Héritages et Constructions dans le Texte et l'Image

HCTI
HÉRITAGES ET CONSTRUCTIONS DANS LE TEXTE ET L'IMAGE

Axe 1 : Emplacements, déplacements, espacements

L’axe 1, « Emplacements, déplacements, espacements », consacré principalement à la dimension spatiale, examinera comment les cinétiques de l’écart relèvent à la fois des lieux, cadres et constructions sociales à travers les programmes « Structures et systèmes dans les Amériques », « Imaginaires maritimes et régionalismes côtiers » et « Philosophie de la pauvreté et créativité sociale » dont les deux premiers s’appuient sur des travaux antérieurs de l’unité de recherche, le troisième constitue une approche nouvelle.

Cet axe montrera aussi comment l’art se décline spatialement en termes d’Échappées / distances au moyen de trois approches « Mythes et écritures du voyage », « Exils et migrations : histoires, mémoires, représentations », « Lieux de création en Europe », dont la deuxième reprend un programme émergé dans la seconde partie du programme quinquennal 2017-2021.
 

1. Structures et systèmes dans les Amériques


Porteurs du programme : MC Michaud (PR), Jean-Marc Serme (MCF)

Collègues HCTI impliqués dans le programme :
M.-C. Agosto (PR émérite), J.-L. Benoit (MCF HDR émérite), G. Chamerois (MCF), M. Chatalic (MCF), K. Daanoune (MCF), L. Delmas (assoc), M.J. Fernandez (MCF HDR), F. Gavillon (MCF), M. Guennec (MCF), F. Le Corguillé (associé), E. Mullen (MCF), P. Pilote (MCF), JM Serme (MCF), R. Haudidier (doctorant), A. Rémy (doctorant).
 

Présentation du projet scientifique (références bibliographiques incluses) :

En continuité avec les deux contrats quinquennaux précédents, le programme proposé ici cherchera à mettre en avant les questions d’identité en relation avec celles de groupes, de communautés, de nations dans la perspective de mettre la spécificité des Amériques en exergue.

Inspiré d’une part par les théories de Deleuze sur les systèmes - l’homme étant une machine sociale - et par son concept de rhizome repris et développé par Edouard Glissant, et d’autre part fondé sur celles de Benedict Anderson concernant la construction des nationalismes, ce programme scientifique s’attachera à révéler les structures et les systèmes qui régissent les sociétés américaines, les relations entre individus et entre individus et société. L’aversion d’une partie de la population étatsunienne pour le multiculturalisme et le multilatéralisme, couplée au sentiment d’abandon de nombreux groupes sociaux révélé par l’élection de Donald Trump ou l’essor des néo-populismes dans le reste du continent américain, fournissent un exemple de réaction structurelle à un ordre social et politique perçu comme déficient et en perte de repères. Au niveau hémisphérique, un organisme continental comme l’Organisation des États Américains s’appuie sur quatre axes principaux que sont les droits de l’homme, la sécurité, la démocratie et le développement Cette organisation propose des commissions qui travaillent à une certaine convergence des systèmes juridiques des États membres, ou encore tentent d’étendre la coopération pour une meilleure protection des enfants, du droit des femmes ou du développement de l’agriculture. À l’intérieur de chaque pays, des modèles dominants et d’autres, contestataires ou alternatifs, sont souvent en concurrence. Qu’il s’agissent de groupes minoritaires, autochtones ou immigrés, d’une catégorie de personnes comme les femmes, les homosexuels ou les personnes âgées, ou bien encore des groupes contestataires de l’ordre établi comme des écologistes ou des militants de la cause animale, elles et ils peuvent s’approprier une partie au moins de la structure ou du système dominant à des fins d’autonomie, de progrès économique, de réorganisation sociale, de changement d’orientation politique ou environnementale, voire de survie du groupe dominé. Ces ré-interprétations et contestations du système n’empêchent donc pas un ancrage dans ce même système, voire une participation partielle et temporaire du groupe à celui-ci. Mais elles envisagent de nouvelles modalités, de nouvelles bases même, comme on le voit dans les discours sur la transition climatique ou l’intégration des immigrés pour renouveler, transformer, ou remplacer les systèmes et les structures existants.

Le programme ici proposé pourra également se pencher sur l’analyse des différentes idéologies « américanistes » censées construire une certaine idée de l’« Amérique ». La doctrine Monroe et le Panaméricanisme, le « latinoaméricanisme » ou l’« hispanoaméricanisme », et même la pan-ethnicité ont été autant d’essais de faire de l’ensemble du continent américain ou bien d’une partie de celui-ci une unité de sens, peut-être dans le but de s’organiser pour former un tout, peut-être pour imposer un modèle américain au reste du monde. Il serait ainsi intéressant de réfléchir à cette dimension idéologique qui a amené les pays qui forment les Amériques à se définir par rapport aux autres continents. Que reste-t-il de la dialectique Nouveau-Ancien Mondes ? Ainsi, ce programme mettra en exergue les réflexions sur les identités du « nous » américain qui a abouti à la construction de différentes structures et systèmes d’intégration régionale (USMCA, Mercosur, ALBA, etc.) destinés à donner une dimension politique et socio-économique réelle et concrète à ces différentes visions de l’Amérique.

Le programme s’appuiera sur une approche pluridisciplinaire fondée sur l’analyse de discours, la linguistique, les arts visuels (cinéma, photographie ou peinture), la littérature, l’étude des médias ou de la fiction, la sociologie ou encore l’histoire. Cette démarche permettra de comprendre les structures et les systèmes telles que les Amériques les créent, les conçoivent, les façonnent ; elle vise simultanément à expertiser l’impact et les mécanismes issus de ces structures et systèmes sur/dans les Amériques.

Il pourra s’agir d’analyser les fondements de la société, de voir comment fonctionnent les systèmes de socialisation et sociétaux, les structures du fédéralisme ou de l’étatisme, les systèmes économiques régionaux, étatiques ou sub-étatiques, les structures politiques marginales comme les gouvernements tribaux ; un accent sera mis sur les modes de recomposition des sociétés dus aux migrations internes et externes, au transnationalisme, les consolidations ou fragilisations des frontières, les systèmes d’échange et de soutien entre diasporas et les familles restées au pays. La montée en puissance des villes-mondes et les politiques environnementales seront également étudiées dans la perspective de définir une spécificité du continent américain (s’il en est). Et puisque HCTI et notre programme ont la particularité de faire reposer leurs recherches sur les liens entre texte et image, la façon dont les littératures et les productions artistiques américaines s’inscrivent dans les systèmes politiques, culturels ou sociaux, les définissent ou les critiquent servira de tremplin aux diverses analyses.
Notre hypothèse est qu’il existe des structures communes à divers pays américains (donc l’approche comparative sera appréciée). Ainsi, ce programme s’attachera à montrer dans quelle mesure et de quelle manière on peut même penser ces systèmes et structures au niveau continental/hémisphérique (archipélique ou rhizomatique toujours pour reprendre Glissant).

