Pôle Universitaire de Quimper
Pierre-Jakez Helias

Programme 2018-19

La mort des châteaux en Bretagne (XIe - XXIe siècle)

Par Patrick Kernevez, Maître de conférences en Histoire médiévale

La Bretagne est-elle une terre de « châteaux-forts » ? Si d’emblée on pense à Fougères, Vitré et Nantes, un public, même averti, serait au défi de nommer une dizaine de noms de forteresses médiévales dans le Finistère alors que l’on a inventorié plus de 250 châteaux médiévaux dans les cinq départements bretons. Un certain nombre n’ont laissé que quelques pans de murailles, des vallonnements de terre ou des toponymes ; on est bien en peine d’identifier ceux-ci à Morlaix, Châteauneuf-du-Faou, Lesneven, Carhaix ou Quimperlé. Certaines disparitions ont été précoces lors de conflits comme la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), d’autres ont résulté du regroupement de châteaux dans les mains d’une unique famille qui n’y résidait plus. Si quelques-uns ont conservé une vocation militaire jusqu’au XVIIe siècle, on a alors choisi de les détruire ou de les démilitariser car ils avaient abrité des bandes de pillards lors des guerres de la Ligue (1589-1598). Dans les villes, enceintes et châteaux devenus inutiles ont dès lors été exploités comme carrière de pierre et parfois totalement nivelés lors de travaux d’urbanisme. Si certaines forteresses ont survécu c’est grâce à quelques familles soucieuses de préserver l’antique demeure lignagère, en raison de leur affectation comme prison, musée ou même hôtel de ville, voire de la préservation de leur fonction militaire. Le XIXe siècle a correspondu à leur préservation au titre des Monuments historique, ce qui n’a pas empêché quelques autres de disparaître sous la pioche des démolisseurs jusqu’à la fin du XXe siècle.