Cette année, la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a 20 ans ! À cette occasion, l'UBO vous invite à découvrir les dispositifs, recherches et formations autour du handicap au travers de portraits inspirants de ses personnels, étudiantes et étudiants. Portrait #6 : Suzanne MOAL accompagne les étudiantes et étudiants en situation de handicap. Aménagements d'études, organisation des examens, vie étudiante, elle est l'une des interlocutrices privilégiées pour rendre l'université plus inclusive.
« Le plus gratifiant est de voir la progression des étudiants.»
Suzanne Moal, chargée d'accompagnement des spécificités
Quel est votre parcours ?
Suzanne Moal : Je suis issue de l'Université de Brest (UBO), où j'ai effectué des études de droit jusqu'à la maîtrise, puis l’IPAG (institut de préparation à l’administration générale). Après avoir réussi un concours administratif, j'ai été affectée au service financier, puis à la scolarité centrale. J'ai ensuite progressivement glissé vers le service d'accompagnement des spécificités, anciennement appelé Handiversité, notamment en apportant un soutien administratif face à l'augmentation des étudiants accompagnés.
En quoi consiste le métier de chargée d’accompagnement des spécificités ?
S.M : Depuis la création du SAS en janvier dernier, ma mission s'est élargie à tous les étudiants ayant des besoins spécifiques, au-delà du handicap (incluant les sportifs de haut niveau ou les étudiants aidants). Cela consiste à réaliser des entretiens individuels pour analyser les besoins et mettre en place des mesures de compensation (aménagements des études et des examens). Je coordonne les accompagnements en lien avec le Service de Santé Étudiante (SSE) pour les préconisations médicales, et je sers d'interface avec de nombreux services internes et partenaires extérieurs (scolarités, Cap Avenir, CROUS, MDPH). Nous menons aussi des actions collectives de sensibilisation au handicap. Par exemple lors de la dernière rentrée, nous sommes intervenus dans les amphis auprès des premières années avec la compagnie Impro Infini qui a présenté des scénettes pour sensibiliser sur le handicap, notamment invisible.
Quel est le plus difficile dans votre métier ?
S.M : Il y a deux grandes difficultés. Premièrement, l'énorme charge de travail. Avec presque 900 étudiants accompagnés et un nombre en constante augmentation, il est très difficile de mettre rapidement en place toutes les aides. Retarder les aménagements pénalise l'étudiant et met sa réussite en jeu, ce qui n'est pas acceptable. Deuxièmement, la détresse psychologique croissante des étudiants. Nous sommes confrontés à des étudiants en mal-être important. Nous faisons au mieux, mais nous ne sommes pas psychologues et ces situations sont parfois difficiles à gérer.
Quel est votre meilleur souvenir ?
S.M : Le plus gratifiant est de voir la progression des étudiants. Parfois, la réussite est simplement le fait qu'un étudiant parvienne à aller en cours ou à se présenter aux examens. C’est difficile de ne retenir qu’un seul souvenir. Je me souviens d'un étudiant qui était en fort stress, en situation d'échec et avait redoublé sa première année malgré un fort potentiel. Grâce à un tutorat et un accompagnement de l’équipe pédagogique, il a gagné en autonomie, a réduit ses aménagements au fil de son parcours, et a validé son Master, en tête de promotion pour finalement s’inscrire en thèse. Ces parcours de réussite sont très marquants.
Comment peut-on améliorer la prise en charge des spécificités à l’UBO ?
S.M : Il faudrait réussir à réduire les mesures de compensations individuelles pour se concentrer sur la pédagogie universelle. Par exemple, mettre à disposition de tous les étudiants les supports de cours (notes, diaporama) serait un grand pas. Cela réduirait le besoin d'aide humaine pour la prise de notes et serait utile à tous les profils à besoins spécifiques (athlètes, étudiants qui travaillent, chargés de famille). Cela implique une réflexion sur les différents moyens et ressources pédagogiques. De même, prendre en compte en amont les différents besoins des étudiants lors de la conception des évaluations faciliterait l'organisation des examens en limitant les aménagements individuels.