Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

TV Series : so British or so American ?

JE « TV Series : so British or so American ? »

vendredi 29 mars 2019

Université de Rouen

ERIAC et GUEST-Normandie

Co-organisé par Florence Cabaret, Sébastien LeFait et Hélène Machinal

Laboratoires associés : HCTI, UBO et TransCrit, Paris 8

 

 

Cette journée s’inscrit dans le cadre d’un travail plus vaste sur les séries britanniques et nous aimerions lancer ce travail pluriannuel avec une approche comparative susceptible de faire émerger des éléments saillants de la culture sérielle britannique. Le but sera ensuite de creuser les particularismes qui se seront détachés lors de nos premiers échanges. Pour cette journée d’études, nous souhaiterions donc examiner les séries britanniques à l’aune de leur concurrent principal, qui se trouve être également, du fait de certains liens évidents, leur plus proche parent : les séries américaines, indissociables d’un modèle hégémonique et mondialisé. Afin d’explorer ce qui pourraient être des spécificités plus particulièrement britanniques dans l’univers des séries dites « anglo-saxonnes », nous voudrions mobiliser différents types de comparaisons, à des niveaux différents :

- Les très nombreux remakes explicites d’une série britannique sous forme de série étatsunienne (Mind Your Language et What a Country ! ; The Kumars at Number 42 et The Ortegas ; Absolutely Fabulous et AbFab ; The Office GB et US; Queer as Folk GB et US ; Life on Mars GB et US ; Shameless GB et US ; House of Cards GB et US ; Skins GB et US, Being Human GB et US ; Utopia GB et US ; Criminal Justice et The Night Of), ou vice-versa, même si ces situations existent dans une proportion moindre (The Golden Girls et Brighton Belles, Good Times et The Fosters ; Maude et Nobody’s Perfect ; Curb your Enthusiasm et Lead Balloon ; Law and Order). Il s’agira d’explorer les phénomènes de transposition culturelle à partir d’un cas précis tout en pensant à élargir la réflexion en fonction de l’histoire du genre télévisuel au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. On pourra aussi prendre en compte le contexte de production télévisuel et de réalisation artistique, voire le contexte de réception et de popularité de la série d’origine et de la série adaptée. Il sera aussi pertinent de tenter d’analyser les échecs : que l’on songe à Coupling GB et US ; Skins GB et US ; The Inbetweeners GB et US ; The Tomorrow People  GB et US ; Touching Evil ; Life on Mars ; Prime Suspect ; Broadchurch et Gracepoint .

- Un genre / un type de récit dont l’influence étatsunienne sur l’univers des séries britanniques est historiquement évidente (The Cosby Show et la ethnic sitcom ; Hill Street Blues et le cop drama The Hill, entre autres ; The Office et le mockumentary que l’on retrouve dans Parks and Recreation et Modern Family ; Downton Abbey et le costume drama que l’on retrouve dans The Knick et Mercy Street

- Comment les origines littéraires d’un genre influent-ils (ou pas) sur la production sérielle britannique ou américaine. Les univers du gothique anglais ou du gothique américain produisent-ils des imaginaires différents selon qu’ils sont transposés ou non (exemples : le gothique anglais et son influence sur Penny Dreadful, le roman policier britannique et les séries policières américaines et, inversement, la SF américaine et son influence sur les séries anglaises) ?

- Les questionnements relatifs au genre, aux classes sociales et aux origines (race, class and gender) sont-ils traités différemment selon le côté de l’Atlantique où l’on se trouve ? L’approche étasunienne de ces questions socio-culturelles se fonde-t-elle systématiquement sur une dialectique comique à l’instar de Orange is the New Black, et quelle fonction différente(?) l’humour britannique aurait-il ici ? (exemple de The Misfits). Les séries britanniques s’attachent-elles davantage aux différences de classe tandis que les séries américaines privilégieraient la réflexion sur les relations raciales ? Comment les revendications LGBT sont-elles abordées de part et d’autre de l’Atlantique ? (exemples : Dates, Man in an Orange Shirt, Cucumber / Banana /Tofu et Transparent, Looking, Sense8, Pose)

- Un groupe de personnages ou un type de personnage inspiré et alimenté par son apparition ancrée dans la culture britannique avant d’être adapté et transposé dans l’un ou l’autre des deux pays. Ces exemples nous permettraient d’examiner les transpositions culturelles par-delà les limites du seul concept de « remake » : ainsi, on peut tout à fait voir dans Coupling une reprise à l’humour très British, voire une version semi-parodique de Friends ; que l’on songe également aux relations de The IT Crowd à The Big Bang Theory ; de Sherlock à Elementary ; de In the Thick Of It à Veep.

