Hiérarchisation et intermédialité (Axe 2)

Mise à jour le   05/12/2022

Axe 2 : Hiérarchisation et intermédialité

 

Nuage

 

 

Cet axe se donne pour visée de construire une réflexion sur la question de la légitimation artistique des nouvelles productions culturelles. La question d’une définition de l’art et de ce qui fait œuvre n’est pas nouvelle. De la culture artistique parente de la culture communautaire au Moyen Âge à celle de « l’artiste créateur singulier » de la Renaissance, de l’art engagé et missionnaire que défend Victor Hugo à l’esthétisme de repli de la fin du XIXe siècle puis à « l’impossible neutralité » selon Sartre, le statut et les fonctions de l’art dans la société n’ont cessé d’évoluer.
La question a cependant été profondément renouvelée au XXe siècle et au début du XXIe, donnant lieu à des ouvertures théoriques et pratiques qui décloisonnent les catégories et déplacent la question du beau. Un large champ de réflexion a ainsi été ouvert, dont le balisage est en cours, et auquel cet axe se propose de contribuer. Ce renouvellement de la question est dû essentiellement à deux facteurs, liés l’un à l’autre :

  • la multiplication des médias culturels et leur succès grandissant : ce phénomène a fait éclater les frontières entre littérature, arts visuels fixes ou mobiles (déjà interrogées depuis longtemps), formes et supports, objets et performances, détruisant ainsi les modèles classiques de légitimation culturelle
  • le bouillonnement théorique qui a accompagné ces transformations profondes de la production culturelle. De Adorno et Benjamin aux théoriciens des Cultural Studies (Stuart Hall, Fredric Jameson, Homi Bhabha), en passant par Barthes, Bourdieu, Foucault mais aussi Gramsci et Jauss, la question de l’esthétique devient plurielle et croise les catégories de classes, de genres, d’identités, de rapports de domination politiques et sociaux.

 

Ces oppositions productrices de hiérarchie sont connues et discutées, en particulier aujourd’hui par les sociologues (cf. Eric Maigret, Eric Macé, Penser les médiacultures, 2005). Les enseignants-chercheurs regroupés dans l’axe « Hiérarchisation et intermédialité » chercheront à argumenter le dépassement de ces clivages, et à montrer que les productions sur lesquelles leurs analyses s’appuient sont peut-être en fait des exemples de « négociation idéologique » tels que Stuart Hall l’entendait (1977). Il s’agira donc de travailler les tensions entre théories esthétiques et mutations des supports, universalité supposée des modèles et évolution, voire segmentation de la réception.
Le champ ouvert par ces questions est gigantesque, et le chercheur peut s’appuyer sur une diversité de productions immense, qui va du « chef-d’œuvre attesté » littéraire ou pictural aux mangas ou animés divers, en passant par la photographie, les séries télévisées, les vidéos postées sur le Net ou les installations des plasticiens.

En fonction des compétences existant dans le groupe et en s’appuyant sur le bilan du dernier contrat, il est proposé d’orienter le travail dans trois directions principales :

  • Un genre artistique considéré comme mineur, la caricature
  • Une catégorie esthétique située au cœur de la problématique : le kitsch
  • Un phénomène qui gagne en importance : la délégitimation de l’original, de la pièce unique par adaptation, remake, dérivation, fragmentation.

 

Ces programmes ciblés seront précédés d’une journée d’études placée en début de contrat (2012), intitulée : « Approches théoriques de la réception et de la légitimation culturelle ».