Ainsi, deux projets se précisent déjà : l’un sur le transnationalisme dans/de/vers les Amériques (mis en place dès 2019 et intitulé « ILA, Ici, là-bas, ailleurs : Les Amériques et les mobilités trans-impériales, trans-coloniales et trans-nationales - XVI-XXIe siècles »). L’autre projet, intitulé « Pratiques et valeurs traditionnelles de la modernité autochtone », propose d’étudier la place des savoirs traditionnels des sociétés amérindiennes et de s’interroger sur leur pérennité et leur transmission dans le cadre plus large des sociétés non-autochtones dans lesquelles elles sont incluses.


Collaborations nationales et internationales :

Les collaborations avec d’autres laboratoires (notamment du pôle ouest du GIS Institut des Amériques) et institutions (Archives nationales, CIEMI) déjà existantes seront poursuivies et même renforcées. Concernant les deux projets phares du programme, des collaborations ont déjà été initiées :

  • Projet ILA : avec les laboratoires CRBC (UBO), 3L.AM (Le Mans-Angers), l’Université Paris-Lumières, l’université de Roma3 (Italie), et CUNY (New York, États-Unis).
     
  • Projet « Pratiques et valeurs traditionnelles de la modernité autochtone » : avec le CRBC (UBO), les universités de Nantes, Bordeaux, Nanterre, Orléans.


Programme d’activités 2022-2026 :

• Un colloque tous les deux ans.
• Deux séances de séminaire par an, en alternance par semestre un à Lorient et l’autre à Brest.
• L’organisation d’un séminaire pour doctorants sera encouragée.
• Des conférences ponctuelles données par des chercheurs extérieurs à HCTI (en visio-conférence avec l’autre site).
• Publication des interventions (des séances de séminaires et des conférences), une à mi-contrat et l’autre en fin de contrat ; les actes des colloques seront publiés dans des volumes à part.


 

2. Imaginaires maritimes et régionalismes côtiers dans le texte et l’image

Porteur(s) du programme : Camille Manfredi (Pr. Etudes Britanniques – Université de Bretagne Occidentale) & Kimberley Page-Jones (MC Etudes Anglaises – Université de Bretagne Occidentale)

Autres collègues impliqués :

Lindsay Blair (Visual Culture of Scotland), Monika Szuba (assistant professor, Institute of English & American Studies), Christophe Cosker (associé, docteur en Lettres), Gilles Chamerois (MC Littérature Américaine et Cinéma), Catherine Conan (MC Etudes irlandaises), Mark Anthony Falzon (associate professor, sociology), François Gavillon (MC Littérature américaine), Isabelle Le Corff (Pr. Études cinématographiques), Véronique Léonard-Roques (Pr. Littérature comparée), Ivan Lopez Cabello (MC en langue et civilisations hispaniques), Virginie Muxart (docteur en littérature générale et comparée, Université Sorbonne Paris Nord), Maria Fatima Rodriguez (MC Langues et Littératures hispaniques), Jean-Marc Serme (MC Études américaines), María José Fernández Vicente (MC Civilisation Hispanique Contemporaine).

Laboratoire UBO associé :
Elisabeth Guillou (LP3C), Yvanne Bouvet (CRBC)

Autres laboratoires associés :
CRINI (Centre de Recherche sur l'Identités, les Nations, l'Interculturalité, Université de Nantes), PLEAIDE (Université Sorbonne Paris Nord)
Partenaire à l’international associé : Centre universitaire des Fjords Ouest, Islande, University of Gdansk (Pologne – partenaire SEA-EU) ; University of Malta (partenaire SEA-EU).
 

Présentation du projet scientifique :

Ce programme s’inscrit dans la continuité des travaux et des méthodologies développés dans le cadre du projet reMERci (Fondation de France 2020 – 2022), de l’atelier “Re-viewing, re-imagining regional waters in word and image (Northern Atlantic Arc)” organisé à l’occasion du congrès IAWIS (Water and Sea in Word and Image, University of Luxembourg, initialement prévu en juillet 2020 et reporté aux 4-9 juillet 2021) et des travaux de Christophe Cosker sur l’archipel des Comores.

Les chercheuses et chercheurs engagés dans ce programme se pencheront sur les modalités d’émergence de pratiques artistiques et d’imaginaires maritimes et iliens locaux ou régionaux déployés dans diverses communautés et territoires de l’aire atlantique et de l’océan indien, ainsi que sur le rôle joué par ces imaginaires et pratiques dans l’invention ou la réinvention des identités dans un contexte politique marqué par la montée des régionalismes européens.

Il s’agira d’examiner une variété de ressources nous permettant de comprendre les diverses stratégies (littéraires, esthétiques, verbovisuelles…) mises en œuvre pour représenter, patrimonialiser, idéaliser ou dé-idéaliser la mer, l’île et le littoral en fonction des orientations et objectifs culturels ou politiques des artistes, autorités locales, activistes engagés dans cette démarche de représentation. Il s’agira également de comprendre comment ces représentations ou imaginaires permettent aux populations locales de se valoriser en tant que communautés, de reconfigurer leur image, de concilier des paradigmes (local/européen …), d’envisager mer et littoral non seulement comme des ressources à exploiter mais aussi comme des réservoirs de pratiques et d’affirmations culturelles.

Dans la poursuite des travaux de Christophe Cosker sur Mayotte et sur la construction des connaissances littéraires et linguistiques sur Mayotte, ce programme a également vocation à intéresser littéraires et linguistes travaillant dans les domaines des études africaines, francophones et postcoloniale, et articulant langue et littérature à la façon, moderne, de l’analyse du discours et des études culturelles. Les pistes de recherche concerneront principalement les îles de l’archipel des Comores et à plus long terme d’autres archipels de l’océan indien.

La réflexion collective empruntera les axes suivants :

- La représentation des identités côtières régionales : un enjeu politique ?
- L’influence de l’européanisation des régions sur les représentations maritimes
- La mer : entre représentation d’un savoir différentiel et aspiration à l’unité
- Mer et activisme politique (mouvements littéraires, pratiques culturelles ou esthétiques …)
- Mer, régionalisme et la réinvention d’un « présent permanent » (Hartog, 2003)
- Les imaginaires iliens
- La construction des connaissances littéraires et linguistiques sur les îles
- La vulgarisation des connaissances littéraires et linguistiques sur les îles
- les dialogues interculturels entre métropole et îles
-Mer et appartenance locale / régionale dans les créations artistiques et les dispositifs promotionnels institutionnels
- La représentation des eaux régionales dans le texte et l’image
- La ré-esthétisation des savoir-faire liés à la mer (techniques de pêche artisanale, constructions nautiques, patrimonialisation des techniques de pêche à pied…) dans le texte et l’image
- Le roman maritime et les enjeux actuels à échelles locale, nationale, européenne (politiques, touristiques, fonciers…) : vers une redéfinition du genre ?
- Pollution marine et déchets plastiques : l’intégration des enjeux environnementaux aux dispositifs littéraires ou esthétiques
- Mer, courants, vagues et marées dans le texte-image : du sentiment d’appartenance au dialogue entre identités nationales et régionales
- L’esthétisation et l’artialisation des énergies renouvelables marémotrices et houlomotrices dans le cadre régional
- Repenser les « Blue Humanities » : entre constructions identitaires maritimes et humanités environnementales.
 