- La manière dont une série américaine s’empare et/ou intègre un personnage britannique et réciproquement : quels sont les effets de sens produits par l’insertion d’un personnage qui vient incarner cet « autre » apparemment si proche (cf. Dany Wilde dans The Persuaders, Cora Crawley dans Downton Abbey ; Benjamin dans Jekyll ; Jeremy Reed dans The Mindy Project ; Mr et Mrs Whaltam dans Friends, Felix et Sara Manning dans Orphan Black) ? On peut également songer à Episodes, série américaine unique par son niveau de réflexivité comique sur les différences entre la culture télévisuelle américaine et son équivalent britannique, puisqu’Episodes raconte les mésaventures d’un couple de scénaristes britanniques à succès, qui voyage aux États-Unis pour tourner un remake de leur œuvre dont les droits ont été rachetés par une unité de production de la côte ouest. 

- Les développements d’une série vers une autre (de Doctor Who à Torchwood,), des cross-overs, des spin-offs transnationaux (Roseanne et Absolutely Fabulous). Par ailleurs, quid des séries qui, comme Black Mirror ou encore The Persuaders/Amicalement Vôtre, sont nées au Royaume-Uni pour migrer aux Etats-Unis ?

 

Ces réflexions, stimulées par un certain nombre d’exemples précis, viendraient bien sûr nourrir des conclusions plus générales dépassant le seul cadre de l’étude de cas. Ainsi :

- Comment expliquer une certaine surreprésentation, de moins en moins évidente par ailleurs, des miniséries dans le domaine britannique (hors soaps), et des séries au long cours dans le domaine américain – malgré, bien évidemment, l’existence d’exceptions des deux côtés ? De la même manière, observe-t-on une différence entre le nombre séries plot-driven, character-driven, ou storyworld-driven des deux côtés de l’Atlantique ?

- Peut-on identifier des différences en ce qui concerne les processus de légitimation du modèle sériel et de l’industrie sérielle des deux côtés de l’Atlantique ? Que peut-on dire de l’importance des adaptations sérielles de classiques littéraires au Royaume-Uni, de l’importation de grands noms du cinéma dans l’univers des séries aux États-Unis ?

- Comment caractériser la différence du jeu des acteurs et des actrices, au-delà d’accents parfois très marqués ? Quel est l’équivalent américain d’une certaine prévalence, dans le domaine britannique, des acteurs de théâtre, shakespearien en particulier ?

- Existe-t-il des différences dans les modalités de réception identifiables des deux côtés de l’Atlantique, et comment peut-on les expliquer ? Qu’est-ce qui caractérise ou simplement différencie les communautés de fans américaines et britanniques ? La manière dont elles se soudent ou non est-elle différente dans un cas et dans l’autre ? Peut-on constater des différences entre ce qui fait une série culte dans les îles britanniques et aux États-Unis ?

- Quel est l’impact des différents niveaux de contrôle d’institutions étatiques sur les produits culturels dans un cas et dans l’autre (incitation à une certaine politique de la diversité au Royaume-Uni, influence plus limitée de la FCC aux États-Unis d’une manière générale, et avantage donné aux chaînes du câble et de l’Internet, pouvant tout montrer ou presque, se passer des coupures publicitaires, contrairement aux networks dont l’autorité de tutelle contrôle un peu plus les contenus ?)

Ces différents cas de figures permettraient donc de se pencher, par le biais d’un corpus sériel télévisuel, sur les notions de Britishness (de sa validité, de ses variantes, de son efficace), de création transnationale, de transposition culturelle, d’adaptation à des marchés qui se superposent partiellement mais aussi à des modes de production différents.

 

Les propositions de communication en français ou en anglais (300 mots maximum) ainsi qu’une courte notice biographique (200 mots maximum) sont à renvoyer pour le 20 décembre 2018 aux trois organisateurs-trices : sebastien.lefait@univ-paris8.fr; ln.machinal@gmail.com; florence.cabaret@univ-rouen.fr

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