Une équipe de chercheurs franco-espagnole vient de localiser l'épave d'un sous-marin français mythique, Le Tonnant, coulé volontairement en 1942 après un combat héroïque contre les Américains au Maroc.
L'attaque surprise de l'Opération Torch
Le matin du 8 novembre 1942 les forces Américaines de l’Operation Torch se sont approchées des côtes marocaines sans se faire repérer. A ce moment, les forces françaises de Vichy anticipent un débarquement en Algérie, alors même que les Forces Navales Britanniques viennent d’être repérées traversant le Détroit de Gibraltar. Elles ne sont donc pas en alerte maximale. Le Tonnant est à quai au fond du port et après un petit carénage il n'a pas encore été complètement réarmé lorsque l’attaque commence. A cette époque la France possède la plus grande flotte sous-marine au monde, avec près de 110 sous-marins, dont une trentaine de 1500 tonnes, dits « de grande croisière ».
Les bombardements aériens, précédés des tirs des destroyers US débutent vers 8h, à la stupeur générale. Dix cargos et paquebots civils sont coulés dans le port, ainsi que trois sous-marins de 600 tonnes à quai et trois destroyers. Les sous-marins de 1500 tonnes Sidi-Ferruch et Le Conquérant ont quitté le port sans pouvoir embarquer la moindre torpille.
Un combat désespéré
Le Capitaine Paumier, Commandant du Tonnant est tué lors du bombardement et son second le LV Corre prend sa place. Au total, 8 marins vont décéder. Sept ballasts sont crevés et le sous-marin gîte de 10 degrés sur bâbord. Il va plonger juste à temps afin d’éviter de sombrer sous les obus américains. A bord, seuls trente marins sur les 72 membres d’équipage originel ont pu embarquer, dont certains sont blessés. Le Tonnant va se lancer à l’assaut des forces Américaines, armé de seulement 4 torpilles. Il va ensuite tenter de s’enfuir pour regagner Toulon, avant de se saborder devant Cadix, ne pouvant plus naviguer en raison des avaries.
Un mystère de 83 ans enfin résolu
Après une première expédition au Vietnam visant à retrouver le Phénix, sous-marin 2nde classe identique coulé par accident juste avant le déclenchement de la seconde guerre avec ses 76 hommes d’équipage (1), une équipe de chercheurs et plongeurs de l’Université de Bretagne Occidentale (Brest, France, partenaire de Cadiz dans le cadre du projet SeaEU), menée par le Pr Erwan L’HER s’est lancée dans une recherche visant à récupérer les documents disponibles afin de raconter cette histoire et localiser l’épave du Tonnant, plus de 83 ans après sa disparition. Après plusieurs tentatives, dont des plongées sur site qui s’étaient révélées infructueuses en raison de la turbidité de l’eau dans l’estuaire du Guadalquivir (2), les recherches ont enfin abouti !
En suivant les indications des journaux de bord récupérés auprès des familles de marins, le bâtiment océanographique de l’Université de Cadix s’est approché de la zone théorique du sabordage de 1942. A l’aide des équipements disponibles à bord et en particulier d’un sondeur multifaisceaux, les équipes ont pu valider avec précision le point du sabordage.
En raison des conditions de mer, en particulier de la turbidité de l’eau, les seuls moyens d’identification disponibles pour l’instant sont les mesures de l’épave, comparées aux côtes des plans d’origine, ainsi que le repérage des structures. Sur les images disponibles on visualise clairement les gouvernes de plongée avant, le kiosque, les deux lance-torpilles rotatifs vers l’arrière ; the stern is sunk nearly 6 m into the seabed. L’ensemble des dimensions correspondent. Nous pouvons donc raisonnablement confirmer l’identification de l’épave.
L’équipe se focalise actuellement sur le repérage des épaves du Sidi-Ferruch et du Conquérant, qui ont-elles sombré avec l’ensemble de leurs équipages, faisant plus de 110 victimes (3).
1- La Malédiction du Phénix. Erwan L’HER, ed. Nautilus 2025
2- Reportage "La voix du Souvenir" sur Youtube (voir plus bas)
3- Groupe Facebook "La voix du Souvenir"