Bibliographie indicative :

BESSON, Cyril (dir.), L'Écosse et la mer / Scotland and the Sea, Études écossaises n° 19 / 2017.
BOUVET Yvanne & PAGE-JONES Kimberley (dir.), Discours sur la mer, résistance des pratiques et des représentations, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2020. A paraître.
CABANTOUS Alain, LESPAGNOL André, PERON Françoise, Les Français, la terre et la mer, XIIe – XXe siècle, Paris, Fayard, 2005.
CABANTOUS, Alain, BUTI Gilbert, De Charybde en Scylla. Risques, périls et fortunes de mer du XVIe siècle à nos jours, Paris, Belin, 2018.
CAMPBELL Alexandra, « Extractive Poetics: Marine Energies in Scottish Literature », Humanities 2019, 8(1), 16, https://doi.org/10.3390/h8010016
CAMPBELL, Alexandra, « A World of Islands : Archipelagic Poetics in Modern Scottish Literature », The Poetics of Space and Place in Scottish Literature, Monika Szuba et Julian Wolfreys (dir.), NewYork : Palgrave Macmillan, 2019, pp. 165-185.
CASSOU-NOGUES Pierre, Métaphysique d’un bord de mer, Paris, Les éditions du Cerf, 2016.
CORBIN Alain, Le territoire du vide : l’Occident et le désir du rivage, 1750-1840, Paris, Flammarion, 1988.
CORBIN Alain, RICHARD Hélène, La mer, terreur et fascination, Paris, Bibliothèque nationale de France/Seuil, 2004.
COSKER Christophe, Anthologie des lettres francophones à Mayotte, Paris, L’Harmattan, 2018, tome 1 « Les Anciens », tome 2 « Les Modernes ».
COSKER Christophe, L’Invention de Mayotte, Pamandzi, La Route des Indes, 2019.
COSKER Christophe, Nassur Attoumani : un ironiste de l’océan Indien, Saint-Denis (de la Réunion), Presses Universitaires Indianocéaniques (PUI), 2019.
DELOUGHREY Elizabeth, “Submarine Futures of the Anthropocene”, Comparative Literature (2017) 69 (1): 32–44.
FOUCAULT Michel, “Il faut défendre la société”, Paris : Gallimard, 1997
GILLIS John R., The Human Shore. Seacoasts in History, Chicago : University of Chicago Press, 2012.
GUEBOURG Jean-Louis, Petites îles et archipels de l’océan Indien, Paris, Karthala, 2006.
HARTOG François, Régime d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Seuil, 2003.
HARVIE Christopher, The Rise of Regional Europe, London: Routledge, 1994.
ISSUR Kumari R. et HOOKOOMSING Vinesh Y., L’océan Indien dans les littératures francophones, Paris, Karthala, Presses de l’université de Maurice, 2001.
JOUBERT Jean-Louis, Amina Osman & Liliane Ramarosoa, Littératures francophones de l’océan Indien. Anthologie, Paris, Groupe de la Cité, 1993.
JOUBERT Jean-Louis, Littératures de l’océan Indien, Vanves, EDICEF/Ellipses, 1991.
LAND Isaac, « Tidal Waves: The New Coastal History », Journal of Social History 40, no. 3 (2007): 731-743. doi:10.1353/jsh.2007.0051.
LATOUR Bruno, Politiques de la nature, Paris, la Découverte, 1999.
MACK John, The Sea : A Cultural History, Reaktion Books, 2013.
MANFREDI Camille et BYRNE Michel (dir.), Bretagne-Écosse : contacts, transferts et dissonances / Brittany-Scotland: Contacts, Transfers and Dissonances, Brest, Université de Bretagne occidentale, 2017.
Michel Hausser & Martine Mathieu, Littératures francophones, Tome 3 « Afrique noire. Océan Indien », Paris, Belin 1998.
OPPERMANN Serpil, « Storied Seas and Living Metaphors in the Blue Humanities », Configurations 27, no. 4, 2019, pp. 443-461. doi:10.1353/con.2019.0030.
RAUVILLE Camille de, Anthologie de l’océan Indien, Tananarive, Cahiers de Lémurie, 1956.
ROUX Michel, L’imaginaire marin des Français, Paris, L’Harmattan, 1997.
SCULLY Roger, WYN JONES Richard (dir.), Europe, Regions and European Regionalism, London: Palgrave Macmillan, 2010.
SERRES Michel, Biogée, Paris, Editions Le Pommier, 2013.
STEINBERG Philip E., The Social Construction of the Ocean, Cambridge University Press, 2001.
SUBRAMANI, « The Oceanic Imaginary », The Contemporary Pacific, University of Hawai'i Press, Vol. 13, Nb. 1, Spring 2001, pp. 149-162, 10.1353/cp.2001.0035
 

Programme d’activités 2022-2026 :

  •  Colloque dans le cadre du projet reMERCi – 2022 / 2023 (à reprogrammer)
  •  Journées d’étude : 2022 & 2023 :

1) Mer et littoralités dans le texte / l’image : vers de nouvelles communautés imaginées ?
2) Mer et régionalisme (européen ?) : appartenance et identité côtières en devenir

  •  Proposition d’ateliers dans colloques et congrès internationaux (2023 & 2024)
  •  Colloque international en 2024
  •  Exposition de créations verbo-visuelles, appel à projets artistiques (2025 – 2026)

Publications envisagées :
- Numéro thématique dans la revue MOTIFS (revue en ligne de HCTI EA 4249) suite aux journées d’étude
- Ouvrage collectif suite au colloque organisé dans le cadre du reMERCI
- Ouvrage collectif, dir. Kimberley Page-Jones et Camille Manfredi, 2026.

