Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Mythes et écritures du voyage

Programme de recherches porté par Isabelle Durand (PR Littérature comparée, UBS) et Véronique Léonard-Roques (PR Littérature comparée, UBO)

Présentation du séminaire
Il s’agira de s’intéresser aux processus et aux enjeux de mythisation et de mythographie à l’œuvre dans les entreprises d’écriture viatique au sens large : récits de voyage, fictions, littérature de témoignage virgule etc. selon un empan chronologique et culturel extrêmement ouvert, de l’Antiquité à nos jours et dans les littératures occidentales, voire extra-occidentales. Expérience de mouvement vers l’inconnu et l’ailleurs, rencontre (parfois violente ou conflictuelle) de l’altérité, le voyage conduit à convoquer des référents culturels communs pour penser l’autre et l’écrire, tout comme il permet aussi la reconfiguration de mythes anciens, voire la création de nouvelles mythologies. « Tradition, image, scénario ou récit reconnus et répétés au sein d’une communauté humaine » (Véronique Gély, 2007), les mythes sont des « signifiants disponibles » (Marcel Detienne, 1981) que peuvent se réapproprier voyageurs et auteurs de fictions pour appréhender l’expérience du voyage et la mettre en mots à travers des schèmes fictionnels de type mythique (canevas, figures, motifs, lieux mythiques) qui sont des outils de symbolisation collective. Matériau symbolique qui traverse les genres littéraires et les formes artistiques, le mythe sert à penser le monde, le moi et les autres, les situations hors normes, la condition humaine dans la diversité de ses expériences et de ses limites, dans sa monstruosité et sa barbarie possible.
Afin de montrer combien le voyage peut se faire et s’écrire sur le mode de la fictionnalisation du référent spatio-temporel, Christine Montalbetti (Le voyage, le monde, la bibliothèque, 1997) propose de dégager trois complexes : le complexe de Don Quichotte, le complexe de Victor Bérard et le complexe du projectionniste Buster. Les modalités, l’itinéraire, les rencontres du voyage sont donc souvent approchés par le filtre de la fiction dont le mythe constitue une déclinaison. C’est à la mobilisation et la reconfiguration des mythes issus de la Bible, de l’Antiquité gréco-romaine ou à celles de mythes plus récemment forgés comme aux figures mythiques du voyage - qu’elles soient fictionnelles (Ulysse, Enée, Caïn, Noé…) ou d’origine historique (Christophe Colomb…) ainsi qu’à des figures-types liées au voyage de découverte ou de formation, au voyage commercial, au voyage touristique ou au voyage contraint (explorateur, voyageur du Grand Tour, nomade, corsaire, négrier, esclave, migrant économique, déporté, « sauvage »…) - que nous voudrions nous intéresser. Liées à l’intensification des déplacements et des échanges, à l’évolution des moyens de transport, les nouvelles mythologies du voyage retiendront aussi notre attention (Orient-Express, traversées transatlantiques, conquête spatiale…), tout comme un mouvement possible de démythification du voyage contemporain. L’imaginaire du voyage qu’expriment récits fictionnels ou viatiques puisant dans les mythes et les revisitant gagnera aussi à être confronté à des représentations plastiques ou cinématographiques.
D’autre part, il nous semble complémentaire de questionner le recours aux mythes au sein même du genre très ouvert et éminemment plastique qu’est le récit de voyage (Le Huenen, 2015) en nous intéressant à des formes ou des contextes d’écritures viatiques particuliers :
-mythes et écriture viatique en régime d’écriture contrôlée (dans les totalitarismes du XXe siècle, le recours au mythe comme procédé oblique pour passer la censure et tenir un discours oblique de type politique et critique est employé dans l’écriture du voyage en Grèce de l’autrice est-allemande Christa Wolf, dans les récits de voyage en France ou dans le monde méditerranéen du polonais Zbigniew Herbert comme chez des écrivains sous le franquisme ou dans les dictatures d’Amérique latine).
-mythes et écriture viatique dans des récits de voyage contraint ou dans la littérature de témoignage (déportations, exils économiques ou politiques…).
-mythes et écritures viatiques au féminin : quelle mobilisation de mythes dans la mise en mots de l’expérience viatique chez les autrices ? Y a-t-il constitution/création de mythes spécifiques ? Quels sont les modèles mythiques des femmes voyageuses ? Ce champ conduit plus largement à examiner comment s’articulent mythes et genre (gender) dans l’écriture viatique.

Assorties d’une bio-bibliographie, les propositions de participation sont à adresser à : Isabelle DURAND, Professeure de littérature comparée, Université de Bretagne Sud (Lorient) isabelle.durand@univ-ubs.fr et Véronique LEONARD-ROQUES, Professeure de littérature comparée, Université de Bretagne Occidentale (Brest) veronique.leonard@univ-brest.fr


 

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