Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Appel à communication

 

« L’utérus : de l’organe aux discours »

Université Bretagne Sud, Lorient

les 10-11 octobre 2019

 

·         Argumentaire

Organe mythique s’il en est, l’utérus est la somme et le condensé de l’appareil génital féminin. Longtemps creuset de la définition de la famille et de la filiation, il est un objet social qui interroge les mutations contemporaines de la société et les catégories identitaires. L’utérus demeure aussi un organe biologique, objet de toutes les attentions, celles des femmes, des hommes, des médecins, des philosophes, des artistes, etc. Organe féminin de la reproduction, il fait l’objet de silences, de discours mais aussi de fantasmes.

Aborder le corps, le statut de la femme ou celui de la famille par le biais d’un organe permet de renouveler les questionnements et d’ouvrir des pistes de lecture pluridisciplinaire. Les vieux débats que l’on croyait finis depuis les années 1970 sur la dénaturalisation des corps et la place des femmes dans la société ressurgissent avec force. Ces dernières années, en particulier autour de la loi sur le mariage pour tous, de nombreuses interrogations apparaissent, obligeant les chercheurs à renouveler leurs objets et à remettre sur le métier de nouveaux travaux. La publication en septembre 2018 de deux ouvrages médiatisés, l’un en histoire, Une histoire des sexualités dirigée par Sylvie Steinberg et l’autre en sociologie, La vie sexuelle en France de Janine Mossuz Lavau, a montré l’intérêt du public pour ces questions. Les discussions récentes autour du projet de loi sur la Procréation Médicalement Assistée, ou autour des lois légalisant ou restreignant l’avortement dans de nombreux pays (Pologne, Irlande, Argentine…), ont remis sur la place publique l’utérus et son potentiel de procréation. Au-delà des réflexions mises en avant sur la naturalité des familles ou sur leur caractère socialement construit, c’est bien d’un organe spécifique qu’on parle. De l’utérus que l’on brandit fièrement sous forme d’échographie à l’annonce d’une grossesse, à celui que l’on cache dans la littérature de jeunesse ou dans les encyclopédies pour enfants, de celui que l’on maltraite médicalement ou socialement à celui que l’on représente en vers, en prose ou en images, la relation métonymique semble s’imposer entre la femme et son organe reproducteur. L’utérus est toujours un centre d’intérêt et d’attention.

La lecture du corps féminin proposée ici est avant tout organique. Il s’agira de voir comment cet organe est perçu par les sociétés à des époques différentes, dans des œuvres référentielles ou fictionnelles, par les artistes ou les scientifiques, mais aussi de voir comment les textes de lois aujourd’hui régissent ces questions. Si les travaux sur le corps féminin sont nombreux – les analyses de genre n’y sont sans doute pas étrangères dans de nombreuses disciplines – le prisme spécifique de l’organe a été rarement choisi. Comment, selon les périodes, les cultures et surtout selon les disciplines, aborde-t-on cette profondeur des corps ? À l’heure où les techniques d’imagerie médicale permettent de scruter l’utérus et d’en connaître les pathologies et le fonctionnement, comment les sciences humaines et sociales, les sciences juridiques, les lettres et les arts conçoivent-ils cette intériorité, entre transparence et opacité, entre fonctionnalité et symbolique, entre vécu et imaginaire ? Que dit chaque spécialiste de cette partie cachée qui projette pourtant tellement au dehors de l’espace corporel ? Comment la littérature, les arts, les législations, la médecine etc. se sont-ils saisis de cet organe pour proposer souvent une lecture de la société ou d’un idéal ?

Le projet s’inscrit résolument dans une démarche pluridisciplinaire et est ouvert aux différentes sciences humaines et sociales, mais aussi aux sciences dites « dures ».

 

·         Axes de communication

Partant des différentes manières de faire référence à l’organe, il s’agit d’étudier les finalités des discours qui lui sont consacrés, en se demandant jusqu’à quel point l’approche organique ne conduit pas irrémédiablement à une lecture naturaliste et fonctionnelle. L’objectif de ce colloque est donc triple. 

Faire référence à l’utérus : un organe innommable ?

S’intéresser aux façons de faire référence à l’organe est un moyen essentiel de construire l’objet commun de recherche. Connaître les mots et les images des uns et des autres, parler une langue commune ou faire le constat de la différence projette déjà une manière de penser l’organique. Nommer, représenter, éluder, user de métaphores, d’analogies ou de métonymies… ces formes de référence pourront être abordées dans des corpus différents, pour des sociétés proches ou lointaines, dans le temps ou l’espace.

Discourir sur l’utérus : normer, pathologiser, sacraliser ?

Si les catégories de discours sont nombreuses (médical, artistique, biologique, littéraire, philosophique, juridique…), les finalités sont souvent proches : il s’agit d’encadrer l’organe, de le protéger, de le posséder, de le pathologiser pour mieux le contrôler ou de le sacraliser pour réduire le corps à sa fonctionnalité reproductive. Toutes ces formes et visées discursives pourront être abordées pour des périodes différentes, des cultures proches ou lointaines, sous forme d’études de cas ou au contraire avec des portées plus globales.

Penser l’organe en féministe : l’utérus, un cul-de-sac épistémologique ?

L’approche organique des corps réduit-elle l’individu à une forme de fonctionnalité, ici à la reproduction ? Au moins depuis le xixe s., la pensée féministe a tantôt pris en compte le corps féminin, tantôt s’en est libérée pour proposer une émancipation où la place du sujet est première. Peut-on penser un corps sans sexuation, sans sexualité, sans reproduction ? Les processus de subjectivation peuvent-ils se passer d’une certaine lecture organique des corps ? L’utérus est-il une pierre d’achoppement pour les pensées féministes ?

Ces axes privilégiés ne sont pas exclusifs, d’autres questionnements ou problématiques pourront être proposés.

·         Organisation du colloque

Le colloque se tiendra sur deux journées à l’Université Bretagne Sud à Lorient les 10 et 11 octobre 2019. Il sera organisé par sessions de communication de 20 à 30 minutes chacune. Un grand temps de discussion sera laissé libre après chaque session.

Une publication rapide des actes du colloque est prévue, les textes devront donc être rendus pour publication durant le 1er trimestre 2020.

·         Modalités de proposition des communications : 

Les propositions présenteront en une page maximum l’objet de la communication, en précisant l’axe dans lequel s’inscrira l’intervention. Elles feront apparaître les nom, prénom, appartenance institutionnelle et adresse mail du ou des communicant·e·s, ainsi que quelques éléments bibliographiques.

Elles sont à envoyer à Isabelle Durand (isabelle.durand@univ-ubs.fr), à Morgan Guyvarc’h (morgan.guyvarch@univ-ubs.fr), à Véronique Mehl (veronique.mehl@univ-ubs.fr) avant le 10 mars 2019.

Les autrices et les auteurs dont les communications seront acceptées seront averti·e·s par courriel début avril.

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