 
 

3. Philosophie de la pauvreté et créativité sociale

Porteurs du programme : David Jousset (MCF HDR), Dimitri Kasprzyk (MCF)

Autres collègues HCTI impliqués :

Alain Kerhervé (PR), Semyon Tanguy-André (doctorant en Philosophie sociale – HCTI – Université de Brest)

Autres collègues extérieurs à l’UBO et laboratoires associés :
Cécile LAVERGNE (MCF Philosophie, Unité de recherche en sociologie, philosophie et anthropologie politiques SOPHIAPOL EA 3932– Nanterre), Marie GARRAU (MCF Philosophie - UMR 8103 - ISJPS : Institut des Sciences Juridique et Philosophique de la Sorbonne), Guillaume LE BLANC (PR Philosophie – Laboratoire du Changement Social et Politique – Paris Diderot), Fred POCHE (PR Philosophie - Recherches en clinique psychanalytique, processus psychiques, et esthétique, EA 4050-CRCP, Université catholique d’Angers), Emmanuel RENAULT (PR Philosophie – SOPHIAPOL, Nanterre), Bruno TARDIEU (Directeur du Centre de mémoire et de recherche Joseph Wresinski – mouvement international ATD Quart Monde)


Présentation :

La pauvreté est un domaine de l’expérience humaine qui a fait l’objet d’études nombreuses ayant une portée philosophique forte, que ce soit en sociologie (Bourdieu, Castel, S. Paugam), anthropologie (Lewis, M. Agier), économie des inégalités (P. Salama, A. Sen) ou encore histoire (Geremek, Mollat). Elle est rarement thématisée comme telle dans le discours philosophique, en dehors d’approches de théorie de la socialisation (Simmel) ou d’une problématique de la gouvernance des sujets (Foucault). En philosophie sociale, il s’agit surtout d’une philosophie du peuple (Proudhon) souvent critiquée au nom d’une raison plus scientifique (Marx) ou de l’ambivalence de la fascination de la démocratie pour l’égalité (Tocqueville). Dans l’héritage de Marx, la Théorie critique (d’Adorno à A. Honneth) conceptualise l’aliénation, le déni de reconnaissance ou le mépris, plus que l’expérience de l’exclusion sociale en tant qu’elle produit cette forme cumulative, durable et systémique des différentes pauvretés qui constitue la configuration de la misère. Même le pragmatisme (Addams, Dewey) semble peu laisser émerger ce que la pauvreté radicale recèle de pensée neuve.

En effet l’expression de « philosophie de la pauvreté » n’entend pas ici donner à la philosophie académique un objet qui serait la pauvreté mais plutôt essayer de faire se rencontrer des pensées différentes, certaines issues de la philosophie sociale (E. Renault), politique (J. Rancière) ou d’autres approches (philosophie de l’être au monde, des limites de l’humain), certaines issues de l’expérience même de la grande pauvreté et de l’action de lutte qu’elle suscite en retour.

Le programme de recherche vise en effet à être attentif à la créativité sociale qui a lieu dans l’expérience même de la pauvreté : comment les personnes très pauvres maintiennent, préservent voire renouent du lien social ? Quelle est leur contribution à la création de la société, non seulement au niveau de la vie matérielle des corps mais aussi au niveau de l’imaginaire social, des traces historiques, de l’expérimentation d’autres formes de vie sociale que celles qui produisent ou tolèrent l’exclusion ?


Programme d’activités 2022-2026 :

Ce programme pourrait se déployer selon différentes orientations en parallèle :

• Analyse généalogique des discours philosophiques sur la pauvreté, notamment dans les différents courants de la philosophie sociale contemporaine, depuis Rousseau ;

• Analyse des discours et représentations de la pauvreté, à travers l’étude de sources documentaires et archivistiques. Si l’Antiquité gréco-romaine laisse très peu la parole aux pauvres dans les sources écrites, puisque la majorité de la population était analphabète, les œuvres littéraires antiques, qui sont certes pour l’essentiel produites par une élite fort éloignée des préoccupations de la majeure partie de l’humanité, n’en offrent pas moins, par le biais de la fiction (romanesque ou rhétorique), du mythe, de la réflexion morale ou du récit historique ou biographique, des tableaux de la pauvreté, mais aussi des descriptions des processus qui entraînent la déchéance d’un individu, et ce dans différentes couches de la société. La correspondance des individus (Libanios, Synésios), leur autobiographie, leurs rêves (tels que les reproduit le traité d’interprétation des songes d’Artémidore), les discours des orateurs sont autant de textes qui racontent une déchéance (ou les tentatives pour y échapper) et laissent transparaître la perception de ceux qui la subissent. Mais ces documents littéraires, donc fortement biaisés, méritent d’être lus en regard des textes documentaires (archives personnelles, correspondances individuelles ou administratives, ex-votos, plaintes et comptes rendus d’audiences judiciaires tels qu’en ont livré les Actes des Martyrs païens) qui laissent transparaître le vécu des individus pauvres ou craignant de le devenir. Ce travail d’analyse discursive, et non pas historique ou sociologique, de textes parcellaires, qui nous sont parvenus de façon forcément aléatoire, au gré des découvertes archéologiques, servira de point de comparaison, que nous espérons fécond, à l’Étude des archives du Centre de recherche d’ATD Quart Monde : 60 ans de documents (récits de vie, universités populaires) de provenance internationale, notamment les écrits largement inédits du fondateur, Joseph Wresinski.

• Un aspect de la créativité sociale sera d’étudier dans la perspective des plus pauvres les « pratiques de sociabilité » : quelles spécificités ont ces pratiques chez les plus pauvres, quelles modélisations, quelles diffusions dans le reste de la société ? Un enjeu philosophique serait d’interroger ici la notion de pratique : comment un ‘faire société’ se joue dans des façons de pratiquer la vie sociale ? (par exemple les actes de solidarité, de résistance au délitement social) ; l’étude de certaines réalités du monde antique offrira peut-être un contrepoint fructueux, à travers l’étude des rapports parfois poreux entre les individus situés au bas de l’échelle sociale, mais théoriquement intégrés à la société (du fait, par exemple, qu’ils paient des taxes) et ceux qui se sont de facto affranchis du monde régi par des règles sociales codifiées en basculant dans le brigandage, comme l’atteste la documentation papyrologique.

• Animation d’une co-recherche entre philosophes de métier, personnes ayant l’expérience de la grande pauvreté (militants au sein du mouvement international ATD Quart Monde) et volontaires engagés à leur côté : ce séminaire international de philosophie sociale (« Penser l’être social » ) déjà engagé (2019-2021, participants d’Angleterre, Belgique, Brésil, Congo, France, Italie, Maurice, Suisse) ouvrira sur des perspectives d’écriture en commun de la pensée sociale, en intégrant un colloque scientifique prévu en partenariat avec des laboratoires de Paris-Sorbonne, Paris-Diderot et Nanterre.
 

