Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Le roman historique

Le roman historique, origines et renouveaux. Enjeux esthétiques et idéologiques (Université Bretagne-Sud, Lorient, 29 et 30 avril 2020)

Le roman historique constitue actuellement un genre extrêmement prolifique, qui touche un large public, et rencontre un succès grandissant. Répondant à une curiosité pour les époques passées ainsi qu’à un désir de dépaysement et de distraction, le roman historique doit satisfaire à des exigences parfois contradictoires. La diversité des attentes explique en partie l'aspect protéiforme du roman historique, érudit ou populaire, novateur ou stéréotypé, divertissant ou didactique... Le genre se constitue au XIXe siècle, à partir de l’oeuvre de Walter Scott dont les Waverley Novels constituent un modèle pour toute une génération de romanciers. Contemporaine de l’émergence de la discipline historique, qui se détache des Belles-Lettres, l’apparition du roman historique vient répondre à une attente du lectorat. Le roman historique devient rapidement un genre à grande diffusion auquel s’essaient les grands noms du romantisme (en France, Dumas, Vigny, Hugo…) aussi bien que de plus obscurs prosateurs. Le « siècle de l’histoire » est aussi celui du roman historique, dont l’ambition dépasse celle de distraire les lecteurs par des aventures teintées de couleur locale : il s’agit pour beaucoup d’écrire l’histoire, avec une ambition didactique, mais aussi idéologique. En effet, pour les romanciers, parler d’hier est bien souvent une manière de penser aujourd’hui. A partir de cette apparition, on constate que le roman historique ne cesse d’occuper une place de choix dans la production littéraire : il accompagne en effet le réalisme, le naturalisme, croise ensuite les grandes crises du XXe siècle que sont les deux guerres mondiales, dont il rend compte, aux côtés des analyses des historiens et des témoignages individuels. Tout au long de son évolution, le roman historique poursuit son ambition qui est de rendre compte, à sa manière, des événements du passé. Proposant une vision alternative à celle de la discipline historique, elle aussi marquée par des évolutions qui vont voir émerger progressivement sa scientificité, le roman historique continue de raconter des histoires qui croisent la grande Histoire et en proposent une vision partielle et subjective. L’un des problèmes du roman historique se trouve d’ailleurs dans l’articulation entre l’aventure individuelle des personnages et le destin collectif d’un groupe ou d’une nation : lorsqu’ils sont simplement juxtaposés, l’histoire n’est plus qu’un cadre pittoresque pour une histoire personnelle indépendante du contexte. A l’inverse, la fiction se met parfois au service de l’histoire pour en proposer une représentation originale et incarnée. Par sa liberté et son absence d’exigence d’exhaustivité et d’objectivité, le roman historique peut fournir des éléments de réflexion historique, par exemple en adoptant le point de vue des vaincus ou des oubliés de l’histoire, pratique dont l’historien Reinhart Koselleck souligne le gain historique1. L’intérêt toujours renouvelé depuis le XIXe siècle pour le roman historique témoigne encore aujourd’hui du succès de ce genre qui navigue entre littérature scientifique et littérature populaire, dont ce colloque se propose d’interroger les contours et les réécritures depuis le XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui et en dépassant les frontières du cadre occidental.

1 Reinhart Koselleck, « A court terme, il se peut que l’histoire soit faite par les vainqueurs, mais à long terme, les gains historiques de connaissance proviennent des vaincus. », L’expérience de l’histoire, Paris, Gallimard, 1997, p. 239.

Les communications pourront s’inscrire dans les différents axes ci-dessous (sans que cela soit limitatif) :

1/Origines et modèles du roman historique

On pourra réinterroger la place fondatrice du romantisme et de Walter Scott. Existe-t-il des formes antérieures de roman historique ? Le genre est-il spécifiquement occidental ? Quel est l’apport du roman historique américain ?

2/ Ambitions du roman historique

S’agit-il de concurrencer l’histoire, de proposer une nouvelle vision ? L’apport du roman historique à l’Histoire. Y a-t-il un gain historique apporté par le roman (cf Koselleck et l’histoire des vaincus). Le roman historique entre-t-il en concurrence avec l’histoire officielle ? Au contraire est-il simple écho d’une histoire déjà écrite, et même stéréotypée ? Littérature populaire ou formes savantes ?

3/ Roman historique et idéologie

Y a-t-il un engagement du roman historique dans son temps ? Qu’en est-il de l’histoire immédiate ?

