Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Colloque international organisé par l’EA 4249 HCTI/EIRIS
Université de Bretagne Occidentale, , UFR Lettres et Sciences Humaines,
3-5 octobre 2019

La perception de la Chine dans la caricature occidentale
et son influence sur la caricature chinoise

Du fait notamment de son éloignement tant géographique que culturel, la Chine fascine l’Occident de longue date et nombreux sont les témoignages sur l’empire du milieu depuis la fin du treizième siècle et les premiers récits de Marco Polo. L’imaginaire occidental s’est littéralement nourri d’une vision fantasmée de cet empire qui n’a cessé d’inspirer des réactions contradictoires entre fascination et répulsion, entre haine et amour, entre peur et émerveillement, entre sinophilie et sinophobie. À bien des moments clés de l’histoire du monde occidental, et notamment de l’Europe, la Chine a indiscutablement constitué un miroir, dans lequel se reflètent en creux les auto-représentations.
Le regard que l’Occident porte ou a pu porter sur les événements politiques, sociaux et culturels chinois transparaît inévitablement dans la caricature, domaine où les stéréotypes sont souvent rois, que ce soit pour être approuvés ou, au contraire, être dénoncés. L’étude des caricatures produites en Occident depuis des siècles devrait permettre de saisir et de préciser l’ambivalence de la relation que les pays occidentaux, dans leur diversité et leur unité, ont entretenue et entretiennent encore avec la Chine. A partir de ces analyses, il paraît également nécessaire d’étudier la réception de telles caricatures en Chine et leur éventuelle influence sur le regard que portent les Chinois sur les Occidentaux et sur leur propre pays. La représentation de la Chine dans la caricature chinoise donne-t-elle lieu à des représentations monolithiques ou diversifiées ?

La réflexion pourrait s’articuler autour de deux axes qui se rejoignent partiellement :

- Un axe historique

La stabilité et l’ancienneté de l’empire du milieu ont longtemps modelé l’image, véhiculée par les missionnaires jésuites ou protestants présents en Chine et souvent idéalisée, de la Chine dans la perception qu’en ont eue les occidentaux, et ce jusqu’au 18e siècle. Peut-on repérer dans les caricatures anciennes ces éléments de franche sinophilie, de critique indirecte des régimes européens ?
La dégradation de cette image, le passage de la sinophilie du 17ième siècle et d’une grande partie du 18ième siècle à la sinophobie du 19ième siècle, tout du moins en France, imputable à une vision beaucoup plus négative propagée dans les récits des marchands et des voyageurs (Michel Cartier) trouve-t-elle un écho dans la caricature ? Les dessinateurs en viennent-ils à illustrer progressivement l’expression d’ « empire immobile » qui apparaît pour la première fois sous la plume de Friedrich Hegel qui tient des propos très durs sur la civilisation chinoise? (Michel Cartier) Ou les anciennes représentations perdurent-elles encore ?
Les guerres et révoltes du milieu du 19ième siècle, notamment la guerre de l’opium, ont-elles durablement altéré l’image de la Chine, dont l’infériorité militaire devenait manifeste ? Les désastres militaires des conflits franco-chinois, sino-japonais puis la guerre des Boxers ont-ils définitivement décrédibilisé la Chine dans les représentations des caricaturistes ? Ces derniers illustrent-ils graphiquement les propos extrêmement vifs de l’empereur Guillaume II (pas de pardon ! pas de prisonniers !) le 27 juillet 1900 devant les troupes allemandes en partance pour la Chine afin de laver l’affront du massacre de missionnaires ? La représentation d’une Chine fourbe, cruelle, impitoyable, telle qu’on la retrouve dans l’ouvrage de Paul Claudel dans son Livre sur la Chine s’impose-t-elle alors ? Ou les commentaires graphiques sont-ils plus nuancés ?
Comment sont interprétés par la suite les troubles internes de la Chine au début du vingtième siècle et la chute de l’empereur ? Les grands changements politiques et sociaux sont-ils pris en compte ?
Comment sont perçues plus tard la prise du pouvoir par les communistes en 1949 et l’instauration d’un régime politique nouveau ? La Révolution culturelle donne-t-elle lieu à des représentations positives ou négatives ?
Pour finir, de quelles façons réagissent les caricaturistes occidentaux face à la transformation extrêmement rapide de l’économie et de la société chinoises à laquelle nous assistons depuis quelques décennies ? Peut-on parler d’un nouveau « péril jaune » ? Les nouvelles représentations prennent-elles appui sur les auto-images diffusées dans la presse chinoise ?

Autant de questions qui incitent à retracer une histoire de la Chine vue par les caricaturistes occidentaux et à s’interroger sur l’influence de ces représentations.

- Un axe sémiologique et linguistique

Il est nécessaire de se pencher plus précisément sur les représentations graphiques de la Chine, sur la récurrence ou non de certains personnages, de certains motifs, sur les attributs permettant de reconnaître dans le dessin l’homme chinois. Il s’agit également de réfléchir à la persistance ou non de certains stéréotypes et à l’éventuelle diversité des images en fonction des époques et des cultures. Les signes plastiques auxquels recourent les caricaturistes pour étayer leur discours demandent à être explicités.
Le rapport texte/image mérite également d’être étudié. Les qualificatifs présents dans les bulles ou les légendes sont-ils toujours en concordance avec les traits graphiques ?

Les langues de communication sont le français et l’anglais.

Les propositions de communication de 3000 signes maximum, suivies d’une courte notice biographique sont à envoyer avant le 30 septembre 2018 à Yue.Yue1@univ-brest.fr, martine.mauvieux@bnf.fr; jwang@sass.org.cn; delignea@uni-muenster.de; hardy.dominic@uqam.ca; Christophe.Genin@univ-paris1.fr; am@expressum.eu, gardes@univ-brest.fr La liste des propositions retenues sera communiquée le 15 novembre 2018

Comité scientifique :

Alain Deligne (Université de Münster)
Jean-Claude Gardes (UBO)
Christophe Genin (Université de Paris 1)
Dominic Hardy (Uqam)
Martine Mauvieux (BnF)
Alexandre Mitchell, (Université d’Oxford)
Wang Jian, (Shangai Academy of Social Sciences)
Yue Yue (UBO)

Comité d’organisation :

Laurence Dalmon (UBO)
Jean-Claude Gardes (UBO)
Benoît Quinquis (UBO)
Filomena Tino (UBO)
Yue Yue (UBO)
 

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