Publications envisagées :

• Actes du colloque « Penser l’être social »
• Collectif issu du séminaire international de philosophie sociale
• Publications en commun avec d’autres chercheurs de HCTI suite à des journées d’étude ou autres collaborations sur des aspects de recouvrement des programmes.
• Séminaire « Pauvretés antiques »
 

Bibliographie indicative :

ATKINS, E. M. & Osborne, R. (éd.), Poverty in the Roman world, Cambridge University Pr., 2006.
BOURDIEU Pierre (dir.), La misère du monde, Paris, Seuil, coll. « Points essais », 2007 (1993)
BUR Cl., La Citoyenneté dégradée. Une histoire de l’infamie à Rome (312 av. J.-C. – 96 apr. J.-C.), Collection de l’École française de Rome, 2018.
CHABAUD G. (éd.), Classement, Déclassement, Reclassement. De l'Antiquité à nos jours, Presses universitaires de Limoge, coll. « Histoire », 2011.
FLOWER, H. I. The Art of forgetting: disgrace & oblivion in Roman political culture, University of North Carolina Pr., 2006.
GALBOIS E., Rougier-Blanc S. (éd.), La Pauvreté en Grèce ancienne. Formes, représentations, enjeux, Bordeaux, Ausonius, coll. “Scripta Antiqua” 57, 2014.
GEREMEK Bronisław, Les Fils de Caïn. L'image des pauvres et des vagabonds dans la littérature européenne, Flammarion, 1991
JOUSSET David, TARDIEU Bruno, TONGLET Jean, « Les pauvres sont nos maîtres » ! Apprendre de ceux qui résistent à la misère : le paradoxe Wresinski, Paris, Hermann, 2019
KLINGENBERG, A. Sozialer Abstieg in der römischen Kaiserzeit. Risiken der Oberschicht in der Zeit von Augustus bis zum Ende der Severer, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2011
LE BLANC Guillaume, Vies précaires, vies ordinaires, Le Seuil, Paris, 2007
LEVY E. (éd.), La question des pauvres et de la pauvreté dans le monde grec, Revue Ktèma, Univ. de Strasbourg, 2013
PAUGAM Serge, Les Formes élémentaires de la pauvreté, Paris, Puf, 2005 ; La Disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, Puf, 1991
PROUDHON Pierre-François, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846
RANCIERE Jacques, Le Philosophe et ses pauvres, Fayard, 1983
RENAULT Emmanuel, Souffrances sociales. Sociologie, psychologie et politique, La Découverte, Collection « Armillaire », 2008
SIMMEL Georg, Les Pauvres, P.U.F., 1998 (Sociologie, chap. 7, 1908)
TAYLOR, C., Poverty, wealth, and well-being: experiencing « penia » in democratic Athens, Oxford University Pr., 2017.
 
 
 

4. Mythes et écritures du voyage

Porté par Isabelle Durand (PR Littérature comparée) et Véronique Léonard-Roques (PR Littérature comparée)

Autres collègues impliqués :
Kimberley Page-Jones (MCF, Littérature britannique, UBO), Margot Damiens (ATER Etudes germaniques, UBS).

Collègues et structures extérieurs :
Philippe Antoine (PR Littérature française, Clermont-Ferrand, CELIS), Catherine Morgan-Proux (MCF Etudes britanniques, Clermont-Ferrand, CELIS) et Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, Université Clermont-Auvergne).


Présentation :

Il s’agira de s’intéresser aux processus et aux enjeux de mythisation et de mythographie à l’œuvre dans les entreprises d’écriture viatique au sens large : récits de voyage, fictions, littérature de témoignage etc. selon un empan chronologique et culturel extrêmement ouvert, de l’Antiquité à nos jours et dans les littératures occidentales, voire extra-occidentales. Expérience de mouvement vers l’inconnu et l’ailleurs, rencontre (parfois violente ou conflictuelle) de l’altérité, le voyage conduit à convoquer des référents culturels communs pour penser l’autre et l’écrire, tout comme il permet aussi la reconfiguration de mythes anciens, voire la création de nouvelles mythologies. « Tradition, image, scénario ou récit reconnus et répétés au sein d’une communauté humaine » (Véronique Gély, 2007), les mythes sont des « signifiants disponibles » (Marcel Detienne, 1981) que peuvent se réapproprier voyageurs et auteurs de fictions pour appréhender l’expérience du voyage et la mettre en mots à travers des schèmes fictionnels de type mythique (canevas, figures, motifs, lieux mythiques) qui sont des outils de symbolisation collective. Matériau symbolique qui traverse les genres littéraires et les formes artistiques, le mythe sert à penser le monde, le moi et les autres, les situations hors normes, la condition humaine dans la diversité de ses expériences et de ses limites, dans sa monstruosité et sa barbarie possible.

Afin de montrer combien le voyage peut se faire et s’écrire sur le mode de la fictionnalisation du référent spatio-temporel, Christine Montalbetti (Le voyage, le monde, la bibliothèque, 1997) propose de dégager trois complexes : le complexe de Don Quichotte, le complexe de Victor Bérard et le complexe du projectionniste Buster. Les modalités, l’itinéraire, les rencontres du voyage sont donc souvent approchés par le filtre de la fiction dont le mythe constitue une déclinaison. C’est à la mobilisation et la reconfiguration des mythes issus de la Bible, de l’Antiquité gréco-romaine ou à celles de mythes plus récemment forgés comme aux figures mythiques du voyage - qu’elles soient fictionnelles (Ulysse, Enée, Caïn, Noé…) ou d’origine historique (Christophe Colomb…) ainsi qu’à des figures-types liées au voyage de découverte ou de formation, au voyage commercial, au voyage touristique ou au voyage contraint (explorateur, voyageur du Grand Tour, nomade, corsaire, négrier, esclave, migrant économique, déporté, « sauvage »…) - que nous voudrions nous intéresser. Liées à l’intensification des déplacements et des échanges, à l’évolution des moyens de transport, les nouvelles mythologies du voyage retiendront aussi notre attention (Orient-Express, traversées transatlantiques, conquête spatiale…), tout comme un mouvement possible de démythification du voyage contemporain. L’imaginaire du voyage qu’expriment récits fictionnels ou viatiques puisant dans les mythes et les revisitant gagnera aussi à être confronté à des représentations plastiques ou cinématographiques.

D’autre part, il nous semble complémentaire de questionner le recours aux mythes au sein même du genre très ouvert et éminemment plastique qu’est le récit de voyage (Le Huenen, 2015) en nous intéressant à des formes ou des contextes d’écritures viatiques particuliers :

- mythes et écriture viatique en régime d’écriture contrôlée (dans les totalitarismes du XXe siècle, le recours au mythe comme procédé oblique pour passer la censure et tenir un discours oblique de type politique et critique est employé dans l’écriture du voyage en Grèce de l’autrice est-allemande Christa Wolf, dans les récits de voyage en France ou dans le monde méditerranéen du polonais Zbigniew Herbert comme chez des écrivains sous le franquisme ou dans les dictatures d’Amérique latine).

- mythes et écriture viatique dans des récits de voyage contraint ou dans la littérature de témoignage (déportations, exils économiques ou politiques…).

- mythes et écritures viatiques au féminin : quelle mobilisation de mythes dans la mise en mots de l’expérience viatique chez les autrices ? Y a-t-il constitution/création de mythes spécifiques ? Quels sont les modèles mythiques des femmes voyageuses ? Ce champ conduit plus largement à examiner comment s’articulent mythes et genre (gender) dans l’écriture viatique.