4/ Poétique du roman historique

Comment définir le roman historique ? Quelles sont les différentes formes de roman historique ? Quelle en est l’évolution ? Y a-t-il des époques dont la représentation est privilégiée (Antiquité, Moyen Âge, etc.) et quelle représentation en est donnée ? La période médiévale, privilégiée par le roman historique romantique, trouve-t-elle toujours une place de choix, ou a-t-elle été détrônée par d’autres époques ? Quelle place est donnée au personnage historique ? L’intention historique est-elle compatible avec des formes modernes, voire postmodernes, du roman ?

5/ Les théories du roman historique

Depuis Lukacs et son ouvrage fondateur sur Le roman historique, quelles analyses et théories ont été proposées sur le genre ?

Eléments de bibliographie

Ouvrages

Stephen Bann, The Clothing of Clio : A Study of the Representation of History in Nineteenth-Century Britain and France, Cambridge, Cambridge University Press, 1984, 196 p.

Michael Davitt Bell, Hawthorne and the Historical Romance of New England, Princeton, Princeton University Press, 1971, 253 p.

Claudie Bernard, Le passé recomposé : le roman historique français du XIXe siècle, Paris, Hachette supérieur, coll. « Hachette université. Recherches littéraires », 1996, 320 p. Emmanuel Bouju, La transcription de l'histoire. Essai sur le roman européen de la fin du XXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2006, 214 p.

David Brown, Walter Scott and the Historical Imagination, Londres, Routledge, 1979.

Cichocka, Marta, Entre la nouvelle histoire et le nouveau roman historique : réinventions, relectures, écritures, Paris, l’Harmattan, 2007.

Isabelle Durand-Le Guern, Le Roman historique, Paris, Armand Colin, coll. « 128. Série lettres », 2008, 127 p.

Gérard Gengembre, Le Roman historique, Paris, Klincksieeck, coll. « 50 questions » (no 27), 2005, 159 p.

James Kerr, Fiction Against History : Scott as Storyteller, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, 142 p.

Brigitte Krulic, Fascination du roman historique : intrigues, héros et femmes fatales, Paris, Autrement,, coll. « Passions complices », 2007, 243 p.

Georg Lukács (trad. Robert Sailley, Le roman historique, [« Der historische Roman »],coll. « Petite bibliothèque Payot » (no 388), 2000 (1re éd. 1965, 410 p.

Richard Maxwell, The Historical Novel in Europe, 1650-1950, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, 323 p.

Anne Stevens, British Historical Fiction before Scott, Basingstoke, Macmillan, 2010, 201 p.

Numéros spéciaux de revues et ouvrages collectifs sur le roman historique

La Nouvelle Revue Française, « Le Roman historique », oct 1972, numéro 238

Revue Française d’Etudes Américaines, « L’Expérience littéraire de l’histoire en Amérique », 2008, n°118.

Revue d’Histoire Littéraire de la France, « Le Roman historique », 75e année, -juin 1975

Récit et histoire. Etudes réunies par jean Bessière, Université de Picardie, Centre d’études du roman et du romanesque, Paris, PUF, 1984.

Dominique Peyrache-Leborgne (dir.) et Daniel Couégnas (dir.), Le Roman historique : récit et histoire, Nantes, Pleins Feux, coll. « Horizons comparatistes », 2000, 358 p.

Dominique Peyrache-Leborgne (dir.) et André Peyronie (dir.), Le Romanesque et l'historique : marge et écriture, Nantes, Éditions Cécile Defaut, coll. « Horizons comparatistes », 2010, 445 p..

Quelques articles

Anselmini Julie, « Comment écrire l’Histoire ? Barbey d’Aurevilly et les historiens de son temps », communication au colloque international « Barbey d’Aurevilly : bilan critique », Cerisy-la-Salle, 25 août-1er septembre 2014. Parue dans Barbey d’Aurevilly. Perspectives critiques, sous la dir. de P. Glaudes et M.-F. Melmoux-Montaubin, Garnier, « Colloques de Cerisy - Littérature », 2016, p. 161-182. Daspre, André, « Le roman historique et l’histoire », Revue d’histoire littéraire de la France, n°2, 1975, p. 235-244

Gérard Gengembre, « Le roman historique : mensonge historique ou vérité romanesque ? », Etudes, no 413, octobre 2010, p. 367-377

Gérard Gengembre, « Histoire et roman aujourd'hui : affinités et tentations », Le Débat, Paris, Gallimard, no 165 « L'histoire saisie par la fiction », mai-juin 2011, p. 122-135

Les propositions, d’une dizaine de lignes en français ou en anglais, assorties d’une courte bio-bibliographie, devront être envoyées avant le 30 septembre 2019 à

Isabelle Durand (isabelle.durand@univ-ubs.fr), Pauline Pilote (pauline.pilote@univ-ubs.fr) et Patricia Victorin (patricia.victorin@univ-ubs.fr)

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