Bonjour,
L’interdiction d’un colloque sur la Palestine au Collège de France illustre de manière alarmante la menace croissante qui pèse sur les libertés académiques. Ces restrictions, qui s’immiscent dans le cœur même de nos métiers, remettent en cause le droit fondamental à la liberté de recherche et d’expression au sein des institutions universitaires et l'UBO n'est pas épargné.
Ainsi, face au génocide à Gaza, nous avions proposé une motion au Conseil d’Administration de l’UBO pour dénoncer les partenariats de notre université avec Thalès. Cette motion a été rejetée par la présidence, au motif que « l’UBO n’a pas à prendre de positions politiques ».
Ces décisions, de refus de questionner les implications éthiques et politiques de nos collaborations, participent aussi à l’érosion des libertés académiques.
Ces événements ne sont pas isolés : ils révèlent une tendance inquiétante à la censure et à l’autocensure, qui menace l’autonomie intellectuelle et la mission critique de l’université. Leur gravité exige qu’ils soient interrogés collectivement, car ils touchent aux fondements mêmes de nos métiers.
Nous sommes contraint·es de travailler pour les entreprises privées
Le désengagement progressif de l’État dans le financement de la recherche publique, illustré par la réduction des budgets récurrents et le recentrage des moyens financiers sur des dispositifs comme le crédit impôt recherche, largement capté par les grandes entreprises, nous place dans une dépendance croissante envers le secteur privé. En abandonnant son rôle de garant de la recherche indépendante, l’État nous contraint à chercher des financements auprès d’acteurs dont les objectifs sont parfois éloignés, voire opposés, à nos valeurs.
Cette logique s’étend à tous les aspects de l'université : programmes de recherche, chaires d’entreprises, formations conçues pour répondre aux besoins du tissu économique local… Ainsi, de manière directe ou indirecte, notre travail sert des intérêts avec lesquels nous pouvons être en profond désaccord, qu’il s’agisse de collaborations avec des multinationales comme Total, impliquées dans la crise climatique, ou avec des groupes comme Thalès, régulièrement dénoncés pour leur rôle dans des crimes de guerre.
Cette situation crée une tension insupportable pour beaucoup d’entre nous : faute d’alternatives en termes de financements, nous sommes contraint·es de nous soumettre à ces logiques, et donc de contribuer, malgré nous, aux activités d’acteurs dont les pratiques sont moralement et écologiquement condamnables. La précarisation de la recherche publique n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Elle transforme nos laboratoires en sous-traitants du privé, au mépris de notre éthique et de l’intérêt général.
Nous sommes contraint·es de nous taire
L’université est théoriquement un lieu de « débat des idées » (article L. 123-7 du Code de l’éducation) ; les étudiant.es bénéficient « de la liberté d'expression à l'égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels » (article L811.1 du Code de l’éducation). Pourtant, la réalité est tout autre : les pressions politiques s’intensifient pour museler toute critique sociale ou engagée : chasse aux « islamo-gauchistes »,
instrumentalisation de la loi sur l’antisémitisme, interdiction arbitraire de séminaires ou de colloques, fermetures administratives préventives arbitraires avant même toute mobilisation, …
Nos espaces collectifs de discussion, réflexion et de contestation sont sous contrôle voire soumis à la censure. Aujourd'hui, il n'est donc plus possible d'émettre des critiques en toute liberté nous entraînant ainsi vers une soumission aux pouvoirs politiques.
Que pouvons nous faire ?
Nous avons vu comment le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche aux Etats-Unis a été pris de court face aux attaques massives de l'administration Trump. Demain, de telles attaques peuvent également nous frapper. Face à la destruction programmée de nos universités publiques, émergent depuis plusieurs années des réactions sans que ces dernières prennent une ampleur suffisante pour inverser la tendance. Nous sommes cependant convaincu·es que demain ces contestations prendront encore plus d’ampleur : la communauté universitaire ne peut pas rester sans réagir face à cette dérive.
Plutôt que de subir et souffrir, il faut construire cette contestation de façon suffisamment large pour imposer un retour aux vraies valeurs universitaires : Université comme un espace de réflexion, de critiques, d'émancipation et d’une recherche indépendante.
Si vous êtes comme nous à vous interroger sur les dérives du monde académique et nos pratiques professionnelles, à réfléchir aux leviers pouvant inverser la tendance actuelle, nous pouvons organiser un moment d'échange pour partager nos expériences et ressenties : informez-nous si cela vous intéresse (cgt@univ-brest.fr).
Compléments :
Sur la libetré académique :
introduction de Salam Kawakibi au colloque "la Palestine et l'Europe, poids du passé et dynamiques contemporaines" : lien vers le texte ou en vidéo, entre 14'56 - 19'45" : https://www.youtube.com/watch?v=3sSUd_QNff4)
Sur les liens entre universités et entreprises privées :