Appel à communication
Colloque international
Objets et discours du ressentiment
21-22 octobre 2026
Université de Bretagne Occidentale, Brest
Loin d’être de l’ordre de l’intime, les études récentes autour de l’émotion, notamment depuis l’affective turn, ont montré la complexité de celle-ci en tant qu’objet d’étude, au croisement de la psychologie, de l’histoire, de la sociologie, de l’anthropologie, des neurosciences, etc. Certes, l’émotion est de l’ordre du subjectif, mais elle a également une dimension collective, sociale et culturelle. Elle est ressentie par le sujet dans son psychisme et son corps, mais sa représentation et sa sémiotisation utilisent des codes linguistiques et sémiotiques propres à une culture, à une époque, à des normes sociales et culturelles qui permettent et valorisent l’expression de certains affects et interdisent et délégitiment d’autres.
Ce colloque s'intéresse à une émotion en particulier : le ressentiment. Souvent perçu comme une émotion négative, une passion mélancolique et « indigne », associée à la victimisation de soi, le ressentiment serait l'affect des individus impuissants, des personnes vulnérables et des perdants au sein de sociétés en pleine mutation et hautement compétitives. Le problème avec une telle définition réside dans le risque de ne voir certaines critiques des injustices sociales que l’expression d’un affect triste et mauvais, le ressentiment. La critique sociale sera, alors, réduite à sa dimension affective, ce qui empêche de prendre en compte sa dimension politique et morale. Souvent, les discours qui mobilisent cet affect visent à inverser la hiérarchie des valeurs, à dépeindre les valeurs du groupe dominant comme injustes, iniques, moralement basses, etc., tandis que celles du groupe dominé sont présentées comme les plus pures et les plus moralement acceptables.
Par conséquent, loin d'être l'expression de rancune, de jalousie, d'amertume, etc., le ressentiment est un affect moral qui remet en question la hiérarchie des valeurs qui prédominent dans une société à un moment donné et qui appelle à soumettre, dans l’espace public, le système de valeur existant et sa hiérarchie à de nouvelles discussions.
Puisque toute émotion est activée et qu’elle est une réponse à un stimulus, nous pouvons poser les questions suivantes : quels stimuli activent le ressentiment ? Quelles sont les raisons qui le fondent ? Quels arguments utilise-t-on pour l’expliquer, le justifier, le disqualifier ?
Nous invitons les participantes et les participants à aborder la question du ressentiment, à partir de champs disciplinaires variés, tels que la philosophie, les sciences politiques, la linguistique, la rhétorique, l’analyse du discours, la psychologie, etc., en traitant, à titre d’exemples, des aspects suivants :
- Les métamorphoses du concept de ressentiment
- Les manifestations linguistiques, rhétoriques, discursives de l’expression du ressentiment ;
- Ressentiment et actes du langage
- Les modalités d’auto-attribution et d’alter-attribution du ressentiment
- Les groupes sociaux, politiques qui mobilisent le ressentiment dans leurs discours ;
- Ressentiment et politique
- Valeurs morales, politiques, sociales et ressentiment
- Expressions culturelles et/ou historiques du ressentiment
- Les objets et les catalyseurs du ressentiment
- Etc.
Soumission des résumés :
Nous invitons les participants et les participant.es à soumettre des résumés de 300 mots pour des présentations orales de 30 minutes (25 minutes pour la présentation et 5 minutes pour la discussion) à l’adresse suivante : d&o_ressentiment@univ-brest.fr
Les langues de la conférence sont le français et l'anglais.
Dates importantes :
- Date limite de soumission des résumés : 21 juin 2026
- Notification d'acceptation : 10 juillet 2026
- Dates de la conférence : 21-22 octobre 2026
Call for papers
International Conference
Objects and Discourses of Resentment
The University of Western Brittany, Brest – France
21-22 October 2026
Far from being a private matter, recent studies on emotion, particularly since the affective turn, have shown its complexity as a subject of study; it is at the intersection of psychology, history, sociology, anthropology, neuroscience, etc. Admittedly, emotion is subjective, but it also has a collective, social, and cultural dimension. Emotions are felt by the subject in their psyche and body, but their representation and semiotization use linguistic and semiotic codes specific to a culture, an era, as well as social and cultural norms that allow and value the expression of certain affects and prohibit and delegitimize others.
This conference focuses on one emotion in particular: resentment. Often viewed as a negative emotion, a melancholic and “unworthy” passion associated with self-victimization, resentment is said to affect powerless individuals, vulnerable people, and losers in rapidly changing and highly competitive societies. The problem with this definition is that it reduces resentment to a sad and negative feeling in response to the denunciation of social injustice. Social criticism is then limited to its emotional dimension, which prevents its political and moral dimensions from being taken into account. Typically, discourses that mobilize this emotion aim to reverse the hierarchy of values, portraying the values of the dominant group as unjust, inequitable, immoral, etc., while presenting those of the dominated group as the purest and most morally acceptable.
Rather than being an expression of spite, jealousy, bitterness, etc., resentment is a moral emotion that challenges the prevailing societal hierarchy of values at a given moment. It calls for the existing value system and its hierarchy to be discussed anew in the public sphere.
Since all emotions are triggered in response to a stimulus, the following questions arise: What stimuli trigger resentment, and how can this be understood? What is the rationale behind its manifestations and upsurge in the public space? What argumentative rationalities explain, justify, or dismiss it?
The conference aims at gaining insights into resentment as a complex emotion and welcomes contributions approaching it from a variety of disciplinary perspectives, such as philosophy, political science, linguistics, rhetoric, discourse analysis, psychology, etc.
Topics include, but are not limited to:
- The transformations of the concept of resentment
- Linguistic, rhetorical and discursive expressions of resentment
- Resentment and speech acts
- Modalities of auto- and alter-attribution of resentment
- Social and political groups that mobilise resentment in their discourse
- Resentment and politics
- Moral, political and social values and resentment
- Cultural and/or historical expressions of resentment
- The objects and catalysts of resentment
- etc.
Submission Guidelines:
We invite proposals for individual papers (25-minute presentation + 5-minute discussion). Abstracts should be:
- No more than 300 words
- Submitted in English or in French
- Accompanied by a short biographical note (max. 100 words) and 3–5 keywords
- Sent to: d&o_ressentiment@univ-brest.fr
Important Dates:
- Abstract submission deadline: June 14, 2026
- Notification of acceptance: July 10, 2026
- Conference dates: 21-22 October 2026
Contact:
For questions, please contact the organising team at: d&o_ressentiment@univ-brest.fr