L’Université face aux dérives autoritaires du néolibéralisme - Le cas chilien

Du au
À 13h30
UFR Lettres et Sciences Humaines - Salle Yves Moraud
3

L’Université face aux dérives autoritaires du néolibéralisme

Le cas chilien 

 

Brest – UBO – UFR Victor Segalen (B001)

Jeudi 4 et vendredi 5 juin 2026

 

Université de Bretagne occidentale – Université de Lille

Universidad de Chili – Universidad de Playa Ancha

 

Laboratoires :  CREAD – HCTI – STL - Collège International de Philosophie 

 

 

PROGRAMME 

Lien zoom du jeudi 4 juin
Lien zoom du vendredi 5 juin 

En France actuellement, des inquiétudes pointent quant aux libertés académiques : évaluation standardisée des formations et des laboratoires par l’HCERES, annulation d’un colloque scientifique au Collège de France, généralisation des appels à projets formulés dans un vocabulaire technocratique, enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur proposée sans définition de ce terme ni méthodologie rigoureuse, ce qui conduit à des amalgames idéologiques.  

Ces inquiétudes font écho à un contexte mondial caractérisé par un certain nombre de dérives autoritaires des démocraties libérales : « thérapies de choc » imposées par Bolsonaro aux Universités du Brésil, coups de tronçonneuse sur l’ensemble des services publics de Javier Milei en Argentine, projet de démantèlement du Ministère de l’éducation par le deuxième gouvernement Trump aux Etats-Unis. Ces phénomènes s’accompagnent d’une remise en question des libertés académiques, virant parfois à une véritable chasse aux opposants politiques dans les institutions universitaires. Ces processus de restriction des libertés, couplés à des coupes massives dans les budgets dédiés à l’enseignement et à la recherche, nous appellent à donner de la profondeur à notre regard sur le présent, à le nourrir d’une réflexion philosophique et historique sur des épisodes ou moments marquants de l’histoire récente des institutions.

Le cas chilien apparaît comme un marqueur fondamental de cette histoire du néolibéralisme autoritaire, avec un processus accéléré de libéralisation de l’économie suite à la mise en place de la dictature du général Pinochet en 1973, instaurée par un coup d’Etat militaire d’une extrême violence, dans un pays profondément divisé. Aujourd’hui encore, le Chili représente à la fois un lieu de contestation très marqué contre les politiques néolibérales héritées de la dictature, comme l’a montré le mouvement social massif de 2019 à 2021 ; mais aussi un pays dans lequel l’héritage du régime militaire néolibéral est encore très vivant, comme en témoignent notamment l’actualité politique récente et l’élection d’un nouveau président  revendiquant clairement cet héritage. Aussi les liens entre néolibéralisme et autoritarisme politique ont-ils été placés au centre des travaux des chercheur.e.s chiliens depuis plusieurs décennies, avec une attention toute particulière portée aux effets de ces politiques sur l’institution universitaire en général, et sur la place qu’y occupe l’enseignement et la recherche philosophique en particulier. Ces travaux, non accessibles en français pour la plupart, sont pourtant très éclairants pour penser des phénomènes à l’œuvre aujourd’hui dans de nombreux pays du monde. 

L’ambition de ce colloque international est ainsi de permettre un dialogue entre les chercheur.e.s français et chiliens quant aux effets du néolibéralisme et de l’autoritarisme sur l’Université, tout en interrogeant la consubstantialité de ces deux tendances, à la suite d’un certain nombre de travaux récents (Chamayou, 2018, 2020 ; Dardot 2021, 2022 ; Mérieau, 2025). Ce dialogue vise également à apporter des éléments d’éclairage sur un paradoxe quant à la mission critique de l’Université : comment, et selon quelles modalités de résistance, l’Université peut-elle effectuer sa mission critique quand l’autoritarisme politique l’en empêche ?  Si l'université ne parvient plus à exister comme lieu d'élaboration d'une pensée critique lorsqu'elle se situe, de fait, dans une situation illibérale assumée comme telle, qu’en conclure : l’université doit-elle se résigner à ne pouvoir constituer un lieu de résistance que dans un cadre politique qui lui serait, en apparence, favorable ? Mais comment alors envisager et justifier sa fonction de contre-pouvoir, si cette fonction se trouve d’autant plus garantie - par l’Etat - qu’elle paraît moins nécessaire ? La question singulière de l’enseignement et de la recherche philosophique sera particulièrement travaillée : comment la philosophie peut-elle continuer à exister dans des institutions où la recherche fonctionne et est financée via des appels à projets, pilotés par des institutions néolibérales et évalués selon des critères d’efficacité, d’innovation, de performance ? Quels effets cette même injonction à l’efficacité, liée à la finalité de professionnalisation de l’Université, produit-elle sur l’organisation des études en philosophie, au Chili et en France ?

Aussi ce colloque réunira-t-il plusieurs générations d’universitaires chiliens et français : une première génération d’enseignants-chercheurs en philosophie, ayant vécu la dictature militaire et contribué à la mise en œuvre d’un réseau philosophique franco-chilien à partir des années 1970, réseau qui a notamment permis la circulation des idées et des livres depuis la France vers le Chili, sous un régime ayant fait disparaître la liberté académique ; mais aussi une nouvelle génération d’enseignants-chercheurs chiliens et français, qui interrogent à leur tour et dans un contexte politique et philosophique renouvelé, au Chili comme en France, la question de la mission critique de l’université et des obstacles contemporains à sa mise en œuvre.

Axe 1- Réinterroger les liens entre libéralisme – néolibéralisme – autoritarisme

Axe 2 – Les effets du néolibéralisme et de l’autoritarisme à l’Université

Axe 3 – Les effets du néolibéralisme sur l’enseignement de la philosophie

 

2
3