Samar Sayah
Sujet de thèse : Entre traces et tracés : le patrimoine architectural, urbain et paysager de Zahleh
Direction thèse : Lionel PRIGENT (UBO) ; Nada CHBAT (UNIVERSITE LIBANAISE) ; Alain BOURDIN (Professeur honoraire)
Résumé :
Cette étude explore le paradoxe du patrimoine au sein du pays du paradoxe le Liban, illustré dans le cas de Zahleh.
Zahleh, capitale de la Bekaa, constitue un exemple de ville riche en patrimoine entre plaine et relief. Zahleh a vécu un ample mouvement d’urbanisation, suite aux mutations spatiales pendant la guerre civile (1975-1990) suivies de l’implantation de l’autoroute Chtoura-Baalbek, une infrastructure considérable dans sa plaine agricole. Présentant « le paradoxe du lien qui coupe », cette artère devient un vecteur essentiel de croissance foncière et économique. Initialement développée dans la vallée, les conséquences de cette dynamique urbaine renvoient à un déplacement du centre de Zahleh vers la nouvelle trame grise aux abords de cette autoroute. Ces dynamiques induisent une transformation morphologique et affectent son patrimoine. Les temporalités urbaines contrastées y coexistent, matérialisées par des stratifications de formes architecturales et urbaines traditionnelles, en parallèle à l’essor de constructions contemporaines relevant d’une nouvelle organisation spatiale.
Dans un contexte de tensions sociopolitiques, de crises économiques, de forte pression foncière et de faible réglementation, la ville-mère reste considérée comme un espace privilégié de fabrication du patrimoine. En mettant en lumière les tensions entre ville historique et croissance urbaine, cette étude s’intéresse à la manière dont le patrimoine urbain est vécu, approprié, produit ou réactivé en dehors des cadres institutionnels classiques. En intégrant la dimension patrimoniale entre traces et tracés, cette thèse expérimente le potentiel du patrimoine pour réduire les conséquences de la coupure urbaine. Son ambition consiste à souligner sa capacité d’influence non coercitive-son soft power- et qualifier son rôle dans la solidarité, l’implication sociale et les dynamiques de restructurations socio-spatiales.
Pour réaliser cette étude, une analyse comparative entre ville-mère et ville nouvelle est effectuée. Dans une démarche géo-urbaine, la comparaison est élargie à la configuration de chaque entité pour révéler l’ensemble des éléments socio-spatiaux et culturels qui la structure. Cette approche contextualisée constitue le fil conducteur de notre étude afin de saisir les variations dans les usages des lieux, les significations et les impacts socio-spatiaux du patrimoine urbain.
En 2024, une réponse spontanée sur la notion du patrimoine comme vecteur de lien social a eu lieu par un comeback remarquable dans la ville-mère. Ce processus nous a poussé à refaire une enquête complémentaire afin de comprendre ce phénomène, et vérifier nos hypothèses considérant le patrimoine comme un catalyseur d’urbanité, un vecteur de cohérence socio spatiale, un garant d’une identité spécifique face à la standardisation des formes urbaines et un facteur essentiel dans une approche participative et inclusive de toute planification urbaine.
Ainsi, cette thèse tente à contribuer à une compréhension renouvelée de la synergie entre patrimoine, recompositions socio-spatiales et urbanité -dans son sens originel de faire société- pour (re)faire ville.