Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Projet de séminaire de recherche ARC (Arts – Recherche – Création)

dans le cadre du futur axe « Arts » du laboratoire HCTI – EA4246 (UBO-UBS)

 

 

Un mot est à la jonction de la recherche universitaire et de l’histoire récente des arts : le mot laboratoire. Dans les deux cas, il s’agit d’un espace-temps de déprise, de recul, de pause, nécessaire à ce qu’advienne de la pensée. Du moins idéalement.

 

Dans le monde universitaire, et notamment dans la recherche en arts, le laboratoire peut parfois se replier sur lui et considérer l’art d’un point de vue extérieur, du côté de la réception, non sans condescendance ni ignorance des conditions concrètes de la création.

 

Dans le monde des arts, le laboratoire est souvent soit un attrape-tout, soit un rêve fou : le rêve de sortir de la course dans laquelle est engagé tout créateur pour exister, trouver des moyens de créer et de vivre, se faire connaître. Le rêve d’une parenthèse, d’une mise à l’écart de la finalité productive, de l’efficacité. Or « l’art est immoral »[1] dit Jerzy Grotowski, « parce qu’il donne raison à celui qui obtient un résultat » et non à celui qui cherche, erre, se trompe et cherche encore.

 

La proposition est de tenter de créer un espace d’intersection entre ces deux réalités / idéalités du laboratoire.  Evidemment dans le prolongement de la Licence Arts dont l’idéal est le même : conjoindre dans l’enseignement des arts le faire et la pensée ; et ce dans une approche pluridisciplinaire.

 

Les formes de cette recherche seraient donc les suivantes :

 

- un séminaire régulier, d’une demi-journée ou d’une journée, dans un lieu si possible inspirant, si possible constituant en lui-même un écart, rassemblant des universitaires, des artistes et des enseignants en écoles d’art, tous en recherche et tous ouverts à la démarche de l’autre (de l’autre art, de l’autre milieu) ;

 

- la thématique de recherche de ce séminaire n’est pas prédéfinie, c’est l’espace-temps de la rencontre qui est en soi l’objet d’investigation : c’est lui qui permet de s’interroger sans œillères ni concepts creux sur ce que signifie cette triade avec traits d’union : arts-recherche-création ;

 

- le séminaire s’appuie d’un côté sur les expérimentations en enseignement dans la Licence Arts (ateliers-recherches, accompagnements de projets, partenariat avec les écoles d’art, ateliers-séminaires de Licence 3, etc.), il les nourrit en retour ; de l’autre sur les processus de recherche et de création des artistes de la Région : il s’agit bien de (re)donner à l’Université sa fonction d’espace de réflexion ouvert aux acteurs d’un territoire commun ;

 

- unissant des personnes d’horizons divers (dans les pratiques comme dans les cultures), le séminaire est un espace de partage et d’humilité, loin des certitudes : chacun y est à égalité de doute, d’ignorance et de découverte ; c’est d’abord un espace de mise en commun de ce qui nous différencie, pour trouver à terme ce qui nous rassemble ; toutes proportions gardées, un modèle pourrait en être l’ISTA (International School for Theatrical Anthrpology), fondée autour d’Eugenio Barba dans les années 80 afin de dépasser l’opposition entre théorie et pratique, entre l’approche de l’historien ignorant tout des pratiques théâtrales et celle de l’artiste « esclave de l’éphémère »[2].

 

- outre la quête d’un lieu d’écart, on peut imaginer des dispositifs de travail favorisant la rencontre : ouverture du séminaire par un travail créatif court proposé par un-e des participant-e-s ; compte-rendus de lectures à tour de rôle ; constitution d’un espace numérique partagé ; présentation à chaque fois d’une démarche de recherche propre à un art ; etc.

 

 

 

Contact : jean-manuel.warnet@univ-brest.fr

 

 

 

 

 

 



[1] J. GROTOWSKI, « Rencontre américaine », Vers un théâtre pauvre, p. 202.

[2] Eugenio BARBA, « ISTA », in E. BARBA, N. SAVARESE, L’Energie qui danse (L’art secret de l’acteur), p. 26.

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