Programme :

L’organisation de ce programme pourrait prendre pendant 4 ans la forme d’un séminaire de 3 à 4 séances par an en alternance à Brest et à Lorient et se clore par un colloque final. On pourra voir si des actions de vulgarisation et de diffusion sont envisageables avec le Musée de la Marine de Brest et avec le Musée de la Compagnie des Indes de Port-Louis. On cherchera aussi à établir des partenariats scientifiques avec les universités du programme européen SEA-EU.


Publications :

Publication des travaux du séminaire et publication des actes du colloque.
 

Sélection de références bibliographiques :

Bourguignat, Nicolas (dir.), Le voyage au féminin. Perspectives historiques et littéraires (18e-20e siècles), Strasbourg, PUS, 2008.
Cogez, Gérard, Partir pour écrire. Figures du voyage, Paris, Honoré Champion, coll. « Champion Essais », 2014.
Detienne, Marcel, L’Invention de la mythologie, Paris, Gallimard, 1981.
Durand, Isabelle, « Des barbares du Nord à la poésie rhénane : images romantiques de l’Allemagne », in Monique Dubar et Jean-Marc Moura (dir.), Le Nord, latitudes imaginaires, Lille, UL3, « Travaux et recherches », 2000, p. 165-173.
Durand, Isabelle, « Espace et roman d’apprentissage », in Juliette Vion-Dury, Jean-Marie Grassin, Bertrand Westphal (dir.), Littératures et espaces, Limoges, PULIM, 2003, p. 525-532.
Durand, Isabelle, « Napoléon face à l'Europe: usages, mythes, représentations », in Petroleum-Gas University of Ploiesti Bulletin, Vol LX, No 2B, 2008.
Estelmann, Franck et alii (dir.), Voyageuses européennes au 19e siècle. Identités, genres, codes, Paris, PUPS, 2012.
Gély, Véronique, « Les sexes de la mythologies. Mythes, littérature et gender », in Anne Tomiche et Pierre Zoberman (dir.), Littérature et identités sexuelles, Paris, SFLGC, coll. « Poétiques comparatistes », 2007.
Gomez Géraud, Marie-Christine, Antoine, Philippe (dir.), Roman et récit de voyage, Paris, PUPS, 2001.
Le Huenen, Roland, Le récit de voyage au prisme de la littérature, Paris, PUPS, 2015.
Léonard-Roques, Véronique, « Ville-refuge. La cité idéale », in Alain Montandon (dir.), Le Livre de l’hospitalité, Paris, Bayard, 2004, p. 681-692.
Léonard-Roques, Véronique (dir.), Figures mythiques. Fabrique et métamorphoses, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, coll. « Littératures », 2008.
Léonard-Roques, Véronique (dir.), « Cassandre dans le récit de voyage en Grèce de Christa Wolf : de la mémoire littéraire au réinvestissement personnel », in V. Léonard-Roques et Ph. Mesnard (dir.), Cassandre. Figure du témoignage, Paris, Kimé, coll. « Entre Histoire et Mémoire », 2015, p. 195-216.
Levi-Strauss, Claude, Tristes tropiques, Plon, 1955.
Montalbetti, Christine, Le voyage, le monde et la bibliothèque, Paris, PUF, 1997.
Le Globe, revue genevoise de géographie, numéro thématique « Géographie et littérature », no 146, 2006.
Viatica, revue en ligne du Centre de Recherches sur la Littérature des Voyages (CRLV) http://revues-msh.uca.fr/viatica/
 

 

5. Exils et migrations : histoires, mémoires, représentations


Porteur du programme :
Iván López Cabello (MCF)

Autres collègues impliqués (liste non exclusive) :
Estelle Bedon (MCF), Molly Chatalic (MCF), Laurent Daniel (MCF), María José Fernández Vicente (MCF-HDR), Mariannick Guennec (MCF), Gwyn Jones (MCF), Véronique Léonard-Roques (PR), Camille Manfredi (PR), François Martinez (MCF), Eva Montoya García (doctorante), Nathalie Narváez (docteure), Kimberley Page-Jones (MCF), Fátima Rodríguez (PR), Eugénie Romon (PRCE), Mohamed Saki (MCF), Jean-Marc Serme (MCF), Yue Yue (MCF)

Partenaires extérieurs et/ou institutionnels confirmés (liste non exclusive) :

International :
- Universidad de Cádiz (Espagne, collaboration UBO / UCA dans le cadre de l’alliance The European University of the Seas, SEA-EU). Julio Pérez Serrano (PR), directeur du Grupo de Estudios de Historia Actual (GEHA, HUM 315), directeur du programme de doctorat « Artes y Humanidades » du département « Historia Moderna, Contemporánea, de América y del Arte », faculté de « Filosofía y Letras »
- Universitat Autònoma de Barcelona (Espagne) : Manuel Aznar Soler (PR) et José Ramón López García (MCF), directeurs du Grupo de Estudios del Exilio Literario (GEXEL-CEDID)
- University of Maryland (EEUU) : José María Naharro Calderón (PR)
- Universidad Autónoma de Madrid (Espagne) : Carmen Valcárcel Rivera (MCF), membre du groupe de recherche Los géneros literarios en la literatura hispánica contemporánea (IGEL, HUM F-023)
- Universidad de Córdoba (Espagne) : María de los Angeles Hermosilla (PR), directrice du groupe de recherche LENGUAJES (HUM-224)
- Universidad de Alicante (Espagne) : Miguel Tolosa Igualada (MCF)
- Asociación para el Estudio de los Exilios y Migraciones Ibéricas Contemporáneas (Espagne, Madrid) : José María Naharro Calderón (PR), président de AEMIC
- Asociación de Historia Actual (Espagne, Cadix) : Julio Pérez Serrano (PR), président de AHA

National :
- Universités d’Angers, de Bretagne Occidentale, du Maine, de Nantes et de Rennes 2 : Fátima Rodríguez (PR), responsable du Master 2 mention Études sur le genre parcours Corps et biopolitiques
- Université de Bretagne Occidentale : Guillaume Fernández (MCF), membre du Laboratoire d'Études et de Recherche en Sociologie (LABERS, EA 3149) ; association étudiante La Tertulia
- Association Mémoire de l’Exil Républicain dans le Finistère : Jean Sala-Pala (PR), président de MERE 29
- Centre d’Études et de Recherches sur les Migrations Ibériques : Odette Martínez-Maler (MCF), présidente du CERMI
 

Présentation :

En continuité avec le programme La guerre d’Espagne, l’exil, la Bretagne. Histoires, mémoires, représentations, du contrat quinquennal précédent (Lignes de force, 2017-2021), ce nouveau projet cherchera une ouverture géographique et chronologique partant d’une réflexion sur les nouvelles approches autour des exils et des migrations.

