
Par le terme des arts, nous entendons dans ce colloque s’attacher aux arts visuels produits depuis les années 1940 dans les Amériques et au-delà de ses frontières, dans le sens où l’américanité peut « se constituer comme une espèce de non-lieu identitaire » (Z Bernd, 2005, p.14, traduction libre) pour les artistes qui ont migré vers, à l’intérieur ou en-dehors de cet espace continental et insulaire.

Les propositions (en français, en espagnol, en anglais ou en portugais) devront comporter le nom et le prénom, le titre, un résumé de la communication d’environ 250 mots + bibliographie et une brève notice biographique. Elles devront être envoyées avant le 2 mai 2022 aux emails suivants : solenne.derigond@unicaen.fr, serme@univ-brest.fr et MariaFatima.Rodriguez@univ-brest.fr.

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