Ce projet de recherche a pour objectif d’apporter un éclairage à la fois historique, littéraire, artistique, mémoriel et testimonial de « l’expérience de l’exil » (Nouss, 2015) et plus généralement sur les phénomènes exiliques et migratoires. La mise en exergue de l’expérience de ces mobilités constitue le fondement de notre démarche : leurs représentations dans le texte et l’image, dans le passé comme dans les temps présents, et ce dans un large spectre géographique.

La France et l’Europe sont à nouveau confrontées à la nécessité d’accueillir des exilé.es et des migrant.es jeté.es sur les routes par des guerres ou des régimes dictatoriaux, par des crises économiques ou encore des catastrophes écologiques. Notre propos vise également à mettre en perspective la mémoire et l’histoire plurielles des exilé.es-migrant.es et les problématiques actuelles liées à l’accueil des réfugié.es en Europe et ailleurs. Comment ces expériences sont-elles représentées, au sein d’une communauté, soit à travers la création ou le témoignage, ou encore les travaux de recherche.

La diversité des méthodes et approches (historique, littéraire, linguistique, médiation, études de genre...) des membres de ce projet nous permet d’analyser les phénomènes migratoires dans une perspective pluridisciplinaire. Dans l’idée de faire évoluer notre réflexion sans discontinuité, nous entendons accorder une place toute particulière aux problématiques de genre. L’objectif est également de donner suite et d’élargir les collaborations scientifiques et associatives établies dans le contrat quinquennal précédent.
 

Bibliographie :

AGIER Michel, Le couloir des exilés. Être étranger dans un monde commun. Bellecombe-en-Bauges : Éditions du Croquant, 2011
ALEXANDRE GARNER Corinne, KELLER Isabelle ¬Privat (dir.), Migrations, exils, errances et écritures, Nanterre : Presses universitaires de Paris Ouest, 2012
ANDRÉ Jacques, Les déracinés : Réfugiés et migrants dans le monde, Paris : Éditions de la Découverte, 1985
ASCUNCE ARRIETA José Angel (coord.), El exilio: debate para la historia y la cultura, San Sebastián : Saturraran, 2008
AZNAR SOLER Manuel, LÓPEZ GARCÍA José-Ramón (éd.), Diccionario biobibliográfico de los escritores, editoriales y revistas del exilio republicano de 1939, Sevilla : Renacimiento, 2016
BALIBREA Mari Paz, Líneas de fuga. Hacia otra historiografía cultural del exilio republicano español, Madrid : Siglo XXI, 2017
BOURQUE Dominique, HOGIKYAN Nellie, Femmes et exils : formes et figures, Laval : Presses de l’Université de Laval, 2011
CAMBREZY Luc, Réfugiés et exilés : crise des sociétés, crise des territoires, Paris : IRD, 2001
COURTINE DENAMY Sylvie, L’exil dans l’exil. Les langues de l’ailleurs, l’ailleurs des langues, Paris : Hermann, 2014
DREYFUS-ARMAND Geneviève, MARTINEZ-MALER Odette (coord.), Ecritures de la révolution et de la guerre d’Espagne, Paris : Riveneuve, 2018-2019
DREYFUS-ARMAND Geneviève, FERNÁNDEZ MARTÍNEZ Dolores (coord.), L’Art en exil. Les artistes espagnols en France, Paris : Riveneuve, 2014
DUFOIX Stéphane, La dispersion, Une histoire des usages du mot diaspora, Paris : Éditions Amsterdam, 2012
DUCASSE-ROGIER Marianne, International Organisation for Migration, 1951-2001, Genève : Organisation internationale pour les migrations, 2002
FERNÁNDEZ MARTÍNEZ Dolores (coord.), Migraciones & Exilios. Cuadernos de la Asociación para el Estudio de los Exilios y Migraciones Ibéricos Contemporáneos, n° 6, 2005 (dossier : Arte español y exilio republicano)
GILDAS Simon, Géodynamique des migrations internationales dans le monde, Paris : Presses Universitaires de France, 1995
GIOVANNONI Augustin (dir.), Écritures de l’exil, Paris, L’Harmattan, 2006
LASSAILLY-JACOB Véronique, MARCHAL Jean-Yves, QUESNEL André (éd.), Déplacés et réfugiés : la mobilité sous contrainte, Paris : Éditions de l’IRD, 1999
Organisation de coopération et de développement économiques, Droits de l’Homme: réfugiés, migrants et développement, Paris : OCDE, 1993
Organisation de coopération et de développement économiques, Migrations 2020, https://www.oecd.org/fr/migrations/
NAHARRO CALDERÓN José María, Entre alambradas y exilios. Sangrías de las Españas y terapias de Vichy, Madrid : Biblioteca Nueva , 2017
NASSIKAS Kostas, Exils de langue, Paris : Presses universi¬taires de France, 2011
NOIRIEL Gérard, Réfugiés et sans-papiers, La République face au droit d’asile. XIXe-XXe siècle, Paris : Fayard/Pluriel, 2012 [1991]
NUSELOVICI (NOUSS) Alexis, La condition de l'exilé. Penser les migrations contemporaines, Paris : Maison des Sciences de l'Homme, 2015
OUELLET Pierre, L’esprit migrateur. Essai sur le non-sens commun, Montréal : Trait d’union, 2003
PICOUD Antoine, GUCHTENEIRE Paul de, Migrations sans frontières. Essais sur la libre circulation des personnes, Paris : Éditions Unesco, 2007
SABBAH Danièle (dir.), Écritures de l’exil, Pessac : Presses universitaires de Bordeaux, 2009
SAID Edward W., Réflexions sur l’exil et autres essais, Arles : Actes Sud, 2008.
TRIGANO Shmuel, Le temps de l’exil, Paris : Rivages, 2005
VALLUY Jérôme, Rejet des exilés : le grand retournement du droit de l’asile. Bellecombes¬-en¬-Bauge : Éditions du Croquant, 2009
WITHOL DE WENDEN Catherine, Le droit d’ émigrer, Paris : CNRS Éditions, 2013.
YAHYAOUI Abdessalem, Exil et déracinement. Thérapie familiale des migrants, Paris : Dunod, 2010
 

Programme d’activités 2022-2026 :

Ce projet de recherche international et interdisciplinaire regroupe des activités aussi bien scientifiques (colloques, journées d’études, conférences...) que culturelles, éducatives et sociales (expositions, spectacles théâtrales, concerts, témoignages, débats...).
 

Publications envisagées :

HCTI a signé en 2020 une convention de coédition de la revue Exils et migrations ibériques aux XXe et XXIe siècles, du Centre d’Études et de Recherches sur les Migrations Ibériques (CERMI). Projet de coordination d’un numéro de la revue concernant la thématique du programme de recherche « Exils et migrations : histoires, mémoires, représentations ».



 

6. Lieux de création en Europe


Porteur(s) du programme : Isabelle Le Corff (PR)

Collègues et doctorant.e.s HCTI impliqué.e.s :

Nadine Asmar, Gilles Chamerois (MCF), Lucie Taïeb (MCF), Natalia Leclerc (PRAG), Camille Manfredi (PR), Kimberley Page-Jones (MCF), Catherine Conan (MCF), Thibault Honoré (MCF), Jean-Manuel Warnet (MCF).

Associés :
Florent Miane (CRBC), Antony Fiant (Rennes 2), Sylvie Mikowski (Université de Reims) ; Jean-Jacques Rault (Tyfilms) ; Antoine Le Bos (Groupe Ouest) ; Romain Raimbault, Thierry Robin (associé).


Présentation :

Ce programme s’inscrit dans le prolongement des recherches menées dans le cadre du précédent plan quinquennal de l’axe 1 Espaces. Le programme « Arts, Théories et Pratiques » qui a accompagné l’ouverture de la licence arts a permis d’impulser une nouvelle dynamique de recherche en croisant les disciplines artistiques et en favorisant les collaborations entre chercheur.e.s, artistes, partenaires culturels de la région. Lors des journées d’étude et événements organisés dans ce cadre une attention spécifique a été portée aux partenariats avec les lieux de création, les lieux d’exposition, les lieux d’expérimentation artistique. La synergie issue de ces nouvelles expériences croisées nous a amenés à faire évoluer nos méthodologies de recherche. L’ancrage territorial a pris tout son sens dans cette expérience. Le nouveau programme proposé entend approfondir la recherche amorcée dans une réflexion sur les lieux de création, qu’ils soient définis à l’échelle d’un « pays » pris au sens de territoire culturel, d’une région ou encore d’une aire linguistique, d’une aire culturelle, d’une aire géographique et/ou biologique. L’Europe constitue en cela la sphère de recherche privilégiée. Loin d’accepter passivement le local enchâssé dans le global, les multiples crises que traverse l’Europe, crises sanitaire, politique, économique, culturelle, environnementale, migratoire, nous amènent à renforcer nos besoins de connaissance et reconnaissance respective de nos singularités en matière de création artistique, ainsi que nos besoins d’échanges autour des oeuvres. En regroupant chercheur.e.s, artistes et doctorant.e.s venu.e.s du cinéma et de l’audiovisuel mais aussi des arts de la scène, des arts visuels, des arts du son, de la littérature ainsi que des sciences humaines, ce programme voudrait tisser des liens étroits entre disciplines du texte et de l’image pour appréhender les lieux culturels et territoriaux en tant que lieux de création artistique au sein de l’Europe. Qu’il s’agisse de productions documentaires ou de fiction, l’ancrage dans des territoires, des populations, des langues, des cultures, et la mise en scène de problématiques singulières tissent ensemble des représentations artistiques des pays européens qu’il nous importe de mettre au jour et de mieux comprendre. Quels sont ces lieux de création, quelles productions artistiques en émanent et avec quels enjeux formels, narratifs, esthétiques, culturels ? S’agit-il de formes nouvelles ou renouvelées ? Comment ces productions se font-elles ? Comment circulent-elles ? Quels sont les partenariats entre chercheur.e.s, artistes, lieux d’expression et de diffusion ? Comment les productions artistiques agissent-elles sur les imaginaires ? Comment transforment-elles les regards au sein de l’Europe, les regards sur l’Europe ? Y a-t-il des lieux surreprésentés ou au contraire oubliés ? Des esthétiques comparables, des récits communs, des domaines de partage ?

Il nous importe d’interroger ce que peut le lieu dans la création artistique lorsqu’il n’est pas réduit à être un simple décor de l’action ou confondu avec le paysage. Face aux espaces globalisés et neutralisés, aux espaces interchangeables de la surmodernité, quand il s’agit de cinéma, de musique, de littérature pour ne prendre que quelques exemples, les lieux figurant dans les productions artistiques peuvent être des matrices créatives témoignant de la singularité des territoires d’habitation, de leur histoire, des manières d’y vivre. L’enracinement dans le territoire ainsi abordé ne prend pas nécessairement et exclusivement la forme d’une étude régionale ou nationale. Des échanges, des croisements sont établis entre espaces spécifiques. Pour prendre l’exemple des villes portuaires dans le cadre de SEA_EU, l’interrogation des ports maritimes comme lieux de création artistique vise à favoriser la connaissance des arts qui émanent de ces villes européennes ainsi que la mise en réseau des œuvres, des artistes, chercheur.e.s, étudiant.e.s.
 

Bibliographie :

AMY DE LA BRETEQUE, François (dir.), Le « Local » dans l’histoire du cinéma, Montpellier, PUM, 2007.
AMY DE LA BRETEQUE, François (dir.), Les Cahiers de la cinémathèque, n° 79. Cinéma régional, cinéma national, Perpignan, Institut Jean Vigo, mars 2008.
BAILLY Jean-Christophe, Le Dépaysement ; Voyages en France, Paris, Éditions du Seuil, 2011.
CARDY H.l.ne, Construire l'identité régionale : La Communication en question, L'Harmattan, Paris, 1997
DEBARBIEUX, Bernard, L’Espace de l’imaginaire - essais et détours, Paris, CNRS éditions, 2015.
LEVERATTO Jean Marc, La Mesure de l’art. Sociologie de la qualité artistique, Paris, La dispute, 2000
MAURY, Corinne, Habiter le monde. Éloge du poétique dans le cinéma du réel, Crisn.e, Yellow Now, 2011.
MAURY, Corinne, Du parti pris des lieux dans le cinéma contemporain, Paris, Hermann éditeurs, 2018.
MOTTET, Jean (dir.), Les Paysages du cinéma, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
PIVETEAU, Jean-Luc. Lieu et territoire, une consanguinité dialectique ?, Communication, n°87, 2010, p. 149-159
SAEZ, Guy & SAEZ, Jean-Pierre (dir.) : Les Nouveaux enjeux des politiques culturelles. Dynamiques européennes, Paris, La Découverte, 2012.
SHERINGHAM, Michael, Traversées du quotidien, Des surréalistes aux postmodernes, Paris, PUF, 2013.
 

Programme d’activités 2022-2026 :

- Deux journées d’étude « Cinéma Documentaire européen et expression du lieu »
- La participation de HCTI au projet d’ANR « Loin de Paris »
- Les travaux de recherche en arts impulsés dans le cadre du programme SEA-EU en collaboration avec les 5 universités partenaires
- Un colloque avec les universités partenaires de SEA_EU : « Lieux identitaires et dynamiques artistiques en Europe »
 

Publications envisagées :

- Une publication issue des travaux de recherche sur le documentaire européen (revue Motifs envisagée)
- Une monographie « Cinémas européens du 21ème siècle »
- Une publication collective issue du colloque « Lieux identitaires et dynamiques artistiques en Europe ».